C’est dans deux mois pile le 26 mai que nous serons invités aux urnes pour les élections Européennes. Et à l’heure où la République en marche vient enfin de dévoiler sa liste, vous vous interrogez sur un paradoxe : la grande absente des Européennes pourrait bien être l’Europe ! C’est le « Monde à l’envers".

Nathalie Loiseau, ici lors des dernières réunions sur le Brexit à Bruxelles, va diriger la liste LREM aux Européennes
Nathalie Loiseau, ici lors des dernières réunions sur le Brexit à Bruxelles, va diriger la liste LREM aux Européennes © AFP / EMMANUEL DUNAND / AFP

Il y a vraiment quelque chose qui cloche : tout se passe comme si, dans les 27 pays de l’Union, il y avait 27 scrutins régionaux. Chacun dans son coin. Chacun avec sa campagne, ses sujets, ses querelles. Et à chaque élection européenne, c’est le même topo.

La France en est une bonne illustration.

A deux mois du vote, nous restons polarisés sur les gilets jaunes et le grand débat « national », où l’Europe n’a aucune place, sauf à se faire caricaturer. A deux mois du vote, tout se passe comme si, une fois de plus, l’enjeu était de savoir si les Français vont ou pas sanctionner le pouvoir en place, vont ou pas, porter en tête le parti du Président, ou à l’inverse un mouvement d’opposition, en l’occurrence le Rassemblement National. C’est le sujet central des sondages d’intentions de vote. A deux mois du scrutin, ce sont donc les questions de politique intérieure qui dominent la campagne.

Sauf que c’est secondaire. Tout simplement parce que ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est la composition du Parlement Européen, les équilibres politiques européens qui sortiront des urnes des 27 pays. Et c’est tout. 

Ça peut plaire, ou pas. Mais c’est ça le sujet. Donc vivre et présenter les Européennes par le spectre des égoïsmes nationaux, c’est faire délibérément une erreur sur la marchandise.

La culture du compromis au Parlement de Strasbourg

L'argument pour nationaliser le débat des Européennes, c'est de dire que l’Europe ça parait loin ! Et ça qui est fou, parce que l’Europe c’est ici même !

Alors pourquoi ça parait loin ? La responsabilité est triple : 

-         La technocratie bruxelloise ne fait pas grand-chose pour se rendre accessible ;

-         Les politiques dans leur grande majorité utilisent l’Europe comme un bouc émissaire très facile ;

-         Et les médias (les grands journaux télévisés français en particulier) ne s’intéressent pas à l’Europe. Une étude récente de la Fondation Jean Jaurès est édifiante à ce sujet.

Résultat, toutes les enquêtes le démontrent, les Français sont parmi les plus ignorants, avec les Grecs, de l’action des députés européens. A l’inverse, les Finlandais, les Suédois ou les Allemands sont très au fait des décisions de l’Union.

Et franchement, c’est injuste. L’Europe a plein de défauts mais son bilan n’est pas nul : l’Euro, la Politique agricole, Erasmus, la Cour Européenne de Justice.

Et il y a aussi les décisions plus récentes, de la dernière mandature : la protection des données personnelles, la limitation des sacs en plastique, la transparence des commissions bancaires, aujourd’hui même la réforme du droit d’auteur. Du concret.

En plus, le travail du Parlement de Strasbourg a quelque chose d’exemplaire : il règne une culture du compromis qui fait honneur à la démocratie. Au Parlement Européen, les majorités sont de circonstance, se font et se défont selon les sujets, et les discussions trans partis sont permanentes.

C’est l’inverse de notre Parlement à la française avec ses effets de manche et ses querelles stériles de postures. 

L'incohérence de listes nationales pour des élections transnationales

On aurait pourtant tout intérêt à parler d’Europe dans la campagne des Européennes, d'abord parce que le futur Parlement aura plus de pouvoir institutionnel que le précédent, notamment sur la désignation du poste-clé en Europe, président de la Commission.

Ensuite, seule l’Europe possède la taille critique pour peser sur les trois sujets cruciaux identifiés par les électeurs européens eux-mêmes : l’immigration, l’environnement, l’emploi. 

Ajoutons la capacité à peser sur les grands dossiers diplomatiques et commerciaux, face à la Chine ou aux Etats-Unis. 

Sans grand budget d’investissement européen, on ne pèsera pas.

Mais comment se sentir « européen » lorsqu’on met le bulletin dans l’urne ?

La clé, c’est celle de listes transnationales. C’est un serpent de mer, on en parle depuis 40 ans. Cette fois-ci, la France, pour une fois pas trop égoïste, a essayé de relancer l’idée. Mais l’Allemagne et les pays du groupe de Visegrad, à l’Est, l’ont retoquée.

On peut être opposé au concept. Mais le fait est là : il y a une incohérence fondamentale à voter pour des listes nationales dans un scrutin européen. Pas plus qu’on n’élit des députés à la présidentielle. C’est pareil.On ne joue pas au football avec un ballon de rugby.

Tant que les listes seront nationales, leurs compositions seront le fruit de petits marchandages nationaux, et les débats seront nationaux. C’est tout bête : jusqu’à présent, les élections « européennes », ça n’existe pas !

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