La situation est toujours bloquée au Venezuela. Juan Guaido annonce de nouvelles manifestations. Nicolas Maduro refuse, malgré les appels dans ce but des principales capitales européennes. Cette crise au Venezuela est aussi révélatrice des forces et faiblesses de la diplomatie européenne. C'est "le monde à l'envers"

Passage de la frontière sur le pont Simón Bolivar
Passage de la frontière sur le pont Simón Bolivar © Radio France / Charbonnier nathanael

Cette crise est une maison témoin ! 

D’abord, la chronologie des faits : c’est très éclairant.

Tout a commencé dans la cacophonie, pour ne pas dire la course à l’échalote entre capitales européennes !

Au départ, il y a 10 jours, l’Union Européenne prend une position mi chèvre mi- chou : « il faut des élections libres, dans ce but il faudrait créer un groupe de contact », vous voyez le genre.

Les événements s’accélèrent à Caracas. Jeudi dernier, Emmanuel Macron dégaine. Tout seul. 

Par un tweet cinglant qui engage ses partenaires européens sans les avoir vraiment consultés : « Après l’élection illégitime de Maduro, l’Europe soutient la restauration de la démocratie ».

A Madrid, cette précipitation française agace. Et pour cause : leur histoire rend les Espagnols particulièrement attentifs à la situation en Amérique Latine.

Samedi midi : cette fois Paris et Madrid se sont concertés, en y ajoutant Londres et Berlin. 

Entre Midi 15 et Midi 30, les 4 capitales dégainent la même formule, le même ultimatum, chacun dans son pays, chacun dans sa langue : « Sans élections annoncées d’ici 8 jours, nous serons prêts à reconnaitre Juan Guaido comme président en charge ».

Enfin samedi 16h, 4h plus tard, l’Union Européenne publie à son tour un communiqué. Mais il est moins ferme : un ultimatum sans date d’expiration précise et le nom de Juan Guaido n’est pas prononcé. 

On se résume : chacun a d’abord réagi dans son coin sans prévenir le voisin ; puis il y a eu une concertation mais qui n’a pas fait l’unanimité.

Avec Londres et sans Rome

Il y a quand même une position commune de 4 capitales, ce n’est pas rien ! Mais ça ne fait pas toute l’Europe.

Regardons d’abord le verre à moitié plein. Qui s’est mis d’accord ?

Paris et Berlin, logique. C’est l’axe franco-allemand en action.

Ensuite Madrid, logique aussi, puisque le rôle espagnol est primordial sur ce dossier : le premier ministre socialiste Pedro Sanchez est l’un des rares, avec son prédécesseur d’il y a quelques années Jose Luis Zapatero, à pouvoir espérer conduire une médiation au Venezuela.

Enfin, Londres : intéressant !  En plein souk du Brexit, les Britanniques font donc diplomatie commune avec leurs trois voisins européens. Comme quoi Londres est encore en Europe.

Ensuite, le verre à moitié vide. Qui est aux abonnés absents ?

D’abord l’Italie : son gouvernement, alliance de la carpe et du lapin, est divisé sur cette initiative. 

Les 5 Etoiles de Luigi di Maio y voient une ingérence dans les affaires vénézuéliennes. A l’inverse, l’extrême droite de Matteo Salvini y est favorable.

En tous cas, Rome sort affaibli de l’épisode.

Et l’Union Européenne aussi : elle n’a pas été capable d’adopter une position commune tranchée, en raison de l’opposition de l’Italie et de la Grèce.

La règle de l'unanimité facteur d'impuissance

Mais on a quand même l’impression qu’avec l’intervention de ces quatre capitales, c’est toute l’Europe qui a parlé et ça nous dit plusieurs choses. 

Il ne s'agit pas de porter un jugement sur le fait de savoir si on a raison ou tort de soutenir Guaido contre Maduro mais de  comprendre ce qui peut incarner une diplomatie européenne.

Leçon numéro 1 : quand 4 capitales comme Paris, Berlin, Londres et Madrid parlent d’une même voix, elles sont écoutées. Et pour cause, nous sommes en présence de 4 des 10 principaux réseaux diplomatiques mondiaux.

Chacun dans son coin, on est trop petit donc inaudible. A plusieurs, on fait le poids.

La meilleure preuve, c’est que Guaido et Maduro ont tous deux réagi à cette prise de position : l’un ravi, l’autre furieux. Mais ça montre bien que tous deux y accordent de l’importance.

Leçon numéro 2 : sur les grandes crises internationales, l’unanimité européenne est quasi impossible à obtenir. 

Et l’Europe restera inaudible si elle n’apprend pas prendre des décisions à la majorité simple.

Sur le Venezuela, la position des grandes puissances est claire : les Etats-Unis pour Guaido, la Russie et la Chine pour Maduro.

Donc l’Europe doit se décider. De deux choses l’une.

Soit elle se décide à devenir une puissance diplomatique, et alors il faut qu’elle abandonne la règle de l’unanimité. 

Soit elle se condamne à compter pour des prunes !

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