En se penchant sur le manque de résultats de Nicolas Hulot, on ne se pose peut-être pas la bonne question. Parce que c'est présupposer que les gouvernements ont du pouvoir sur l’écologie. Dans le "monde à l'envers", examinons le postulat inverse: les gouvernements n’ont pas de pouvoir sur le sujet

Les chiffres clés sur le climat
Les chiffres clés sur le climat © AFP / Simon MALFATTO, Paz PIZARRO / AFP

Faisons simple ! Repartons de la question posée ce matin sur France Inter par Nicolas Hulot, je cite : « c’est une question de démocratie, qui a le pouvoir ? ».

Sous-entendu : c’est tout de même au pouvoir politique de décider !

Et bien si on sort de la petite controverse politique franco-française, on peut effectivement soutenir l’idée que, sur le climat et l’environnement, les gouvernements n’ont pas le pouvoir.

D’ailleurs, ce n’est pas seulement le bilan de Nicolas Hulot qui est modeste.

C’est le bilan global des politiques à l’échelle mondiale.

Passons sur les beaux discours à chaque nouvelle édition de la COP.  Regardons les faits.

Prenons l’Europe.

Le glyphosate ? Echec. Et c’est sans compter de très nombreux autres produits chimiques en circulation sans réel contrôle.

La pollution de l’air ? Tous les grands pays européens ont été épinglés par Bruxelles au début de l’année pour non-respect de la directive sur le sujet.

L’abandon du carbone ? Aucune évolution structurelle depuis 20 ans ; et notre voisin allemand en particulier, ne parvient pas à s’en débarrasser.

Alors pourquoi ce bilan politique médiocre malgré l’urgence climatique ?

Deux explications :

1.     Il n’y a aucune gouvernance mondiale, pourtant ce sujet le nécessiterait. Et l’Union Européenne juge plus important de refouler les migrants que de sanctionner les pollueurs.

2.     Il y a un problème crucial de temporalité : les gouvernants veulent des résultats à court terme, si possible pour gagner la prochaine élection, là où l’environnement nécessite une politique à long terme.  

Le rôle des grandes entreprises et des citoyens

Est-ce que ça veut dire que sur l’environnement et le climat, le pouvoir est ailleurs ?

Oui. Il est économique. Macro-économique et micro-économique.

Je m’explique. La macro-économie d’abord.

L’avenir de notre planète repose en grande partie sur l’attitude des grandes entreprises. Et ça bouge. 9 multinationales sur 10 considèrent désormais que l’environnement est une priorité et l’ont inscrit dans leurs objectifs financiers.

Citons quelques exemples : Adidas, Unilever, ou bien en France Danone ou Schneider.

Ajoutons évidemment l’industrie automobile qui détient une clé majeure : l’abandon des énergies fossiles et des véhicules à essence.

Ne nous y trompons pas : ce n’est pas de la philanthropie, c’est de l’intérêt bien compris à opérer la conversion. Ce sont les marchés de demain. 

Et contrairement aux gouvernants, les grandes entreprises raisonnent à 15 ou 20 ans.

En plus, les fonds de pension tendent à investir de plus en plus dans les énergies renouvelables.

La micro-économie ensuite. C’est le pouvoir de vous et moi.

Et c’est sans doute là où l’écologie progresse le plus : les associations, les initiatives locales.

(Vous l’évoquiez à l’instant en parlant des actions contre Monsanto).

Prenons un autre exemple : les circuits courts dans l’alimentaire et ce que l’on appelle les AMAP.

La France en possède désormais 2000, qui concerne donc, à raison de 100 adhérents en moyenne, 200.000 personnes. 

Là encore, c’est un raisonnement à temporalité longue qui est à l’œuvre : préserver sa santé et celle de ses enfants.

Pouvoirs autoritaires et initiatives locales

En théorie, les dirigeants politiques peuvent beaucoup. Par les incitations fiscales, par la commande publique. En théorie.

Mais dans les faits, aujourd’hui, le politique n’est efficace sur le sujet que dans deux cas de figure.

Le premier, c’est le régime autoritaire, s’il le décide. Précisément parce qu’il peut s’engager sur des durées longues.

Exemple type la Chine : elle a décidé que la pollution ça suffit.

Donc incitations financières gigantesques pour les voitures électriques. Résultat : désormais dans le monde, une voiture électrique sur deux est vendue en Chine. 

Et dans l’industrie chinoise, la part des énergies fossiles est en chute libre.

Deuxième cas de figure : les pouvoirs locaux. Les municipalités.

Petites villes ou grandes métropoles, comme le groupe C40 qui regroupe notamment Paris, Londres, New-York, Tokyo, etc. 

Là encore, volontarisme pour réduire les déchets et limiter le trafic automobile.

Il faut dire que l’électorat dans ces grandes villes est plus aisé, plus sensible au sujet et moins tributaire du transport automobile.

En revanche, de nombreux gouvernements des démocraties libérales, qui pourraient montrer l’exemple, semblent assez inefficaces sur le sujet. 

Plus préoccupés du court terme électoraliste que du moyen terme planétair

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