Le sommet de Davos, qui réunit les plus grands dirigeants politiques et économiques, s'est ouvert aujourd'hui en Suisse, avec la venue d'Emmanuel Macron. Les organisateurs ont choisi cette année de confier la coprésidence de tous les ateliers à des femmes. Question du "monde à l'envers": ce symbole n'est-il pas creux ?

Chetna Sinha avec Christine Lagarde à Davos
Chetna Sinha avec Christine Lagarde à Davos © Maxppp / HEIKO JUNGE/EPA/Newscom/MaxPPP

Ça y est, les femmes ont pris le pouvoir !

Au premier coup d’œil, c’est tentant de le penser, quand on regarde cette affiche: 7 femmes aux postes de pilotage du club super sélect de Davos, avec ses 1500 chefs d’entreprise et ses 70 chefs d’Etat et de gouvernement…

Ça, pour du symbole, c’est du symbole !

Avec en plus, dans le choix de ces 7 personnes, de « belles histoires », comme on dit…

Prenons un exemple : l’indienne Chetna Sinha…

Elle a 58 ans, elle habite pas loin de Mumbai, de Bombay, dans le cœur de l’Inde…

Et depuis plus de 20 ans, elle dirige une banque qui fait du micro-crédit auprès… des femmes !

En 20 ans, comme ça, elle a aidé 300.000 femmes à monter leur petite entreprise, l’une à construire à un barrage, l’autre à créer une station de radio, ou un élevage de bovins.

Et hier soir, à son arrivée, on la voyait poser, dans son sari rose et noir, aux côtés des 6 autres coprésidentes, comme les Françaises Christine Lagarde, patronne du FMI ou Isabelle Kocher, directrice générale d’Engie.

Et là vous me dites : là je vois, Christine Lagarde, je vois…  Isabelle Kocher, je vois… Mais alors Chetna Sinha, jamais entendu parler !

Et bien ce constat devrait nous mettre la puce à l’oreille… En fait, on a du mal à citer des femmes chefs d’entreprise dans le monde, à l’exception de quelques célébrités.

Men only

On pourrait croire que ça s'arrange au fil des ans, sauf que non, pas vraiment. Ou bien disons que ça s’arrange… à la vitesse d’un escargot qui aurait pris des calmants… Voyez le genre !

Je ne vais pas vous noyer sous les chiffres, mais tout de même…

Prenons les Etats-Unis : 6% de femmes (6%) parmi les chefs d’entreprise des 500 plus grosses boîtes.

En France : devinette, c’est le jeu des mille euros…  combien de femmes patrons du CAC 40 ? 

Tic tac, tic tac… Réponse : Une !

Isabelle Kocher, dont on vient de parler, et qui, soit dit en passant, semble partie pour ne jamais être nommée présidente, mais rester uniquement directrice générale de son entreprise…

Au niveau des PME, ça s’améliore, on tourne désormais autour de 20% de femmes en Europe occidentale… 

Mais si on regarde le bulletin de salaire, alors là c’est la cata : l’écart de salaire entre hommes et femmes, à activité comparable, a augmenté l’an dernier dans le monde. Résultat d’une enquête, dans 144 pays, du World Economic Forum, c’est-à-dire, justement, Davos.

Et savez-vous quel est le plus gros écueil rencontré par une femme chef d’entreprise ?

Obtenir un prêt de la banque ! Elle a statistiquement 2 fois moins de chances de l’obtenir qu’un homme ! D’où l’utilité de cette femme indienne dont je vous parlais, Chetna Sinha, qui fait du micro crédit destiné aux femmes…

En tous cas, le plus flagrant, c’est le plafond de verre ! Quand on arrive dans les très grosses entreprises, alors là c’est « MEN only », comme on dit anglais, réservé aux messieurs !!!

Moins de femmes chefs d'Etat

Autre domaine où on pourrait croire que ça s'arrange: la politique, regardons le Parlement français, largement féminisé depuis le mois de juin.

Sauf que là encore, désolé de vous décevoir, mais non pas vraiment… Là encore, miroir aux alouettes…

Sur le plan mondial, ça s’est plutôt dégradé ces derniers mois…

Il y a encore 2 ans, on comptait près de 30 femmes chefs d’Etat ou de gouvernement dans le monde, pas terrible mais bon… Mais à ce jour, on est descendu à une vingtaine, avec le départ d’Ellen Johnson Sirleaf au Liberia, de Michelle Bachelet au Chili, de Dilma Rousseff au Brésil et de quelques autres.

C’est mieux en Europe du Nord, Royaume-Uni, Norvège, Pays Baltes et bien sûr Allemagne.

Ou en Asie du Sud : le Bangladesh, l’Inde ou le Népal sont des pays à forte présence politique féminine.

Et si on élargit à tous les Parlements nationaux de la planète, savez-vous, autre devinette, quel est le pays le plus féminisé ? ! Le Rwanda, au cœur de l’Afrique, dans la région des Grands Lacs… 60% de femmes parmi les députés.

L’Europe du Sud ? Elle est en retard. On peut mettre la France dans lot : une seule expérience de femme chef d’Etat ou de gouvernement, il y a 25 ans, Edith Cresson, pendant 11 mois !

Voilà d’ailleurs une autre particularité :  les femmes au pouvoir y restent moins longtemps que les hommes, leurs mandats sont courts voire… intérimaires. Tiens donc !

Et quand elles sont ministres, elles sont le plus souvent chargées de la famille ou des affaires sociales… Tiens donc !

Donc on se résume, l’affiche de Davos sonne bien, mais elle ne doit pas laisser penser que le problème est réglé !

Sauf ici évidemment, à France Inter, où les femmes tiennent la baraque !

L'équipe
  • Jean-Marc FourDirecteur de l'information internationale de Radio France
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