Ce synode organisé par le Pape François au Vatican, qui s'achève le 27 octobre, est passé assez inaperçu jusqu’à présent. Sauf qu’en coulisses s'y joue un bouleversement profond, sur des sujets jusqu’à présent tabous, comme l’ordination des hommes mariés. C'est "le monde à l'envers".

Le Pape François à Puerto Maldonado dans l'Amazonie péruvienne en janvier 2018
Le Pape François à Puerto Maldonado dans l'Amazonie péruvienne en janvier 2018 © AFP / Vincenzo PINTO / AFP

Une nouvelle fois, ce Pape est peut-être en train de renverser la table. Ça se passe discrètement, derrière un paravent « politiquement correct » sur la défense de l’environnement.185 prélats sont réunis, à huis-clos, depuis le 6 octobre, pour ce Synode officiellement baptisé « Nouveaux chemins pour l’Amazonie et une écologie intégrale ». Ils sont venus des 8 pays du bassin amazonien et ont rejoint des représentants de la Curie (le gouvernement de l’Eglise si vous préférez).

Quelques semaines à peine après la controverse mondiale sur les incendies en Amazonie, l’affaire tombe à pic. Mais en réalité, elle est prévue de longue date. La préparation a duré un an et demi, avec des centaines de réunions qui ont regroupé 80.000 fidèles.

Les premières conclusions emboitent le pas à la conversion écologique initiée par le pape François avec son encyclique Laudato Si, il y a 4 ans. 

On retrouve les mêmes thèmes : la préservation de la nature, la lutte contre les multinationales qui veulent accaparer les richesses, la nécessité d’une transformation de l’Eglise pour apprendre les langues et les cultures locales, la volonté d’un clergé sobre et dépouillé. La formule « péché écologique » n’est pas prononcée, mais c’est tout comme. Et en filigrane, on sent une volonté de « décoloniser » l’esprit de l’Eglise.

Le tabou des hommes mariés et des femmes

Tout ça n’est pas rien. Mais il y a donc beaucoup plus : de la dynamite, à savoir la place des femmes, et la place et des hommes mariés, dans le clergé ! Autrement dit, les deux grands tabous de l’Eglise catholique. Au départ, le constat est pragmatique : dans cette immense Amazonie, il y a très peu de prêtres. A tel point que les fidèles, pour la plupart, ne reçoivent l’eucharistie, le sacrement central dans le catholicisme, qu’une à deux fois par an. Et dans de nombreuses communautés, ce sont, dans les faits, des femmes qui animent les activités religieuses.

En partant de ce constat, les groupes de travail réunis pour ce synode, viennent de rendre des conclusions explosives ! 8 des 12 groupes de travail se prononcent ouvertement pour l’ordination des hommes mariés, les « viri probati », dans le langage de l’Eglise. Et 6 des 12 groupes préconisent, je cite, « un ministère officiel de la femme dans l’Eglise ». Comprenez a minima, l’exercice du diaconat, qui permet de célébrer baptêmes et enterrements. La proposition s’arrête donc juste un pas avant l’étape finale, devenir prêtre et pouvoir célébrer des messes. 

Cette révolution répondrait donc à la volonté de pallier le manque de « personnel clérical » en Amazonie. Mais il y a aussi deux autres enjeux. D’une part, en Amérique Latine en général et au Brésil en particulier, l’Eglise catholique, autrefois omniprésente, est concurrencée par les Evangéliques néo-pentecôtistes qui regroupent désormais 30% de la population. Rome doit donc réagir pour séduire à nouveau, en particulier les plus démunis. D’autre part, nous sommes en présence d’un nouvel épisode du bras de fer entre le Pape François et cette Curie conservatrice, qu’il regarde comme rétrograde et coupée du monde.

La résistance de la Curie conservatrice

Toute la question, c'est de savoir si c’est juste un ballon d’essai ou ça peut aller plus loin. Pour l’instant, il est simplement question d’instaurer « un rite amazonien » spécifique, donc circonscrit à cette région du monde. Mais des participants au synode parlent de « laboratoire ». Et là c’est autre chose. Il s’agirait donc de tester cette révolution avant de pouvoir l’étendre.

Parce que si l’argument pour justifier la fin de ces tabous, c’est le manque de prêtres ; alors l’effet domino peut être rapide. Exemple simple : les campagnes françaises manquent également de prêtres. Pourquoi pas, ici, des femmes ou des hommes mariés ? Ajoutons que dans certains pays, le clergé semble disposé à cette réforme. On songe par exemple à la Belgique ou à l’Allemagne. L’épiscopat allemand s’apprête, dans un mois, à ouvrir un grand débat sur le sujet.

Cela dit, les résistances, de l’autre côté, s’annoncent fortes. Au sein du clergé africain, mais aussi américain, italien, français. Certains qualifient déjà ces propositions « d’hérétiques », et menacent d’un schisme. En Australie, le cardinal Pell a beau être au fond de sa prison après avoir été condamné pour violences sexuelles sur mineur, ça ne l’empêche pas de monter au créneau pour dénoncer, je cite, « un texte qui abîme la tradition ».

Une fois rendues les conclusions de ce synode, le Pape François devrait s’exprimer au début de l’année prochaine.Il aura du mal à concilier tout le monde, tant les avis sont opposés. Et si le Pape brise les tabous, alors on se souviendra que c’est l’Amazonie qui a tout déclenché.

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