Pour la 3ème fois, des millions d'habitants de la République démocratique du Congo, au coeur de l'Afrique, ont manifesté hier contre le maintien au pouvoir de Joseph Kabila. Celui-ci répond par la répression et la France tarde à condamner. Question dans "le monde à l'envers": et si on arrêtait de soutenir Kabila ?

Manifestation anti Kabila devant une église de Kinshasa le 21 janvier dernier
Manifestation anti Kabila devant une église de Kinshasa le 21 janvier dernier © Maxppp / ROBERT CARRUBBA/EPA/Newscom/MaxPPP

Je vais vous raconter une histoire… C’est l’histoire de Thérèse Kapangala.

Thérèse a 24 ans.  Je vous la montre en photo, ici en studio : elle a les cheveux tressés, le visage souriant, elle est diplômée de couture, c’est une jeune femme comme la RDC en compte beaucoup.

Vaste pays, la RDC, ex Zaire, 4 fois la France, 90 millions d’habitants, dont 60% ont moins de 20 ans !

Thérèse envisage d’entrer au couvent. Le 21 janvier dernier, elle manifeste avec beaucoup d’autres, à l’appel de l’église catholique, contre le maintien au pouvoir de Joseph Kabila. 

Enfin, elle manifeste, c’est beaucoup dire… Elle est dans l’enceinte de sa paroisse de St François de Sales, à Kintambo, dans la banlieue de Kinshasa, la capitale.

Dans l’enceinte de la paroisse. Les forces de sécurité lui tirent dessus. Une balle en plein cœur.

Thérèse est morte.

Elle fait partie des 16 morts que comptent désormais les manifestations à répétition contre Kabila. Hier encore, ils étaient, selon l’église catholique, 3 millions à manifester !

Et l’ONU fait état aujourd’hui de 2 morts, 50 blessés et une centaine d’arrestations.

"Petit Jo" ne veut pas partir 

Un pouvoir contesté qui réprime, c’est en même temps assez banal, c'est vrai.

Mais ce qui l’est moins, ce sont les raisons et les formes de la contestation. 

Faisons un peu d’Histoire. Joseph Kabila est arrivé au pouvoir presque par hasard. 

Il est propulsé chef de l’Etat en quelques minutes, en 2001, lorsque son père, alors président, est assassiné. On le surnomme alors « Petit Jo », c’est presque affectueux.

« Petit Jo » est alors un bon démocrate, il réforme la constitution pour limiter le nombre de mandats présidentiels à deux.

Il est élu une fois, puis 2 fois. Et le 2ème mandat s’achève… en décembre 2016 !

Faites le calcul, il y a donc 14 mois que Petit Jo devrait avoir quitté le pouvoir, en application de sa propre réforme.

Mais il ne veut pas partir. Il a accepté un premier compromis pour s’en aller en décembre 2017. Puis un second pour organiser des élections en décembre 2018. Et ainsi de suite.

En réalité les mois passent et… rien ne se passe !

En face, le seul contrepouvoir structuré, c’est l’Eglise catholique : elle a donc pris la tête de la contestation. Avec à son sommet un homme au caractère bien trempé, l’archevêque de Kinshasa, le cardinal Laurent Monsengwo.Dans ses prêches, il parle, je cite, des « médiocres qui doivent dégager » !

Depuis le 31 décembre, les manifs se succèdent donc, au rythme d’une par mois.

Et en face, Joseph Kabila laisse sa police politique tirer dans la foule, jusque dans les paroisses. 

Indifférence internationale et realpolitik 

Et on a l'impression que tout le monde s’en moque, la France au 1er chef.

Les regards sont à nouveau tournés vers la Syrie, où se noue le drame que l’on sait, dans le quartier de la Ghouta à Damas.

Et pendant ce temps, Kabila réprime en toute tranquillité. 

Certains sont un peu plus fermes : le Parlement européen, la Belgique qui a interrompu sa coopération bilatérale. Mais Paris se contente de condamner du bout des lèvres.

Et du coup, à Kinshasa, des opposants ont lancé une campagne anti-française sur les réseaux sociaux.  Certains vont jusqu’à affirmer que la France version Macron soutient la répression de Kabila, afin de ménager les intérêts économiques de ses entreprises sur place, Total, Orange ou Bolloré.

Ca peut aussi être ni plus ou moins que de la « real politik », mais c’est peut-être aussi un mauvais calcul.

D’abord, le bilan de Joseph Kabila est désastreux.  Incompétence, corruption généralisée, népotisme. Incapacité à sortir le pays de la pauvreté, c’est l’un des plus pauvres au monde alors qu’il regorge de richesses minières : or, cuivre, diamants, cobalt.

Ensuite, les manifestations n’ont aucune raison de s’arrêter.

Parce que Kabila n’est plus légitime. Et parce que l’Eglise semble déterminée, d’autant qu’elle est appuyée par le Vatican.

Enfin, il y a un risque d’émigration massive vers l’Europe, depuis ce pays si jeune. 

Si on laisse faire Kabila, on peut créer les conditions d’une nouvelle crise migratoire que l’on regrettera demain, mais il sera trop tard. 

Et on se dira : « on aurait dû y penser plus tôt »

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