La tension est forte entre Emmanuel Macron et Jair Bolsonaro. Et les noms d’oiseau ont commencé à voler. Tout a débuté par l’interpellation du président français sur les incendies en Amazonie et l’inaction de Bolsonaro. Mais le président brésilien est une cible un peu trop simple. C'est "le monde à l'envers".

L'un des multiples incendies en cours dans la province brésilienne d'Amazonie, à Boca do Acre
L'un des multiples incendies en cours dans la province brésilienne d'Amazonie, à Boca do Acre © AFP / LULA SAMPAIO / AFP

C’est un peu comme au cinéma, un « film de genre » : Bolsonaro c’est le « bad guy », avec la gueule de l’emploi du « méchant ». Il coche toutes les cases.

Il est misogyne, vulgaire, nostalgique de la dictature militaire, ouvertement d’extrême droite et raciste à ses heures.

La cible parfaite pour Emmanuel Macron qui à l’inverse entend incarner une modernité tolérante et modérée.

Et puis surtout, c’est vrai, Bolsonaro a probablement une responsabilité dans la multiplication des incendies dans le bassin amazonien : 80.000 depuis le début de l’année, +85% par rapport à l’année dernière, 1700 nouveaux départs de feu lors des quatre derniers jours.

Le président brésilien a une responsabilité objective parce que depuis son arrivée au pouvoir il y a 8 mois….

-         Il coupe dans le budget des associations environnementales, 

-         Il amnistie les défricheurs illégaux, 

-         Il favorise l’industrie agro-alimentaire, 

-         Et il donne un blanc-seing implicite aux orpailleurs et aux agriculteurs.

Autant de paramètres qui accélèrent la déforestation et donc favorisent les incendies. Ajoutons que Bolsonaro a tardé à réagir, et ne s’est décidé à mobiliser 40.000 militaires qu’avant-hier soir. On se résume : c’est le coupable idéal.

La déforestation frappe aussi en Russie ou en RDC 

Mais ce n’est pas le seul coupable, il s’en faut de beaucoup !

Au Brésil, la déforestation a démarré bien avant lui, dans les années 90 en particulier. Ça s’est ralenti sous la présidence de Lula, mais Bolsonaro n’est pas le premier pyromane brésilien.

Plus largement, les incendies frappent d’ailleurs cet été plusieurs autres pays du bassin de l’Amazone, en particulier le Paraguay et surtout la Bolivie. Et le président bolivien Evo Morales n’a pas vraiment le même profil que Bolsonaro : il se revendique du socialisme. Ça ne l’empêche pas de favoriser lui aussi la déforestation en cherchant à développer la culture du soja et les projets hydroélectriques.

Continuons l’inventaire, ailleurs dans le monde.

La République Démocratique du Congo, qui abrite la moitié de la forêt africaine, a vu son espace forestier diminuer de 6% en 15 ans : forages pétrolifères, concessions illicites d’exploitation industrielle du bois, tout y passe. Et on parle là du plus grand pays francophone au monde. 

En Russie, la forêt boréale de Sibérie a brûlé cet été comme jamais auparavant. Et là aussi comme l’Amazone, c’est un réservoir géant de captation du dioxyde de carbone. En cause là encore l’exploitation de la forêt, mais personne ne dit rien à Poutine.

Au Canada, les forages en sables bitumineux à Fort Mc Murray ont provoqué des désastres dans la forêt. Mais le Canada est membre du G7. Alors silence.

Donc des coupables, il y en a une brochette. 

La responsabilité indirecte du modèle agricole européen

Emmanuel Macron a quand même raison de dire que l’Amazonie c’est l’affaire de tous, l’Amazonie comme les autres forêts. Pour reprendre les propos du président français, c’est « notre maison qui brûle », pas seulement la maison du Brésil parce que l’impact sur le climat ne connait pas les frontières.

Mais du coup, comme ça nous concerne tous, ça vaut aussi en termes de devoirs et de responsabilités.

A nous d’abord, de débloquer l’aide suffisante. Le G7 vient d’annoncer 22 millions de dollars pour subvenir à l’urgence en Amazonie. C’est mieux que rien. Mais en fait c’est peu. Comparons : 22 millions, c’est 10 fois moins que le budget d’une superproduction hollywoodienne, ou 5 fois que le coût d’un avion Rafale. 

Et puis surtout, plutôt que de menacer le Brésil de représailles commerciales, on pourrait s’interroger sur notre modèle agricole à nous, en Europe.

Je m’explique : Pourquoi le Brésil détruit-il sa forêt ? En grande partie pour cultiver du soja, destiné à l’exportation.

Pour venir nourrir nos animaux, nos veaux et nos cochons. 3 millions et demi de tonnes par an rien que pour la France : nous sommes le premier importateur européen de soja brésilien.

Donc en continuant à privilégier CE modèle agricole plutôt que d’en développer d’autres, nous sommes nous aussi responsables, indirectement, des incendies en Amazonie.

Mais évidemment c’est beaucoup plus facile de se donner bonne conscience en accusant le « méchant » Bolsonaro.

La forêt amazonienne est en feu depuis plusieurs jours
La forêt amazonienne est en feu depuis plusieurs jours © AFP / Joël Laet
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