Bahreïn, dans le Golfe Persique, accueille une conférence qui se veut la première étape d’un plan de paix américain sur la question israélo-palestinienne, présenté par Washington comme « le deal du siècle ». Mais voilà une conférence de paix qui n’a pas la paix pour objectif. C'est "le monde à l'envers".

Une manifestation de réfugiés palestiniens à Beyrouth au Liban contre la conférence de Manama
Une manifestation de réfugiés palestiniens à Beyrouth au Liban contre la conférence de Manama © AFP / MARWAN NAAMANI / DPA / dpa Picture-Alliance

Officiellement, le titre est séduisant.  « De la paix à la prospérité ». Voilà l’intitulé de cet « atelier de travail » présenté par l’administration Trump comme le premier pas vers le règlement du conflit israélo-palestinien. Rien de moins.

Bon d’abord, ce titre a la tête à l’envers. La démarche américaine, pilotée par le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, serait mieux résumée en sens inverse : De la prospérité à la paix. Puisque tout le propos c’est de commencer avec un accord de développement économique. En misant sur le fait que le règlement politique, donc la paix, en découleront.

Sur le papier, on se dit pourquoi pas, d’autant que jusqu’à présent tout a échoué. 

Et dans le document de plus de 130 pages dévoilé par l’administration américaine, il y a des chiffres qui sonnent bien aux oreilles : 50 milliards de dollars d’investissement, 44 milliards d’euros, pour aider les Palestiniens.

Plus de la moitié pour les populations de Gaza et de Cisjordanie, le reste pour les pays voisins (la Jordanie, le Liban, l’Egypte) où vivent la plupart des réfugiés palestiniens. Le plan américain fait miroiter des projets comme si on était à Disneyland : 1 million d’emplois, une réduction de moitié de la pauvreté, des routes, une ligne de chemin de fer, des centrales électriques, des centres commerciaux, etc.

Vu que l’Autorité Palestinienne n’a plus un centime en poche (elle est au bord de la cessation de paiement), tout ça peut paraître séduisant : la prospérité au bout du chemin.

La prospérité sans la paix ?

Quant à la paix, elle n’est pas au programme. Ce n’est pas l’objectif. C’est précisément pour cette raison que les Palestiniens ont refusé de se rendre à cette conférence. Ils n’ont d’ailleurs même pas été conviés, ça permet d’éviter un refus.

L’un des dirigeants de l’Autorité Palestinienne, Jibril Rajoub, nous disait il y a quelques jours : ce raisonnement américain, c’est une inversion des rôles, un piège. Sur le mode : renoncez à vos prétentions politiques, moyennant quoi nous vous aiderons financièrement. 

Et de fait, le plan n’aborde aucune question politique : le statut de Jérusalem, la création d’un Etat palestinien, ou à tout le moins la libre circulation sur le sol israélien. Tout cela est remis à plus tard. Ce raisonnement de promoteur immobilier à la Trump, qui fait fi de tous les symboles, est évidemment inacceptable pour les Palestiniens.

Mais peu importe puisque la paix n’est pas recherchée :  Washington mise sur le fait que la cause palestinienne n’intéresse plus grand monde. Et que les dirigeants palestiniens, en refusant ce plan, se retrouveront avec le mauvais rôle. La paix ne sera donc pas au rendez-vous de cette conférence. Ce n’est pas le but.

Un coup de pouce à Netanyahu

En revanche il y au moins deux autres objectifs.

Le premier, c’est de filer un coup de main au premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, dans une passe difficile. Il n’a pas pu constituer de gouvernement, et de nouvelles élections sont donc convoquées en septembre en Israël.

Donald Trump a déjà tweeté qu’il souhaite le succès de Netanyahu. Et les négociateurs américains (Jared Kushner, mais aussi Jason Greenblatt et David Friedmann) sont tous extrêmement proches de la droite dure israélienne dont ils partagent les positions : Jérusalem comme capitale, occupation du plateau du Golan, annexion de la Cisjordanie.

Au passage, le président américain y voit aussi un intérêt sur sa propre scène politique intérieure : satisfaire l’électorat des chrétiens évangéliques, 1 Américain sur 4, dont le vice-président Mike Pence. Et les évangéliques jugent prioritaires que l’Etat juif d’Israël soit favorisé car, selon eux, c’est la condition première du retour de Jésus sur la Terre.

Une alliance contre l'Iran

Le second objectif, c’est de profiter de cette réunion au Bahreïn pour sceller une alliance contre l’Iran. Et l’Iran c’est la priorité de l’administration Trump. Cette alliance, c’est celle des pays du Golfe et d’Israël. Plusieurs diplomates israéliens reconnaissent d’ailleurs désormais l’existence de cet axe longtemps tabou.

La conférence de Manama, dans le Golfe, vise donc aussi à rapprocher ces partenaires dans une coalition anti-iranienne. L’Arabie Saoudite et les Emirats sont d’ailleurs présents à cette conférence de Manama.

Au passage, c’est aussi une façon pour Washington de se désengager de la région, en confiant les affaires à ses alliés régionaux.

L’absence des dirigeants palestiniens à Manama n’a donc strictement aucune importance. Puisque ce soit disant « deal du siècle » sur le dossier israélo-palestinien n’a strictement rien à voir avec la paix en Palestine. Il suffit de le savoir.

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