C’est le dernier rebondissement du Brexit. La décision de Boris Johnson de demander une suspension du Parlement britannique jusqu’à la mi-octobre suscite de fortes critiques: il ne restera que deux semaines avant la date fatidique du 31 octobre. Mais on peut aussi y voir une bonne nouvelle. C'est "le monde à l'envers".

Boris Johnson devant le 10 Downing Street après l'annonce de sa décision de suspension du Parlement
Boris Johnson devant le 10 Downing Street après l'annonce de sa décision de suspension du Parlement © AFP / Adrian DENNIS / AFP

Les grands mots sont de sortie, chez bon nombre de députés britanniques. « Coup d’état, attitude dictatoriale, scandale institutionnel ». Tout cela après cette lettre de Boris Johnson à tous les députés du Parlement britannique, où effectivement il est écrit noir sur blanc que la nouvelle session parlementaire débutera uniquement le 14 octobre. 

Autrement dit, le Parlement va siéger quelques jours la semaine prochaine, et après fermez le ban pour plus d’un mois. A la reprise des travaux, le « deadline » Brexit du 31 octobre sera donc imminent. Les députés auront le couteau sous la gorge. Cette longue suspension des travaux est sans précédent depuis 70 ans. 

Mais j’assume, on peut regarder ce « coup de force » du bon côté.

D’abord, il y a dans cette manœuvre quelque chose de distrayant. Dans le film Brexit, il se passe toujours quelque chose.

Et surtout, sur le fond, le premier ministre a peut-être raison. Il pose un acte d’autorité. C’est moi qui décide de l’agenda. J’ai besoin de temps pour rediscuter avec l’Union Européenne et pour préparer mon programme législatif global (sur la santé, la délinquance, etc).

Le Royaume-Uni a trop souffert d’indécision et de manque de leadership sous Theresa May. C’est précisément pour ça, pour sa détermination, voire son autoritarisme, que Boris Johnson a été choisi par son parti. Pour sa capacité aussi à tenter des coups politiques. C’est ce qu’il fait. C’est cohérent.

Les députés britanniques ne l'ont pas volé

Évidemment, c'est quand même un coup de force institutionnel contre le Parlement. Et le modèle démocratique qu’incarne ce régime parlementaire mérite plus de respect.

En même temps, les députés britanniques, passez-moi l’expression, ne l’ont pas volé. Ras le bol : ils récoltent ce qu’ils ont semé. Ce sont eux qui, depuis des mois et des mois, sont incapables de dégager une majorité sur quoi que ce soit. Au printemps, rappelez-vous, ils sont allés jusqu’à voter sur 8 motions différentes sur le Brexit. Aucune n’a obtenu de majorité.

Ils ont oublié le mot « Yes », ils ne connaissent plus que le mot « No ». Ils ont perdu le sens du compromis, du dialogue, de l’intérêt général. Ce régime parlementaire s’est cassé les dents sur le résultat d’une pratique, le référendum, qui est contraire à sa logique institutionnelle.

L’absence de leaders crédibles et les petits calculs électoraux ont mis le dernier clou sur le cercueil.

Donc on ne voit pas pourquoi ces mêmes députés deviendraient soudain constructifs en bénéficiant d’une session parlementaire classique, dès la fin septembre début octobre. Le choix de Boris Johnson, c’est de ne pas se retrouver englué dans ces débats sans fin, qui finissent par empêcher toute décision. 

Donc il rétrécit le calendrier. Il n’a pas tort.

L'hypothèse d'élections générales anticipées

Le risque c'est que tout ça envoie tout le monde dans le mur, c’est-à-dire un « No Deal », une sortie du Royaume-Uni sans accord le 31 octobre. Parce que deux semaines en gros, de mi-octobre à fin octobre, ça laisse peu de temps pour examiner des alternatives, donc ça peut conduire directement au « No Deal ».

Mais ce coup de force de Boris Johnson peut aussi tourner très différemment. Il y a au moins deux autres options.

D’abord, celle d’un accord.

Après tout, en rétrécissant ce calendrier parlementaire, le Premier ministre britannique s’interdit aussi d’adopter à temps les textes nécessaires pour faire face à une sortie brutale le 31 octobre au soir : dispositions sur la sécurité, la santé, les transports, les douanes, etc.

Donc ça laisse penser qu’il cherche vraiment un accord avec Bruxelles. C’est possible.

Deuxième option : ce coup de force suscite une telle fronde au Parlement britannique, un tel sentiment d’humiliation, que des députés de tous bords s’entendent pour renverser le gouvernement. Ça s’appelle un vote de défiance. Il faut la majorité plus une voix, autrement dit que plusieurs députés conservateurs votent avec l’opposition unie dans la colère.

C’est techniquement possible la semaine prochaine, avant la fameuse suspension des travaux.

Dans ce cas, ça pourrait conduire à des élections générales anticipées. C’est d’ailleurs peut-être le calcul tactique de Boris Johnson, il est fantasque mais pas stupide.

Et des élections générales, bonne nouvelle là encore, c’est finalement ce qui pourrait arriver de mieux aux Britanniques : une opportunité pour dégager enfin une vraie majorité, quelle qu’elle soit, pro ou anti Brexit.

Au moins on y verrait plus clair.

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