La campagne électorale bat son plein en Israël, où les listes sont désormais closes. Le vote est prévu le 9 avril. Et l’inoxydable Benjamin Netanyahu, grand favori du scrutin, semble en difficulté. Sa défaite est possible, et c’est un événement en soi. C’est le « Monde à l’envers ».

Benjamin Netanyahu lors d'un meeting du Likoud le 21 février à Ramat Gan
Benjamin Netanyahu lors d'un meeting du Likoud le 21 février à Ramat Gan © AFP / MENAHEM KAHANA / AFP

Il y a une semaine encore, « Bibi » paraissait insubmersible, presque assuré de l’emporter à nouveau dans un peu plus d’un mois. Après déjà 13 années au poste de premier ministre, dont 10 consécutives depuis 2009, Benjamin Netanyahu est en passe de battre le record de longévité au pouvoir détenu en Israël par LA figure historique du pays, David Ben Gourion. 

Sauf que depuis une semaine, les nuages s’accumulent et l’impossible (un échec de Netanyahu) devient possible.

Commençons par les nuages strictement politiques. D’abord, une alternative crédible est apparue la semaine dernière, avec l’alliance, dans le mouvement Kahol Lavan de l’ancien chef d’Etat-major Benny Gantz et du dirigeant centriste Yair Lapid. Précisons que la gauche continue d’être au fond du trou, mais cette alliance de centre droit peut séduire de nombreux électeurs israéliens. 

Dans un premier sondage publié hier par le grand quotidien Yediot Aharonot, Kahol Lavan arrive d’ailleurs devant le Likoud : 35 sièges contre 29 !

Ça se complique aussi pour Netanyahu à l’intérieur de son parti. Comme toujours, les électeurs du Likoud ont désigné, dans une primaire, les candidats qui accompagneront le premier ministre sur la liste du parti. Résultat : un désaveu pour Netanyahu. Avec le choix de plusieurs dirigeants qui sont des rivaux internes notamment Gideon Saar, mais aussi Yuri Edelstein.

Un risque imminent d'inculpation

Autant d’hommes qui semblent viser le coup d’après : la succession de Netanyahu parce que « Bibi » est aussi sous la menace de la Justice. Et là aussi ça pourrait se préciser cette semaine. C’est le compte à rebours : la décision du procureur général Avichaï Mendelblit semble imminente. Il doit décider s’il inculpe le premier ministre de « corruption, fraude et abus de pouvoir ». Rien que ça.

La décision n’est pas facile : le procureur fait l’objet d’intimidations et de menaces de mort, et sa décision aura forcément un impact sur la campagne. Mais l’enquête semble achevée, et les conclusions de la police vont dans le sens d’une inculpation.

En fait, il ne s’agit d’ailleurs pas d’une mais de trois enquêtes. En Israël, on les appelle les affaires 1000, 2000 et 4000.

Les deux plus sérieuses sont la 1000 et la 4000.

Affaire 1000 : Benjamin Netanyahu est soupçonné d’avoir reçu des cadeaux de millionnaires et de businessmen pour l’équivalent de 250.000 euros, en échange de faveurs diverses.

Affaire 4000 : le premier ministre aurait marchandé le soutien d’un site d’information très populaire contre une décision favorable à un groupe de Télécom, et comme par hasard, le site et l’opérateur de téléphonie appartiennent au même propriétaire.

S’il est inculpé cette semaine, Netanyahu ne se privera pas de crier au complot politique ; mais son image sera quand même sérieusement endommagée.

Une alliance qui soulève des questions morales

Il ne faut pas l'enterrer trop vite: c’est un fin tacticien, il a plusieurs vies, et il ne faut pas le sous-estimer : en plus il peut se targuer d’un bilan économique et sécuritaire positif aux yeux d’une grande majorité d’Israéliens.

Cela étant, sa dernière manœuvre tactique pour sauver sa majorité laisse pantois !

Il a autorisé son parti à envisager une alliance avec un parti extrémiste et même raciste, Force Juive.

C’est une chose de faire comme Trump et de critiquer les médias, les ONG, les intellectuels.

C’en est une autre que de s’allier à une formation comme Force Juive, héritière directe du mouvement Kach de l’ex rabbin Meir Kahane.

De quoi parlons-nous ? D’une organisation ultra radicale, interdite en Israël en 1988, et qui a inspiré le terrorisme d’extrême droite : l’assassinat de 29 palestiniens dans le caveau d’Hebron en 1994, par Baruch Goldstein, un disciple de Meir Kahane.

Force Juive veut aujourd’hui prendre le contrôle de l’Esplanade des Mosquées à Jérusalem et annexer toute la Cisjordanie.

En résumé Benjamin Netanyahu ne recule devant rien. Il parie sur un glissement de la société israélienne vers l’extrême droite.

Ce pari peut fonctionner tactiquement, mais Israël y perdrait au passage une partie de son âme.

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