L’émissaire des Nations Unies pour le Yémen poursuit ses consultations en Arabie Saoudite pour essayer d’enclencher enfin un processus de paix au Yémen. On aimerait y croire, mais l’affaire Khashoggi, loin de pousser l’Arabie Saoudite à la paix, pourrait l'inciter à la guerre. C'est "le monde à l'envers".

Des manifestantes rebelles Houthis la semaine dernière dans la capitale Sanaa
Des manifestantes rebelles Houthis la semaine dernière dans la capitale Sanaa © AFP / Mohammed Huwais / AFP

Commençons par une petite série de flash-backs. Souvenez-vous.

Mi-octobre, il y a un mois et demi, les détails sordides de l’assassinat de Jamal Khashoggi, apparaissent au grand jour. On se prend alors à espérer que cette macabre affaire ait au moins le mérite, par effet en chaine, de contraindre l’Arabie Saoudite à mettre un terme au conflit au Yémen.

Le 25 octobre, le New-York Times publie des photos saisissantes de la famine qui touche près de 14 millions de Yéménites, après 3 ans et demi de conflit : la plus grave catastrophe humanitaire en cours dans le monde, selon l’ONU.

Fin octobre, cette fois, le 30 pour être précis, Mike Pompeo et Jim Mattis, les patrons respectifs de la diplomatie et de la défense américaines, martèlent : « il faut des négociations de paix sous 30 jours ».

Une sommation qui a le parfum d’une mesure de représailles vis-à-vis des Saoudiens après l’affaire Khashoggi.

Dans la foulée, la diplomatie britannique prend le relais et multiplie les contacts. Une trêve est formellement annoncée mi-novembre. L’émissaire de l’ONU, un Britannique lui aussi, se déplace partout sur le terrain.

En fin de semaine dernière, il était dans le grand port d’Hodeïda, contrôlé par les rebelles houthis mais assiégé par la coalition loyaliste soutenue par l’Arabie Saoudite et les Emirats. Depuis hier, il est donc à Ryad, la capitale saoudienne.

Bref, les Britanniques se bougent ! Pour toutes ces raisons, on aimerait donc y croire.

Les combats continuent

Mais la réalité est triviale. C’est tout simple : les jours passent. Dans 48h, l’ultimatum des 30 jours fixé par Washington, sera atteint. Et franchement, la paix ne semble pas pour demain !

Début novembre, on évoquait des négociations à Stockholm en Suède, pour fin novembre. Nous sommes fin novembre : on parle maintenant… de fin décembre.

Ça ne rend pas optimiste, d’autant que la dernière tentative, en septembre à Genève, avait totalement capoté.

C’est extrêmement difficile de mettre autour d’une même table toutes les parties prenantes : à la fois les yéménites eux-mêmes, divisés en de nombreux clans et factions qui dépassent la simple division sunnites / chiites, et aussi toutes les puissances régionales impliquées dans le conflit. 

Et sur le terrain, que s’est-il passé depuis un mois ? Dans un premier temps, l’appel à la paix s’est traduit, non pas par une accalmie, mais par une recrudescence des combats début novembre, avec des centaines de morts en quelques jours.

La situation s’est un peu calmée depuis, mais aucune trêve ne tient vraiment. Avant-hier encore, Hodeïda a été le théâtre de multiples raids aériens et d’affrontements qui auraient fait des dizaines de victimes. Les ONG ne sont pas épargnées : un entrepôt d’Action contre la faim a été touché jeudi dernier.

On a surtout l’impression que les deux parties profitent de cette petite accalmie pour préparer une grande bataille. Elle serait catastrophique en termes humanitaires, car ce port est LE point d’entrée de l’aide internationale.

Rien que lors des deux dernières semaines, le trafic commercial y a déjà baissé de moitié. En un mot : ça ne s’arrange pas.

MBS est toujours là

Quant à ll’impact de l’affaire Khashoggi pour modérer les ardeurs de l’Arabie Saoudite, là encore, ça reste à prouver.

D’abord, le prince héritier MBS, est toujours là et bien là. Il a beau avoir été identifié par la CIA comme le commanditaire de l’assassinat, Donald Trump lui a réitéré son soutien.

On est d’ailleurs curieux de savoir ce que Mike Pompeo va en dire, aujourd’hui même, puisqu’il doit s’exprimer sur le sujet devant le Sénat américain.

Non seulement MBS est toujours là, mais il s’apprête, vendredi à Buenos Aires, à poser pour la photo de famille du G20, au milieu de tous les principaux chefs d’Etat et de gouvernement de la planète. Un vrai coup de pouce de légitimité.

Et le Yémen, c’est sa guerre. Il ne va donc pas y renoncer de sitôt. L’affaire Khashoggi pourrait au contraire l’inciter à essayer de rassoir son autorité. Et là, rien de tel que la guerre.

Ensuite, on ne peut pas dire qu’en dehors des efforts diplomatiques britanniques, l’Occident ait fait grand-chose pour mettre un terme au conflit. A l’exception de l’Allemagne, des Pays-Bas, du Danemark et de la Finlande, personne (et certainement pas la France) n’a mis fin aux ventes d’armes aux Emirats et à l’Arabie Saoudite qui alimentent directement la guerre. 

Chars Leclerc, Canons Caesar, Mirages 2000, faites votre choix.

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