Kim Jong Un et Donald Trump sont donc réunis au Viet Nam. Ce deuxième sommet pourrait conduire à un début de dé-nucléarisation de la Corée du Nord. Mais « attention au trompe l’œil » : pendant ce temps sur la planète, l’heure est à l’inverse, à une la prolifération nucléaire. C'est "le monde à l'envers".

La poignée de main Trump Kim lors du sommet de Hanoï au Viet Nam
La poignée de main Trump Kim lors du sommet de Hanoï au Viet Nam © AFP / Saul LOEB

En face, les États-Unis veulent doter leurs sous-marins de nouvelles charges nucléaires dites de faible intensité, mais c’est quand même 50 fois Hiroshima…onduire à un début de dé-nucléarisation de la Corée du Nord.

Mais vous nous dites « attention au trompe l’œil » : pendant ce temps sur l’ensemble de la planète, 

On a envie d’y croire. Evidemment.

Envie de voir ce sommet Trump Kim enclencher un processus vertueux dans la péninsule coréenne avec des engagements de la Corée du Nord :

-         Une promesse de démantèlement du complexe atomique de Yongbyon ;

-         Un renoncement à la fabrication de missiles moyenne et longue portée ;

-         Un moratoire sur la fabrication de toute arme de nature nucléaire ;

-         Et l’acceptation d’une mission internationale d’inspection de ce processus.

Si tout cela débouche, il ne faudra pas bouder son plaisir : ce sera déjà beaucoup. Beaucoup mais très peu.

D’abord, on restera loin d’un processus de dénucléarisation complète de la Corée du Nord : l’arme nucléaire est une sorte d’assurance vie politique pour Kim Jong Un, donc il ne va pas y renoncer facilement.

Et surtout, cette éventuelle bonne nouvelle ne doit pas être un miroir aux alouettes qui cache l’essentiel : la prolifération nucléaire n’est pas en recul. C’est plutôt l’inverse : elle menace de repartir à la hausse.

Ce n’est pas moi qui le dis. C’est le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres avant-hier à Genève, je cite : « le système de contrôle des armements est en train de s’effondrer ».

Trump et Poutine rejouent la guerre froide

C'est d’abord la faute à Moscou et Washington, comme au temps de la guerre froide.

Ces derniers jours, les Etats-Unis et la Russie ont tous deux suspendu leur participation au traité FNI sur les « forces nucléaires intermédiaires ». 

Depuis 30 ans, cet accord empêchait le développement d’armes d’une portée située entre 500 et 5000 kms : il a permis de débarrasser le sol européen des missiles russes SS20 et américains Pershing.

Sauf que Moscou et Washington se soupçonnaient mutuellement de violer l’accord. Donc retrait : Trump d’abord, Poutine ensuite.

La Russie est soupçonnée de posséder une nouvelle arme sol-sol de 700 kms de portée (9M 729 de son petit nom) et elle travaille sur un nouveau missile hypersonique qui serait impossible à intercepter.

En face, les Etats-Unis veulent doter leurs sous-marins de nouvelles charges nucléaires dites de faible intensité, mais c’est quand même 50 fois Hiroshima…

Ils explorent la piste de nouveaux missiles mer-sol, et ils veulent investir des sommes gigantesques dans les 30 ans à venir : des millions de milliards de dollars. 

Le risque d’une nouvelle prolifération nucléaire façon guerre froide Est-Ouest n’a jamais semblé aussi élevé. Et soit dit en passant, l’Europe, en plein milieu, se retrouve Gros Jean comme devant.

La Chine dans la course 

Et en plus ça ne s’arrête pas là. La prolifération concerne aussi de nouveaux acteurs.

La Chine d'abord: c’est bien sûr le nouvel acteur nucléaire majeur qui change la donne par rapport à l’époque de la guerre froide.

Et c’est aussi sans doute en pensant à la menace chinoise que Trump a décidé de se retirer de l’accord FNI.

La Chine possède aujourd’hui toute la gamme de missiles possible : petite, moyenne, longue portée, même intercontinental, avec le Dongfeng, 10.000 kms d’autonomie, c’est la plus longue portée au monde.

Et Pékin est en train de moderniser son arsenal nucléaire, avec sans doute déjà plusieurs centaines de missiles équipés. 

Au-delà de la Chine, poursuivons l’inventaire, il est préoccupant.

Citons d’abord l’Inde et le Pakistan, tous deux détenteurs de l’arme nucléaire : c’est pour ça que la crise actuelle entre les deux pays fait froid dans le dos.

Et puis ajoutons tous ceux qui aimeraient posséder l’arme : 

-         L’Iran, mais qui respecte pour l’instant les contrôles qui lui sont imposés ;

-         La Turquie, à qui on prête régulièrement des intentions sur le sujet ;

-         Et l’Arabie Saoudite, à laquelle l’administration Trump souhaite vendre des centrales nucléaires civiles qui pourraient être le préalable au développement d’armes militaires. Ryad semble s’être déjà doté d’un site de lancement de missiles balistiques. Et le « deux poids deux mesures » des Américains entre l’Arabie Saoudite et l’Iran est flagrant.

On se résume. La romance Kim Trump est très sympathique.

Mais sur le dossier du nucléaire, elle sera d’un effet microscopique par rapport au risque global de prolifération.

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