Le parti de droite populiste AfD a frappé un grand coup dimanche aux élections régionales de Thuringe dans l’Est de l’Allemagne, se hissant en deuxième position. Le chef de file de l’extrême-droite locale n’hésite pas à flirter avec les néo-nazis. Une évolution inquiétante.

Un meeting de l'AfD au mois d'août où les participants tiennent des ballons bleu et rouge, couleurs du parti
Un meeting de l'AfD au mois d'août où les participants tiennent des ballons bleu et rouge, couleurs du parti © AFP / John MACDOUGALL

Le parti de droite populiste AfD est arrivé en deuxième position dimanche 27 octobre lors des élections régionales de Thuringe dans l’Est de l’Allemagne, avec 23,4% des voix, devant le parti conservateur d’Angela Merkel. Artisan de ce succès, Björn Höcke, le chef de file de l’extrême-droite locale est un tenant de la ligne dure. Une évolution inquiétante pour ce parti de plus en plus implanté dans la vie politique allemande. 

C’est la principale leçon à tirer de cette nouvelle bérézina pour Angela Merkel et sa coalition : l’extrême-droite allemande n’a plus aucun tabou ni complexe. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter parler Björn Höcke, le leader de l’extrême-droite en Thuringe. C’est grâce à lui que l’AfD (Alternativ Für Deutschland) a terminé deuxième de ce scrutin régional, derrière le parti de gauche Die Linke, très puissant dans cette région de l’Est, mais devant les chrétiens-démocrates de la CDU en pleine déroute. Il y a encore quelques années, ce professeur d’histoire de 47 ans, connu pour son sens de la provoc’ et ses prises de position ultra-radicales, aurait très vite été jugé infréquentable et mis au ban de la société allemande, compte tenu de l’héritage si particulier du nazisme. Mais plus maintenant ! Même s’il ne cadre pas avec le reste de la classe politique en Allemagne, ce populiste pur sucre a réussi à s’imposer dans le débat public avec un sujet de prédilection : le rapport complexe qu’entretiennent les Allemands avec leur Histoire et leur identité nationale. 

Un sujet lourd de sens en Allemagne mais Björn Höcke n’a pas peur de mettre les pieds dans le plat

Il s’est fait connaitre du grand public avec ses propos polémiques sur le Mémorial de la Shoah à Berlin, qualifié de "monument de la honte". Pour lui, l’Allemagne doit tourner la page des crimes du 3è Reich. Finie l’auto-flagellation, stop à la culture de la repentance. D’ailleurs à bien y regarder, "il n’y avait pas que du mauvais chez Hitler". C’est en substance ce que dit Björn Höcke et c’est ce qu’il défend avec le courant qu’il dirige au sein de l’AfD. Un courant baptisé l’aile (Der Flügel). L’aile droite du parti qui flirte dangereusement avec les néo-nazis. 

Bjorn Hocke et ses partisans ont d’ailleurs été placés sous surveillance par l’Office fédéral de protection de la constitution, chargé de garder un œil sur les mouvements extrémistes. Ce qui peut surprendre, c’est de se dire que ce discours rencontre un véritable écho. On pourrait penser que les électeurs d’ex-Allemagne de l’Est ont d’autres préoccupations : la peur du déclassement, le manque de perspectives économiques, les questions migratoires. En tout cas, Björn Hocke ne semble pas du tout pénalisé par ces discours extrémistes. Preuve que certains tabous, certaines digues morales sont en train de tomber au fur et à mesure que l’extrême-droite s’installe dans le paysage politique. 

La nouvelle ligne de l'extrême-droite ?

Ce discours peut-il se répandre, et devenir la ligne officielle de l’extrême-droite dans toute l’Allemagne ? On n’en est pas encore là : il y a débat au sein de l’AfD sur la ligne politique à adopter. Et ce débat n’est pas tranché. Les coups de menton de Björn Höcke ne font pas l’unanimité. Certains préfèrent miser sur les questions d’immigration et le rejet du pouvoir en place. C’est le positionnement anti-Merkel de l’AfD qui lui a permis avant tout de prospérer ces dernières années. 

Mais la ligne dure de Bjorn Höcke gagne du terrain. En septembre déjà, la tête de liste AfD dans une autre région de l’Est, le Brandebourg, était un ancien néo-nazi. Plus le temps passe, plus le parti penche vers la droite, ce qui ne semble pas gêner les électeurs. Dans l’Est du pays en tout cas, la stratégie est gagnante. Mais cette extrême-droite virulente et décomplexée, joue avec le feu, et court le risque de libérer les instincts les plus sombres. Témoin : l’attentat début octobre contre une synagogue le jour de Kippour, attentat perpétré par un jeune militant d’extrême-droite néo-nazi. Après cette attaque, Angela Merkel a promis la tolérance zéro contre la haine. Intention louable, mais dans les urnes, la Chancelière et les partis traditionnels semblent bien démunis.  

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