La Coupe du monde féminine de football bat son plein. Et en même temps, la Coupe d’Afrique des Nations, en Egypte, passionne le continent africain. L’occasion de s'interroger sur les relations entre le football et la politique. Et il y a des différences entre foot féminin et foot masculin. C'est "le monde à l'envers".

La footballeuse américaine Megan Rapinoe tire aussi bien sur Trump qu'elle tire les penalties
La footballeuse américaine Megan Rapinoe tire aussi bien sur Trump qu'elle tire les penalties © AFP / Mirko Kappes / foto2press / dpa Picture-Alliance

Chez les hommes, c’est simple : le cas le plus fréquent, c’est l’instrumentalisation de la grande compétition par le pouvoir politique. Un classique, même en démocratie, une opération de comm’. 

Dans un pays à régime autoritaire, ça va plus loin. On en a un parfait exemple sous les yeux, avec l’Egypte qui accueille la Coupe d’Afrique des Nations depuis une semaine. 

C’est l’occasion pour le président Sissi de tirer profit de l’événement. Essayer de redorer une image très détériorée, tant il multiplie les atteintes aux droits de l’homme et aux liberté publiques.

Sissi, en polo et pantalon de sport, est donc allé poser avec l’équipe nationale, et surtout aux côtés de la star, Mohammed Salah, l’un des meilleurs joueurs du monde. L’équipe est déjà qualifiée pour les 8èmes de finale après deux victoires. C’est tout bénéf politiquement. Même si Salah, comme la quasi-totalité des joueurs de foot, se garde bien de parler politique.

Le pouvoir égyptien veut également profiter de la compétition pour démontrer sa capacité à organiser des grands événements. Les mesures de sécurité sont donc drastiques, et le prix des billets prohibitifs. 

Objectif numéro 1 : éviter que les supporters populaires ultras, réputés pour être remuants politiquement, ne remplissent les gradins. Objectif numéro 2 : de belles images pour séduire les touristes, européens, asiatiques, ou arabes. Enjeu majeur pour l’Egypte, où le tourisme commence à redécoller depuis deux ans.

La CAN, La Coupe d’Afrique des Nations, c’est donc une aubaine pour le pouvoir égyptien.

Les footballeuses moins timorées que les footballeurs

Chez les femmes, le processus politique est un peu inverse. Dans le foot féminin, pas d’instrumentalisation par le pouvoir politique. En revanche, plusieurs joueuses s’expriment et parlent politique.

Exemple évident : l’équipe des Etats-Unis, championne du monde en titre.  En particulier, sa joueuse vedette : Megan Rapinoe. Si vous avez regardé un match des Américaines, vous ne pouvez pas l’avoir ratée : cheveux courts teints en mauve. 156 sélections, 47 buts au compteur.

Rapinoe est ostensiblement anti Trump : elle qualifie le président américain de « misogyne, raciste et sexiste ». 

Militante des droits civiques et LGBT, elle revendique son homosexualité. Et comme le joueur de football américain Colin Kaepernick, elle a posé le genou à terre pour protester contre les violences policières envers les Noirs.

Alex Morgan, autre vedette de l’équipe, ne veut pas davantage entendre parler de Trump et critique vivement sa politique migratoire, surtout les atteintes au regroupement familial.

Enfin, Rapinoe et Morgan, comme la plupart des joueuses américaines, militent pour la parité des salaires avec les hommes. Avec un argument massue : aux Etats-Unis, le football féminin, rapporte plus que le football masculin, le soccer.

Et ce combat pour la parité salariale, on le retrouve aussi parmi des joueuses norvégiennes ou danoises.

Vent de parité ou vent cocardier ?

Plus globalement, on se demande évidemment sice type de compétition comme la Coupe du monde féminine, peut faire bouger les lignes sur la parité dans la société. C’est par excellence, le sujet politique, au sens premier, celui de la vie dans la cité.

Et là encore, attention aux apparences. A première vue, on est tenté de dire Oui. Pour des tas de raisons.

D’abord, le niveau sportif affiché est séduisant. Et le fait que les entraineurs soient également des femmes pour les grandes nations, que les arbitres soient des femmes, est aussi majeur : c’est la démonstration d’une compétence égale avec celle des hommes. Ça aide à combattre les stéréotypes et les clichés encore bien ancrés dans les esprits.

A fortiori quand on voit le public familial des stades. Et quand on examine l’audience à la télévision : forte et masculine.

D’une certaine façon, le football féminin, avec ce type de compétition, fait sa révolution libérale, au deux sens du terme.

Au sens économique, il confirme son entrée dans l’économie de marché, celle du business et de la pub, comme les hommes. Au sens sociétal, il fait un pas vers la parité.

Cela dit, attention. Le soufflé pourrait très bien retomber rapidement, dès la compétition achevée.

Et en France, le soufflé peut même retomber dès demain soir en cas d’élimination face aux Etats-Unis. Parce qu’on est peut-être davantage en présence d’un vent cocardier que d’un vent de parité.

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