Tout le monde a les yeux braqués sur la Chine et son président en visite en France. Mais il n’y a pas que la Chine en Asie. Et loin du regard médiatique, un « modèle autoritaire » se développe dans toute l’Asie du Sud Est, comme en témoignent les élections en Thaïlande. C'est "le monde à l'envers".

Des supporters du parti d'opposition thaïlandais Pheu Thai
Des supporters du parti d'opposition thaïlandais Pheu Thai © AFP / Ye Aung THU / AFP

C’est un peu loin de chez nous, donc on ne fait pas très attention. Et on a peut-être tort. Plus de 600 millions de personnes (10 fois la France) vivent dans cette région du monde et l’autoritarisme aux penchants militaires est en train d’y devenir la règle.

Le dernier exemple en date, c’est donc la Thaïlande.

Les résultats définitifs des élections d’hier ne sont pas encore connus, mais un fait semble acquis : le parti de la junte militaire au pouvoir devrait conserver les manettes.

L’opposition proteste déjà en parlant d’un vote « truqué », marqué par de nombreuses irrégularités : dans certaines circonscriptions, il y aurait eu plus de bulletins que de votants. 

Mais le Palang Pracharat, c’est le mouvement des militaires, revendique la victoire. Et de toute façon, son chef, le général Prayuth a verrouillé la Constitution pour conserver les leviers du pouvoir : en résumé un tiers des députés de la Chambre basse lui suffit puisque son parti nomme la totalité des 250 sénateurs de la Chambre Haute.

On ne connaitra le verdict final que début mai et le roi aura son mot à dire, comme toujours en Thaïlande.

Mais le fait est là : après une parenthèse démocratique au début du siècle, la Thaïlande a rebasculé :  putsch militaire en 2014, répression de l’opposition, et aujourd’hui élections visant à maintenir l’armée au pouvoir.

Vous allez me dire : c’est une affaire « thaïlando-thaïlandaise ». Sauf que c’est bien davantage : c’est une maison témoin.

De la Birmanie au Viet Nam le même autoritarisme

En fait toute la région est en train d’adopter ce type de régime.

Il y a bien quelques exceptions, avec du pluralisme et de l’alternance : la Malaisie, l’Indonésie qui vote le mois prochain.

Mais partout ailleurs, avec des variantes d’un pays à l’autre, c’est rideau pour la démocratie. Il y a quelques années, on y a cru. Aujourd’hui, c’est fini.

Procédons à un petit inventaire.

La Birmanie : il y a 3 ans lorsque le prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi est arrivée au pouvoir après un demi-siècle de junte militaire, on s’est dit que la page se tournait. 

Trois ans après, déception : la presse reste muselée, les opposants aussi, et les minorités comme les Rohingyas opprimées. Les militaires tirent toujours les ficelles.

Le Viet Nam : l’ouverture à l’économie de marché a permis le décollage de la croissance, mais le parti tient toutes les rênes du pouvoir, et il ne fait pas bon être opposant, en particulier cyber dissident.

Le Cambodge : c’est simple un homme un seul aux manettes Hun Sen depuis 34 ans. Cet ancien khmer rouge converti lui aussi au libéralisme économique, dirige le pays d’une main de fer. 

Les Philippines : là encore on y a cru, après la chute du dictateur Marcos à la fin des années 80. Mais aujourd’hui, le pays est dirigé par un homme, Rodrigo Duterte qui a développé un arsenal répressif et des méthodes expéditives. 

On se résume : quasiment partout en Asie du Sud Est, la règle est la même. 

Des pouvoirs forts, autoritaires, militarisés ou para-militarisés. Et se revendiquant le plus souvent de l’économie de marché, mais une économie de marché très dirigée.

Le modèle asiatique face au modèle occidental

Ça nous concerne, pour deux raisons.

La première, c’est que l’avenir économique du monde se joue en grande partie là-bas, entre la Chine et l’Asie du Sud-Est. C’est là qu’est la croissance, c’est là qu’est la richesse, de plus en plus.

La seconde est de nature plus politique qu’économique. Le modèle de la démocratie occidentale s’essouffle, tout le monde en est conscient. 

Il faut donc surveiller l’émergence de modèles alternatifs. Sauf qu’on ne regarde peut-être pas au bon endroit. On se focalise sur la Hongrie de Orban, tout près de chez nous.

Mais pour de nombreux pays du monde, le vrai modèle attractif pourrait bien être ce système asiatique. Il est plus abouti, plus efficace.

On peut le conceptualiser d’ailleurs : c’est un mélange entre la Chine et Singapour. Entre communisme et libéralisme, avec toujours deux points communs : l’autoritarisme politique et une ouverture économique qui a pour but la croissance à tout prix.

Avec l’idée que les fruits de la croissance peuvent permettre d’éteindre la grogne sociale provoquée par la répression politique. La boucle est bouclée.

Et ce modèle de société peut séduire beaucoup de monde.

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