Le G20, le sommet des 19 pays les plus riches (plus l’Union Européenne) s’ouvre après-demain en Argentine. Tous les chefs d’Etat et de gouvernement seront là. C’est censé être le club ultra sélect, où se prennent les grandes décisions économiques, mais là c'est surtout le club des éclopés. C'est "le monde à l'envers".

Plus de 25.000 policiers seront mobilisés pour le G20 à Buenos Aires et ont commencé à installer des barrières de sécurité dans les rues
Plus de 25.000 policiers seront mobilisés pour le G20 à Buenos Aires et ont commencé à installer des barrières de sécurité dans les rues © AFP / Martin BERNETTI / AFP

Ah, sur le papier, c’est très chic. Le gratin est là. Et surtout le poids économique est là : le G20 c’est 90% de la richesse mondiale, 85% du commerce mondial. Bref, c’est du costaud !

Mais ce coup-ci, à Buenos Aires, c’est le rassemblement des pieds nickelés. 

Dressons un petit inventaire des chefs d’Etat ou de gouvernement qui arrivent en Argentine avec la tête cabossée.

D’abord, il y a la puissance invitante : le président argentin Mauricio Macri est fortement contesté, le pays a replongé dans la crise économique, avec une inflation galopante. Ses voisins latino-américains ne vont guère mieux : le président brésilien sortant Michel Temer n’a plus aucune légitimité ; quant au Mexique, il est en pleine phase de transition du pouvoir, en ce début décembre.

Côté européen, c’est encore pire :

-         La Britannique Theresa May est empêtrée dans le Brexit ;

-         Le Français Emmanuel Macron est englué dans le dossier social des « gilets jaunes ».

-         L’Allemande Angela Merkel est contestée par son parti et voit l’économie ralentir ; 

-         L’Italien Giuseppe Conte n’est qu’un homme de paille.

Quant à l’Union Européenne elle-même, le 20ème homme de ce G20, elle est à l’arrêt, dans l’attente des prochaines élections de mai 2019.

Côté Washington, Donald Trump a perdu le contrôle de la Chambre (ça limite sa marge de manœuvre) et en plus il s’est fâché avec  tout le monde.

Quant au prince héritier saoudien MBS, présent lui aussi (il est arrivé dès cet après-midi), on le voit mal faire la leçon, après le sauvage assassinat de Jamal Kashoggi.

Les pouvoirs autoritaires dans un fauteuil

Vous voyez où je veux en venir: il reste la Chine ou la Russie ! Il reste les autocrates, les plus à l’aise dans le paysage international d’aujourd’hui, un paysage éclaté, conflictuel.

D’abord, le chinois Xi Jinping. Il a beau se trouver en plein bras de fer commercial avec Donald Trump, il est quand même en position de force.  Pékin étend son influence en Asie et dans le Pacifique. Et adapte à sa sauce les règles du commerce international, avec des subventions massives aux entreprises chinoises, et transferts forcés de technologie.

Ensuite, Vladimir Poutine. Malgré les problèmes sociaux en Russie, il peut afficher une économie stabilisée et surtout il poursuit sa politique du fait accompli en termes de puissance militaire. Dernier épisode en date, ça n’a échappé à personne : l’annexion de la mer d’Azov.

On pourrait ajouter dans le paysage le turc Recep Teyip Erdogan.  Malgré les représailles commerciales américaines, il s’est imposé comme incontournable sur les grands dossiers du Proche-Orient et tire profit de l’image écornée du rival régional, l’Arabie Saoudite.

Donc, pour les autocrates, tout va bien, merci. Ce sont les plus à mêmes d’imposer leurs vues.

L'avis d'obsèques du multilatéralisme 

Et ça veut dire que le multilatéralisme, cher à l’Union Européenne, et au cœur de ces réunions du G20, a du plomb dans l’aile, pour ne pas dire plus.

Voici le communiqué final du 1er sommet des chefs d’Etat du G20. C’était il y a 10 ans, en novembre 2008, juste après la crise financière.

Et il est beau, il est mignon ce communiqué: « nous allons travailler ensemble pour restaurer la croissance mondiale et réformer le système financier ».

10 ans après, tu parles ! On en serait plutôt à publier l’avis d’obsèques du multilatéralisme.

Entendons-nous bien : le multilatéralisme, la négociation à plusieurs, est sans doute plus nécessaire que jamais dans ce monde devenu multipolaire et où les conflits menacent.

Mais dans les faits, c’est zéro patate ! Il y aura bien des discours sur le sujet, français ou canadiens. Mais il n’y a pas grand monde pour écouter.

Donald Trump ne jure que par la négociation bilatérale. Les alliances entre les pays sont devenues de circonstance : elles se font et se défont, un jour sur l’acier, un jour sur la Syrie. Elles ont remplacé les grandes alliances structurelles, Est, Ouest.

Quant à l’OMC, l’organisation mondiale du commerce, elle semble dépassée, à l’heure du numérique, de la cyber guerre et de l’enjeu climatique. Elle ne parvient pas à se réformer.

Ce week-end à Buenos Aires, il y aura sans doute, comme toujours, une photo de famille pour clore ce G20. 

La photo existera. La famille, elle, n’existe plus du tout.

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