La tension continue de monter entre l’Occident et Moscou. Avec de nouvelles annonces d’expulsions de diplomates russes, cette fois à l’initiative de l’OTAN. On en est à 118 diplomates en cours d'expulsion. Mais attention, toute la planète n’est pas en train d’expulser des diplomates russes. C'est le "monde à l'envers".

La carte des expulsions de diplomates russes
La carte des expulsions de diplomates russes © AFP / Vincent LEFAI, Dario INGIUSTO / AFP

Allez, on commence avec un petit problème d’arithmétique niveau 1, vous êtes prêts ?!!

Sachant que l’Union Européenne compte 28 membres… Sachant que 19 d’entre eux (Royaume Uni inclus) ont décidé de mesures d’expulsion…

Combien, à l’inverse, n’ont rien fait ? Facile : 28 moins 19 égale 9. Bravo !

Au sein de l’Union Européenne, pourtant au cœur de la mobilisation, il y a donc 9 pays à ne pas vouloir s’en mêler. 

Ça fait quand même un tiers.

Et pas très loin, à 1h de train de Paris, la Belgique a hésité jusqu'à ce soir avant de se décider il y a quelques minutes à expulser un diplomate.

Les 9 partisans restants de la prudence avancent trois arguments :

1.     L’absence de preuve irréfutable sur l’implication russe dans l’empoisonnement de Skripal : c’est l’argument de la Grèce ou de la Slovénie. 

2.     La volonté de rester neutre pour sauver le dialogue avec Moscou. C’est le point de vue de la Bulgarie, de la Slovaquie, du Portugal. Et surtout de l’Autriche dont le jeune chancelier Sebastian Kurz  se verrait bien dans le rôle du médiateur entre l’Est et l’Ouest.

3.     Enfin 3,  il y a les pays plus petits (Malte, Chypre, Luxembourg) qui ne possèdent sur leur sol qu’un petit contingent de diplomates russes : en expulser ne serait-ce qu’un seul, serait donc, disent-ils, disproportionné. 

Bon, ne soyons pas naïfs : il y a sans doute aussi des raisons moins nobles et plus officieuses.

Par exemple, l’importance des capitaux russes (pas toujours très propres d’ailleurs) à Chypre, voire en Grèce, n’est peut-être pas étrangère à cette prise de position.

Et puis plusieurs anciens pays de l’Est, Bulgarie, Slovaquie, ne veulent surtout pas se brouiller avec le Kremlin.

Conclusion de notre petite opération d’arithmétique : on est loin de l’unanimité dans l’Union Européenne.

Le reste de la planète est en retrait 

Et si on regarde en dehors de l’Union Européenne ?

Alors là pour le coup, il n’y a quasiment plus personne.

En dehors de l’Union, seulement 8 pays ont ouvert la « boite à expulsions ».

En résumé : les puissances occidentales (Etats-Unis, Australie, Canada) ou des pays qui frappent à la porte de l’Union et veulent mettre Moscou à distance (l’Ukraine, l’Albanie, la Macédoine).

Et sinon ? Et bien sinon, « Waterloo morne plaine » !

Personne en Asie, ni au Proche Orient. Personne en Afrique. Personne en Amérique du Sud.

Et pour l’anecdote, la Nouvelle-Zélande, par exemple, affirme, je cite, « nous avons cherché des espions parmi les diplomates russes, mais nous n’en avons pas trouvé ! ».

Soit dit en passant, c’est d’ailleurs un peu troublant d’entendre les pays Occidentaux affirmer : nous expulsons tel et tel diplomate parce que ce sont des espions. 

Mais dans ce cas, pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt ?

En tous cas, en résumé, ailleurs dans le monde, il n’y a pas foule pour rentrer dans la partie, alors qu’après tout, l’hypothèse d’une ingérence russe est une question qui se pose à tous.

Et dans les grands médias indiens, chinois, ou sud-américains, l’affaire est regardée avec distance et circonspection. 

Une Europe traversée par le conflit Est-Ouest

On est donc bien en présence exclusivement d’un conflit Est-Ouest.

Vous avez compris, il est sans doute exagéré de dire (comme on peut le lire ici ou là), qu’il s’agit de représailles « mondiales » contre la Russie.

En revanche, on peut bien parler d’un avatar de la Guerre Froide. D’un côté les Occidentaux, de l’autre Moscou.

Là où ça se complique, c’est qu’entre temps, depuis les années 60 ou 70, depuis la Guerre Froide, le bloc communiste d’Europe de l’Est a implosé, ça n’a échappé à personne…

Et du coup que se passe-t-il ?

D’un côté Moscou se retrouve un peu plus solitaire, sans ses satellites.

Mais de l’autre côté, l’Europe des 28 est divisée.

Elle l’est déjà sur le degré d’intégration budgétaire et fiscale, ou sur l’accueil des migrants.

Elle l’est aussi sur la relation à la Russie et plus largement sur le modèle de l’Etat de droit : l’évolution récente, sur ce sujet, de plusieurs ex pays de l’Est est assez inquiétante. 

Et le modèle Poutine ne déplait pas à tout le monde, en Hongrie ou en Pologne.

Une Europe à 28 se retrouve donc, c’est pour ainsi dire mécanique, traversée par le conflit Est-Ouest ! Donc si la tension s’accroit avec la Russie, on peut faire le pari que la désunion au sein de l’Europe se développera, au même rythmç

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