Le 25 décembre, c'est le jour du discours du Pape Urbi et Orbi, et aussi du traditionnel message de Noël de la Reine Elizabeth. On sait déjà qu’elle appellera implicitement les Britanniques à surmonter leurs divisions. Aujourd'hui, exceptionnellement, "Le monde à l'envers" n'est pas républicain mais monarchiste !

La Reine Elizabeth lors de l'enregistrement de son message de Noël 2019
La Reine Elizabeth lors de l'enregistrement de son message de Noël 2019 © AFP / Steve Parsons / POOL / AFP

C’est un bon jour pour faire des aveux. Alors voilà je le confesse : je suis fan de la Reine ! Et pas seulement parce que j’ai déjà eu la chance de croiser son chemin ou parce qu’elle parle français. Non, je suis vraiment fan. Franchement, elle assure grave ! Mettons-nous à sa place : imaginons, je suis la Reine. Et bien je ne suis pas aidée !

Regardons d’abord ma vie privée. Cette année, c’est un carnage. Dans la famille Windsor, commençons par mon mari. Le prince Philip. Passons sur le fait qu’il vient d’être hospitalisé quelques jours, à 98 ans ça peut arriver. Cette année, il s’est surtout fait remarquer par un sérieux accident au volant de sa Land Rover. Bilan : deux blessées. Et un permis de conduire retiré.

Les déboires de la famille royale

Enchainons avec mon fils, le 2ème, Andrew, mon préféré (enfin c’est ce qu’on dit). Je le sais depuis longtemps, c’est un fêtard. Mais il avait des liens avec le pédophile américain Jeffrey Epstein. Et il se retrouve accusé par une Américaine de relations sexuelles forcées. Il a accordé un entretien à la BBC pour se défendre. C’était pas convaincant. Et il a dû se retirer de la vie publique. Pas top.

Enfin, toujours dans ma famille Windsor que j’ai, mon petit-fils. Harry. Il est donc marié à une roturière, Megan Markhle. Les voilà fâchés avec mon autre petit-fils, l’aîné, William. Et fâchés aussi avec la presse populaire britannique, qui est pourtant un pilier de ma boutique, la monarchie. Du coup, ils font faux bond pour Noël : les voilà partis aux Etats-Unis. Pfff… Avec tout ça, les critiques contre la Couronne ressurgissent dans le Royaume, les critiques en particulier sur le coût de l’affaire pour le contribuable : 100 millions d’euros par an. Non franchement, j’ai du mérite à tenir le cap.

Au-dessus des partis politiques

En plus, on n'a pas encore parlé du Brexit ! Parce que là aussi, sur le plan de la vie politique, je suis pas aidée non plus ! Ça fait trois ans et demi que dure le jeu de massacre, depuis le vote de Juin 2016. Trois ans et demi que mon gouvernement n’est pas fichu de trouver une solution et une majorité.

Et cette année, c’était le pompon. De vrais gamins dans une cour de récré, ces députés. Complètement immatures. Incapables de mettre l’intérêt national avant leurs petites querelles partisanes. Ils ont fini par me dégotter un premier ministre mal coiffé. Ce Boris Johnson qui en plus m’a roulée dans la farine, en m’assurant que sa suspension du Parlement était légale à l’automne. Tu parles : la Cour suprême a dit l’inverse. Non vraiment, un calvaire.

J’ai l’impression que je suis la seule à raison garder. A éviter qu’on bascule dans le chaos. A incarner la stabilité. A rappeler, quand il y a des attentats, comme en 2005, que « we shall prevail ». On surmontera tout ça. Bon faut dire que j’ai l’habitude : j’en suis à mon 14ème premier ministre en 67 ans, presque autant que le nombre de mes chiens, mes corgis. Et encore je ne compte pas les pays du Commonwealth, parce que là on doit avoir dépassé les 150 chefs de gouvernement en 6 décennies. Je vous le répète : je ne suis pas aidée !

Entre l'homélie et le message codé 

Bon, allez, on se réveille, je ne suis pas la Reine, mais quand même je suis fan. Attention pas fan de la monarchie, juste fan de la Reine. Un peu comme les Britanniques d’ailleurs : ils soutiennent davantage la Reine (à 80%) que la monarchie (à 70%).

Et puis il y a donc un truc que j’adore chez Elizabeth II : ce sont en effet ses messages de Noël. Comme c’est enregistré, on sait déjà ce qu’il y a dedans. Donc demain, sur le coup de 16h, sur la BBC, elle va dire que l’année écoulée a été « quite bumpy ». « Un peu cahotique ». J’adore ce sens de la mesure, de la litote. Et elle va ajouter : « Mais des petits pas peuvent entrainer d’énormes différences ».

On dirait presque une homélie. Ça tombe bien c’est Noël. Et en même temps, comme toujours avec la Reine, ça a le parfum d’un message codé d’agent secret, plein de sous-entendus. Libre à chacun de comprendre ce qu’il veut : il faut surmonter les divisions du Brexit, il faut se réconcilier dans la famille. C’est trop fort.

Ajoutons encore un truc : on prête parfois à la Reine l’intention de se retirer de la vie publique à l’âge de 95 ans, autrement dit dans deux ans. Et de passer la main son fils, Charles, pour une régence. Alors moi je vous dis : faut en profiter tant qu’elle est là. God save the Queen !

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