Regardons quels sont les commentaires en dehors de l’Europe après ces élections. On sent que de l'Asie aux États-Unis, on oscille entre un désintérêt total et un scepticisme très fort sur la capacité européenne à parler d'une seule voix. C'est "le monde à l'envers".

La nouvelle composition du Parlement européen
La nouvelle composition du Parlement européen © AFP / Thomas SAINT-CRICQ, Paz PIZARRO / AFP / Parlement européen

Première question toute simple: est-ce que le sujet fait parler ailleurs dans le monde ?

Il y a quand même beaucoup d’endroits sur la planète où ce scrutin européen suscite la plus totale indifférence.

C’est en partie vrai en Afrique et en Amérique Latine. Mais là où c’est le plus flagrant c’est en Asie.

On se dit quand même, vu les enjeux commerciaux, vu la puissance économique de l’Europe, que ça devrait faire parler. Et bien pas du tout. Il n’y a quasiment pas un article dans la presse asiatique.

Le seul sujet européen qui fait parler en Asie aujourd’hui, c’est le projet d’union Renault-Fiat et son impact sur le japonais Nissan.

Pour le reste, l’Inde reste concentrée sur les résultats de sa propre élection. Et en Chine, au Japon, en Asie du Sud-Est, c’est toujours la guerre commerciale Chine Etats-Unis qui fait les gros titres, ses derniers développements, l’impact pour Huawei. Et aussi la visite de Donald Trump au Japon, sa rencontre avec Shinzo Abe. Et l’état des négociations avec la Corée du Nord.

On sent bien que le sujet Etats-Unis est beaucoup plus important. Et que l’Union Européenne ça passe après. L'Europe puissance, on n'y est pas.

Sans doute parce que les résultats ne sont pas très lisibles pour un regard extérieur, et aussi parce qu’il y a ce sentiment que l’Europe c’est pas très clair. Selon la formule prêtée à Henry Kissinger, quel est le numéro de téléphone de l’Europe ?

Une Europe désunie

Aux États-Unis, Il y a plus d’intérêt. Mais ce qui ressort clairement de tous les commentaires, c’est que l’Europe est divisée, fragmentée comme jamais.

Il y a même des formules étonnantes dans la presse américaine. Par exemple : « la mort du centre » en Europe.

Sous entendu : les deux grands partis historiques, les conservateurs du PPE et les sociaux démocrates, c’était le centre. Et maintenant il n’y a plus que les extrêmes. Emmanuel Macron appréciera cette formulation !

Beaucoup de journaux nord-américains insistent quand même sur la victoire de Matteo Salvini dont on voit la photo un peu partout dans la presse, et qui est vraiment présenté comme LE leader de l’extrême droite européenne, beaucoup plus que Marine Le Pen.

Mais on sent aussi une forme de déception devant le fait que la poussée de l’extrême droite est moins forte que prévu. Du coup le sujet, passez moi l’expression, est « moins sexy ».  Le journal brésilien Folha de Sao Paulo, commente : « ce n’est ni l’hymne à la joie, ni la marche funèbre ».

Surtout, et là c’est plus intéressant, les commentateurs américains et canadiens semblent penser que le paysage politique née de ces élections va empêcher l’Europe d’avancer. Trop divisée pour parler d’une seule voix. Trop de fragmentation, trop de différences.

Et a fortiori une opposition absolue entre les deux forces montantes : d’un côté l’extrême droite, de l’autre l’axe Libéraux – Verts.

La course aux "top jobs"

Ca nous renvoie sur la capacité des dirigeants européens à composer une équipe pour les principaux postes et ça pour le coup, ça intéresse beaucoup de monde, y compris en Asie. Qui va occuper les « top jobs » ?

Encore une fois, les commentateurs étrangers sont très sceptiques sur la capacité des Européens à s’entendre.

Aussi bien sur les grands choix politiques, sur le budget, sur l’immigration, sur l’environnement que sur les titulaires des gros portefeuilles, tributaires à la fois des logiques de partis et des logiques nationales de pays, chacun cherchant à placer ses pions et ses candidats.

Il y a trois postes en particulier dont l’attribution va être regardée avec attention à l’étranger.

Le premier c’est celui de diplomate en chef : le Haut représentant aux affaires étrangères. Ça peut avoir un impact sur des dossiers comme l’Iran, le Venezuela, le Yémen, où l’Europe a souvent avancé désunie. Jusqu’à présent c’était l’italienne Federica Mogherini. D’autres noms circulent, comme le socialiste espagnol Josep Borrell.

Le deuxième poste regardé avec attention à l’étranger, c’est le poste de commissaire à la concurrence. Très important dans les négociations commerciales. La libérale danoise Margrethe Vestager, qui occupait le poste jusqu’à présent, a mené la vie dure ces derniers mois aux géants Google Apple et compagnie.

Et le troisième poste c’est évidemment celui de président de la commission. Plus il sera terne, plus ça arrangera nos grands voisins.

Plus il ou elle sera libre d’esprit, et plus ça les enquiquinera. Là encore, le nom de Margrethe Vestager, qui est candidate pour le poste, fait causer. Et si c’était le cas, ça aurait en tous cas le mérite de réveiller nos partenaires qui se diraient : ah tiens, il se passe un truc en Europe.

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