Jamais deux sans trois : demain, les députés britanniques devraient voter à nouveau sur le plan de Brexit négocié par Theresa May. Ce sera la 3ème fois, et les deux fois précédentes, ils ont dit Non. Ça inquiète un peu tout le monde, mais on a aussi le droit d'en rire. C’est le « Monde à l’envers".

Les Unes de la presse britannique ce jeudi 28 mars après les "Non" en série des députés
Les Unes de la presse britannique ce jeudi 28 mars après les "Non" en série des députés © AFP / DANIEL SORABJI / AFP

C’est tellement ridicule qu’il vaut mieux en rire. On ne cesse de dramatiser le Brexit depuis des mois, mais à un moment donné ça finit par devenir rigolo. 

On va donc jouer nous aussi. 

No, no, no, no, no, no. C’est un excellent résumé du Brexit, a fortiori depuis hier. Parce qu’hier soir, les députés de la Chambre des Communes ont battu les records de Grand Guignol. 

Ils ont dit « Non » à tout.

Ils avaient décidé de reprendre la main, de voter par eux-mêmes, sur leurs propres propositions, indépendamment des options du gouvernement. Ils avaient imaginé 16 votes sur le Brexit (oui oui 16 !) sur toutes les options possibles d’accord ou de non accord avec l’Europe.

Le speaker de la Chambre en a retenu 8. Et les députés ont répondu « Non » à tout. Aucune majorité sur rien !

C’est encore l’option de l’Union douanière qui est passée le plus près du succès : 272 voix contre, 264 pour. Mais ça fait quand même Non.

Dans le genre absurde, c’est encore plus fort que les Monty Python. C’est une œuvre d’art.

Et comme il n’y a pas de Constitution écrite au Royaume-Uni, les députés inventent. Donc tout est possible. Ils peuvent créer n’importe quoi dans les jours qui viennent.

Ce feuilleton est génial, on est jamais au bout de nos surprises.

Mieux que les Monty Python

Et maintenant ça amuse quand même plein de monde. La presse d’abord, qui invente des titres formidables. 

Par exemple la Une du quotidien The Guardian aujourd’hui : « Le Parlement a fini par avoir le dernier mot : Non, Non, non, non, non, non, non, non, non. ».

Il y a quelques jours, devant la capacité du premier ministre britannique à repousser l’échéance, c’était en Une « Theresa June remplace Theresa May » (Theresa Juin remplace Theresa Mai).

Les caricaturistes se presse se délectent. L’image du Titanic revient à foison.

Sur un autre dessin, on voit un Monsieur symbolisant l’Europe qui serre la main du Royaume Uni. Sauf que le Monsieur Royaume-Uni se coupe lui-même sa propre main et repart manchot, canard sans tête, mais heureux en levant le bras qui lui reste en l’air, en signe de victoire. 

Sur You Tube, les parodies des vidéastes sont géniales. Par exemple, le Brexit mode d’emploi, extraordinaire, des Irlandais Foil Arms and Hog, 2 millions de vues.

Ou cette vidéo d’un monsieur sortant d’une gare qui cherche à passer par-dessus une barrière de sécurité. Non seulement il n’y parvient pas et se casse la figure, mais il fait tomber en chaine les dizaines de barrière attachées à celle qu’il voulait franchir. Drôlissime allégorie du Brexit.

Et puis il y a aussi cette créativité de vocabulaire. Hard Brexit, Soft Brexit, No Deal. Sans oublier le « backstop » à lui seul synonyme de mystère et de suspense.

Bientôt, on va voir fleurir les romans, les chansons, les films. Le Brexit, formidable source d’inspiration…

Un complotisme beaucoup moins drôle

Évidemment, sur le fond de l’histoire, c’est moins drôle. Mais ce n’est pas la fin du monde non plus.

Comme toujours, dans une crise européenne, on dramatise et puis on trouve une solution à la dernière minute. Toute l’Histoire de l’Europe est comme ça depuis 50 ans.

Et puis même s’il y a Brexit, l’Union Européenne est désormais presque prête : Sur les 19 adaptations législatives incontournables, 17 sont déjà adoptées, sur la pêche, le transport aérien, etc. 

Il n’en reste plus que deux à régler, sur le budget, et sur les visas des expatriés. 

Même la City se dit quasiment prête. Donc la vie est belle. 

Il reste quand même un hic. On en a peu parlé mais c’est inquiétant.

Selon une enquête de l’institut britannique You Gov, le Brexit a provoqué une explosion des théories du complot chez nos voisins. 60% des Britanniques y croient. 

Les uns imaginent une machination anti Brexit de l’Europe. D’autres un complot de la finance. Sans oublier les théories antisémites qui évoquent un lobby juif souterrain.

Et ça, pour le coup, Brexit ou pas, ça pourrait laisser des traces et ça n’est pas rigolo du tout.

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