La confusion politique continue de régner au Venezuela. Il y a désormais deux présidents, Nicolas Maduro réélu dans des conditions très contestées, et Juan Guaido, président du Parlement. Le régime autoritaire de Maduro vacille, mais ça ne veut pas dire que l'opposition soit exemplaire. C'est "le monde à l'envers".

La manifestation de l'opposition à Caracas qui a vu Juan Guaido s'autoproclamer président
La manifestation de l'opposition à Caracas qui a vu Juan Guaido s'autoproclamer président © AFP / Federico PARRA / AFP

A dire vrai, on se demande comment nous n’en sommes pas arrivés là plus tôt ! Pourquoi ?

Parce que le régime de Nicolas Maduro a basculé dans l’autoritarisme, la répression et l’incompétence économique.

Maduro a été réélu aux termes d’un processus électoral qui ne présentait aucune garantie démocratique. 

Et celui qui se présente comme l’héritier d’Hugo Chavez, mène une politique éloignée des intentions initiales de la « Révolution bolivarienne », il y a 20 ans.

A ses débuts le régime de Chavez divisait ce pays de 30 millions d’habitants, mais il bénéficiait d’un fort soutien dans les classes populaires, et il avait amélioré l’accès à la santé et à l’éducation.

Et puis au fil des ans, le régime est devenu de plus en plus autoritaire et corrompu : répression des opposants, atteintes répétées à la liberté de la presse, concentration du pouvoir dans un clan en partie composée de militaires.

Et surtout incompétence économique dans les grandes largeurs : « ce sont des cancres, ils ont transformé le pays en Titanic » dit un diplomate occidental.

Résultat : 

-         Une inflation délirante qui se compte en millions de pourcents, ça dépasse l’entendement ;

-         Une pénurie croissante de médicaments et de nourriture ;

-         Une production de pétrole en chute libre ;

-         Et un exode massif de population : près de 3 millions de Vénézuéliens ont fui vers les pays voisins.

Donc forcément, quand on voit enfin émerger une alternative, on est tenté d’y voir une bonne nouvelle.

Pire avant le Chavisme

Mais il faut rester prudent: on demande à voir.

C’est compliqué de parler du Venezuela : c’est un sujet qui suscite des débats passionnés, pour ou contre le Chavisme.

On va quand même essayer de sortir du simplisme.

A première vue, le rival de Maduro, Juan Guaido, a l’air sympathique : jeune, 35 ans, charismatique, plutôt modéré. 

Mais il n’aura pas la partie facile.

D’abord, derrière lui, c’est compliqué. L’opposition est divisée en tout un tas de partis qui ne sont pas d’accord sur grand-chose, ça va des sociaux-démocrates à la droite ultra libérale.

Et dans le lot, il y a par exemple Maria Corina Machado, que l’on dit « en ligne directe avec Washington ».

Et puis dénoncer la dérive Maduro ne doit pas faire oublier ce qui a précédé le Chavisme.

Dans les années 90, le Venezuela des présidents Perez et Caldera était déjà une terre de corruption, de pauvreté, voire de grande pauvreté, malgré le pétrole, avec un fort taux d’analphabétisme et un accès à la santé très réduit.

Le tout sur fond de privatisations, d’austérité et de gel des salaires, avec des richesses captées par une haute bourgeoisie coupée des réalités. C’est mieux de ne pas avoir la mémoire courte : les opposants vénézuéliens ne sont pas tous des enfants de chœur. 

Et par-dessus le marché, certains hauts gradés de l’armée pourraient être tentés par un vrai coup d’Etat pour préserver leurs intérêts.

Les calculs de Washington 

On voit bien quand même que les démocraties occidentales soutiennent plutôt l’opposition mais là aussi, regardons dans les détails.

Côté soutien au pouvoir de Maduro, pas de surprise : Cuba, la Russie, la Chine, la Turquie.

Côté soutien à l’opposition, il y a des différences de tonalité : soutien poli de l’Europe qui appelle surtout à des élections libres. 

En revanche soutien plus net d’Emmanuel Macron et surtout soutien sans faille du Brésil de Bolsonaro et des Etats-Unis de Trump. Washington avait même quasiment appelé au coup d’Etat, dès avant-hier, par la voix du vice-président Mike Pence. Et là il faut quand même se poser la question : quand vos alliés s’appellent Trump et Bolsonaro, est-ce vraiment une garantie de défense des libertés ?

Je vous laisse répondre.

Dans le cas des Etats-Unis, Washington a sans doute des arrière-pensées. Au moins deux :

1.     Achever la bascule à droite du continent sud-américain : si le Venezuela chute, il ne restera plus que la Bolivie d’Evo Morales, et alors tout le continent reviendrait dans le giron idéologique de l’oncle Sam.

2.     Préserver des intérêts pétroliers : les raffineries américaines auraient tout à gagner à voir s’installer à Caracas un gouvernement pro-Washington.

On se résume : le jeune Juan Guaido est sans doute sincère dans sa volonté d’élaborer une vraie plate-forme démocratique mais il aura fort à faire. Parce qu’en cuisine, il n’y a pas que des bonnes fées derrière ce soulèvement. 

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