L’Assemblée Générale annuelle de l’ONU vient donc de débuter. Ça va durer une semaine. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’ambiance est morose. Quasiment plus personne ne semble croire dans le multilatéralisme. Pourtant on peut aussi affirmer que oui l'ONU sert bien à quelque chose. C'est "le monde à l'envers".

Des patrouilles de sécurité en haut du bâtiment de l'ONU avant l'ouverture de l'Assemblée Générale
Des patrouilles de sécurité en haut du bâtiment de l'ONU avant l'ouverture de l'Assemblée Générale © AFP / Nicholas Kamm / AFP

C’est très facile de dire du mal de l’ONU, c’est tout à fait dans l’air du temps. Et c’est vrai, l’instance internationale parait inefficace, voire totalement incapable de résoudre quoi que ce soit dans les grands conflits en cours : en Syrie, en Afghanistan, au Yémen, etc.

Je vous livre deux formules de deux diplomates français : le premier parle d’une « grande faiblesse de l’ONU », le second d’une « série de vents contraires ».

Une façon pudique, diplomatique, de dire « On est tombé très bas »…

Le problème est simple : au fondement de l’Organisation des Nations Unies se trouve le concept de multilatéralisme, autrement dit chercher à régler les crises à plusieurs, par le dialogue et le compromis. Et ce concept est panne : il est rejeté, non seulement par Donald Trump mais aussi par les nationalistes de tout poil qui prospèrent en Europe.

Une fois qu’on a dit ça, on peut reprendre le sujet autrement.

D’abord, l’honnêteté est de dire que le multilatéralisme n’a jamais été vraiment d’actualité. Disons qu’il y avait davantage jusqu’à présent une illusion de « communauté internationale ». 

Ça nous arrangeait bien : c’était en fait pour l’essentiel une communauté de pensée et d’action au sein du monde occidental. Ca a commencé à se dégrader au moment de la guerre en Irak en 2003 et avec l’Amérique de Trump tout cela a volé en éclats.

Mais en réalité, l’ONU n’a JAMAIS été un grand forum de délibération mondiale, plutôt le reflet d’un subtil équilibre entre grandes puissances après la Seconde Guerre. Donc certes on est descendu bas, mais on n’a jamais été très haut.

14 opérations de maintien de la paix

Ensuite, même si l'ONU est descendu bas, elle sert quand même à quelque chose.

Un fait tout simple : 133 chefs d’Etat et de gouvernement s’y rendent cette semaine, dont près de 100 monteront à la tribune. C’est l’une des affluences les plus fortes qu’ait connu l’Assemblée générale de l’ONU dans son existence. 

Sur 195 pays, ça fait donc quand même une très grosse majorité.

C’est bien la preuve que l’ONU reste, et de loin, l’instance internationale la plus légitime. Et sa portée symbolique demeure. Sinon Donald Trump, qui y sera dès ce soir, ne ferait pas le déplacement.

Ensuite, ça demeure un lieu d’échanges et de rencontres. Des dizaines de réunions bilatérales de pays à pays sont programmées cette semaine. 

Et surtout, il serait absurde de faire table rase de tout ce que fait l’ONU.

Des missions de la paix : 14 au total aujourd’hui, dont pas moins de 7 en Afrique, au Mali, en RDC, en République Centafricaine. Elles ne suffisent pas à garantir la sécurité mais sans elles, ce serait nettement pire. Des opérations d’aide humanitaire par dizaines, via le programme alimentaire mondial, le Haut-Commissariat aux Réfugiés, ou l’Organisation Mondiale de la Santé.

Et puis, il y a tout ce que l’ONU pourrait faire : sur le climat, les migrations, l’évasion fiscale, l’armement. 

L'inconnue chinoise

Mais là c'est vrai que l'on bascule un peu « dans le vœu pieu ». Et c’est vrai que l’avenir de l’ONU est très incertain. Il dépendra de plusieurs facteurs. En voici deux.

Le premier c’est la capacité de l’organisation à se réformer elle-même :

-          A intégrer les nouveaux géants (l’Inde, l’Afrique) dans le processus de décision ;

-          A limiter sa gabegie financière et son opacité de recrutement ;

-          A améliorer le fonctionnement de ses opérations de maintien de la paix ;

-          A prioriser les nouveaux enjeux, on les citait à l’instant : l’écologie, le crime organisé, les mouvements migratoires.

C’est ambitieux.

Deuxième facteur identifiable : l’attitude de la Chine. Les Etats-Unis de Trump, on l’a compris, veulent se retirer derrière leurs sacs de sable et sortir du jeu international.

En face, la Chine de Xi Jinping aspire au pouvoir économique : ses projets de « nouvelles routes de la soie » en sont l’expression la plus évidente.

Mais aspire-t-elle aussi, ou pas, à la légitimité, au leadership moral, délaissé par Washington ? Mystère !

C’est une interrogation audacieuse, mais l’avenir de l’ONU dépend peut-être de la réponse : si la Chine rêve de légitimité, elle devra sans doute en passer par l’institution internationale.

Cette année, Xi Jinping ne vient pas à New-York pour l’Assemblée Générale. Ce n’est pas un très bon signe. Mais il attend peut-être tout simplement son tour

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