C’est demain 26 décembre que se déroule en Israël la primaire au sein du Likoud, le parti de Benjamin Netanyahu. C’est la première étape vers de nouvelles élections générales en mars prochain. Demain, Netanyahu va sans doute s’imposer. Mais cette victoire cache une défaite. C’est le « Monde à l’envers ».

Benjamin Netanyahou en meeting pour la primaire du Likoud, la semaine dernière à Petah Tikva près de Tel Aviv
Benjamin Netanyahou en meeting pour la primaire du Likoud, la semaine dernière à Petah Tikva près de Tel Aviv © AFP / Jack GUEZ / AFP

Au sein de l’Etat-major du premier ministre israélien, la sérénité est de mise : demain la victoire est au rendez-vous ! La seule source d’inquiétude, c’est la météo : vent et forte pluie annoncés dans les heures qui viennent en Israël. Ça pourrait dissuader les électeurs de se déplacer. Les heures d’ouverture des bureaux de vote ont donc été étirées au maximum : de 8h du matin à 11h le soir !

Pourquoi évoquer ce détail ? Parce que Netanyahou veut une participation forte. Pour une légitimité renforcée et un succès net. Et il a de bonnes raisons d’y croire. D’abord, malgré ses casseroles judiciaires, le premier ministre israélien peut toujours compter sur un socle solide de militants inconditionnels. C’est un peu comme Trump aux Etats-Unis. Pour eux, leur leader est victime d’un complot, d’une chasse aux sorcières. Il faut le défendre.

Ensuite, Netanyahou n’est jamais aussi bon que lorsqu’il est en campagne. C’est une bête de scène. Depuis deux semaines, il a multiplié les interventions publiques, jusqu’à 4 à 5 par jour. Du grand meeting à la réunion intime dans des domiciles privés, tout y est passé. 

Enfin, il a le soutien des cadres du Likoud, qui est un parti légitimiste. On ne tue pas le chef. Ce n’est pas dans les gènes de ce mouvement.

L’adversaire de Netanyahu dans cette primaire, Gideon Sa’ar, ne se fait donc pas d’illusion. Il n’a reçu l’appui que de 5 parlementaires du parti. S’il obtient 30% des voix, ce sera déjà pas mal. Demain, Netanyahou va donc probablement gagner.

Les ambitions de la nouvelle génération

Mais ce succès probable cache une défaite parce que de toute façon, un tabou est tombé ! Le seul fait qu’un homme se soit levé, au sein de son parti, pour s’opposer à Netanyahou, marque un tournant. Il y aura un avant et un après. « Bibi », comme ses supporters le surnomment, dirige le Likoud non-stop depuis 14 ans. Et même depuis 25 ans si on remonte à son premier leadership. Aujourd’hui âgé de 70 ans, il est enfin contesté.

Gideon Sa’ar est de 17 ans son cadet. Ancien ministre de l’Education et de la Sécurité, il est sans doute plus à droite que Netanyahu. Il incarne surtout la génération suivante. Et c’est un homme de Tel Aviv, loin de Jérusalem la religieuse. Peu lui importe de perdre demain et d’être qualifié de « traître » par les fidèles du Premier ministre. Gideon Sa’ar veut poser un jalon pour la suite, pour l’après-Netanyahou.

Et il n’est pas le seul. Il y en a d’autres, au sein du Likoud, qui attendent leur heure. Citons en trois : Yuli Edelstein, l’actuel speaker du Parlement, il s’est gardé de prendre position dans la primaire ; Nir Barkat, l’ancien maire de Jérusalem, très populaire chez les électeurs ; Gilad Erdan, ministre de la sécurité intérieure, qui a fini hier par soutenir Netanyahou du bout des lèvres, mais qui entretient de mauvaises relations avec lui.

Tous ces hommes fourbissent leurs armes, pour tuer symboliquement le père. Le tabou n’est plus. Netanyahu peut être attaqué.

Le poids de la triple inculpation

Et puis il ne lui suffit pas de remporter la primaire. Remporter la primaire du Likoud, c’est le plus facile. Le plus dur est à venir. D’abord, il y a le calendrier judiciaire. Rappelons que Netanyahou fait l’objet d’une triple inculpation pour corruption, fraude et abus de confiance. La Cour suprême doit encore se prononcer sur le fait de savoir si cette situation est compatible avec son maintien au poste de premier ministre.

Et puis il y a le calendrier politique. Début mars, les Israéliens iront donc aux urnes pour la troisième fois en un an. Et rien n’indique que Netanyahou soit capable, davantage que les deux fois précédentes, de décrocher une majorité. Or il lui en faudrait une, et de taille, pour sauvegarder son immunité parlementaire face aux poursuites judiciaires. Retour à la case départ : s’il ne remporte pas les élections, il sera à nouveau sous la menace d’une contestation interne dans son parti.

Les jours de Netanyahou semblent donc bien comptés. Sauf à ce que la majorité de l’électorat israélien finisse par succomber à son discours populiste, qui remet en cause l’Etat de droit et assimile désormais l’intérêt d’Israël à son intérêt personnel. Ça reste possible, mais ce n’est pas le plus probable.

C’est pour ça que, même avec une victoire demain, Netanyahou restera très proche de la porte de sortie.

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