C’est une élection qui risque de passer inaperçue et ce serait dommage : dimanche prochain la petite Slovaquie, en Europe centrale va voter. Et elle pourrait nous obliger à réviser notre vision caricaturale d’une ex Europe de l’Est qui aurait totalement basculé dans le populisme. C’est le « Monde à l’envers ».

Zuzana Caputova, figure pro européenne est la favorite de l'élection présidentielle en Slovaquie
Zuzana Caputova, figure pro européenne est la favorite de l'élection présidentielle en Slovaquie © AFP / JOE KLAMAR / AFP

Elle s’appelle Zuzana Caputova. Retenez bien son nom, elle est le symbole d’une Europe de l’Est qui ne se résume pas au très « illibéral » Viktor Orban, le premier ministre hongrois.

Mettre toute l’Europe de l’Est, ex communiste, sous la même étiquette de « dérive populiste »,  c’est non seulement caricatural mais un poil condescendant.

Or donc, Zuzana Caputova est en passe de devenir le parfait contre-exemple.

Dimanche, elle a de fortes chances de devenir le nouveau président de la Slovaquie, 5 millions d’habitants au cœur de l’Europe de l’Est, entre Pologne, Hongrie et République Tchèque. Elle est arrivée largement en tête du 1er tour et les sondages prédisent sa victoire avec 65% des voix au 2nd tour, largement devant le candidat du pouvoir Marcos Sefcovic.

Pourquoi est-ce un symbole ? Parce que Mme Caputova c’est l’anti Orban : une femme de 45 ans, divorcée, militante des droits de l’homme et de l’environnement, pro-européenne, pro-avortement, favorable au mariage gay.

Et son parti, Slovaquie progressiste, n’a que deux ans d’existence ! Elle a fait campagne en refusant d’entonner les refrains anti-immigration de l’extrême droite, et en dénonçant la corruption, mise au grand jour par l’assassinat l’an dernier du journaliste Jan Kuciak.  Il enquêtait sur les liens entre les dirigeants politiques slovaques et la Mafia italienne.

Slovaquie, Pologne et République Tchèque : des villages Asterix

Et la Slovaquie n'est pas le seul village Asterix à l’Est. Il y a d’autres exemples dans d’autres pays qui mettent la puce à l’oreille.

D’abord, la vaste Pologne et ses 40 millions d’habitants. Le parti de droite radicale PIS est certes toujours aux manettes, mais il est désormais contesté. 

L’opposition a largement remporté les dernières élections municipales : elle s’est imposée dans la totalité des grandes villes, Varsovie, Lodz, Gdansk, Szczecin, Cracovie, etc. Elle s’incarne dans la « Plateforme civique », qui se pose en rival crédible du PIS en vue des Européennes. En fait, la Pologne est aujourd’hui un pays profondément divisé.

Autre exemple : la République Tchèque.

C’est vrai le président Milos Zeman est un populiste aux accents xénophobes. Mais le très iconoclaste Parti pirate, situé entre les écologistes et le centre droit, est désormais 2ème dans les sondages. Et le Parlement tchèque examine cette semaine un projet de loi visant à légaliser le mariage gay : ce serait une première dans l’ancien bloc des pays de l’Est.

On pourrait ajouter dans le paysage de forts mouvements de contestation, dans plusieurs pays membres ou pas de l’Union : par exemple en Roumanie ou en Serbie. A chaque fois dans le viseur : la corruption et les dérives autoritaires des pouvoirs en place.

La poussée populiste est à l'Ouest

Peut-on en déduire qu’on est peut être au début d’un reflux du populisme en Europe ? Ce serait hâtif et la réponse est complexe : oui et non.

D’abord, rappelons qu’il y a des tas de formes du populisme, c’est un mot fourre-tout.

Mais surtout, c’est une erreur de dire dans une équation simpliste : le populisme est à l’Est.

Il n’y a guère que la Hongrie en fait qui soit vraiment tenue de A à Z par un parti populiste assuré de l’emporter haut-la-main lors des prochaines Européennes.

Partout ailleurs à l’Est, le paysage est hétérogène, contrasté, avec des pays souvent coupés en deux.

En fait, aujourd’hui, le populisme est de plus en plus à l’Ouest. Je pense à l’Italie évidemment, mais aussi aux poussées extrémistes en Espagne ou aux Pays-Bas.

Aux prochaines Européennes, les droites radicales devraient enregistrer une progression significative à l’échelle de l’Union. Mais elles devront cette percée d’abord aux pays de l’Europe de l’Ouest.

Le discours simpliste xénophobe et anti-européen tourne désormais à vide dans toute une partie de l’Europe de l’Est, où l’attachement à l’Union Européenne est en réalité très fort.

En fait, le moteur le plus puissant pour de nombreux électorats européens, c’est de sanctionner tout pouvoir soupçonné de corruption, voire tout pouvoir perçu comme trop élitiste, trop coupé du monde réel. Quel que soit sa couleur politique. 

Parfois, ça sert les populistes. Parfois, ça peut les mettre dehors.est

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