Les Occidentaux s’inquiètent ouvertement de la situation à Idleb dans le Nord syrien, où les forces d’Assad semblent proches d’intervenir. Mais ne nous y trompons pas, ces déclarations occidentales ne mèneront nulle part, le plus probable est que personne ne lève le petit doigt pour Idleb. C'est "le monde à l'envers".

Les bombardements de l'armée syrienne en début de semaine dans la région d'Idleb
Les bombardements de l'armée syrienne en début de semaine dans la région d'Idleb © Getty / Anas Aldyab/SOPA Images/LightRocket via Getty Images)

Commençons par une petite compilation…

« C’est alarmant, nous sommes très préoccupés » : ça c’est la France par la voix d’Emmanuel Macron.

« C’est désastreux », dit la Grande-Bretagne, « Catastrophique » ajoute la Suède. Etc.

En fait tous ces adjectifs sont autant d’aveux d’impuissance de l’Occident. Un constat d’échec.

Un miroir aux alouettes : il est probable en effet que personne ne fasse rien pour sauver les civils d’Idleb.

Pour fixer les idées, de quoi parlons-nous ? De la dernière province syrienne qui résiste aux chars d’Assad.

Au Nord-Ouest du pays, près de la frontière turque, entre la Méditerranée et la zone d’Alep. 

La taille d’un département français.

On y trouve pêle-mêle :

-         Des combattants islamistes, liés essentiellement au groupe Hayat Tahrir al Cham, c’est un dérivé d’Al Qaida ;

-         Des petites cellules du groupe Etat Islamique ;

-         Mais aussi… des opposants pro-démocratie…

-         Et surtout de très nombreux civils, dont énormément de réfugiés qui ont fui les combats dans d’autres villes du pays.

Au total sans doute près de 3 millions de personnes : en cas d’offensive militaire de l’armée d’Assad, un désastre humanitaire potentiel. Alors les Occidentaux s’inquiètent.

Mais n’ayons pas la mémoire courte. Tout compte fait, depuis un an, nous avons laissé faire, lors des opérations précédentes, dans la vaste banlieue de la Ghouta à Damas, ou dans le sud syrien cet été.

Tout juste un raid à portée limitée au mois d’avril, pour officiellement, signifier au pouvoir syrien qu’il ne devait pas utiliser les armes chimiques.

Donc le plus probable, oui, c’est que nous fermions les yeux aussi sur la bataille d’Idleb.

Bruits de botte syriens et russes

On peut objecter que l'on spécule parce que cette bataille n’a pas vraiment commencé….

Mais tout indique que ça ne va pas tarder.

D’abord, c’est tout simple : Assad avance à visage découvert, il a annoncé cette offensive !

Et les bombardements deviennent quotidiens, selon les rares témoignages qui nous parviennent. L’armée syrienne est en train d’envoyer sur place des dizaines de milliers d’hommes en renfort, dont plusieurs unités d’élite, qui arrivent par la côte Ouest, la région d’Al Choughour. 

Et ces derniers jours, des tracts ont été largués sur la population, par hélicoptère, pour prévenir que la guerre arrive. 

Et puis, autre indicateur, devinez qui, les Russes, alliés d’Assad, musclent leur dispositif en Méditerranée : 2 frégates en renfort ces derniers jours, armés des dernières générations de missiles de croisière.

La Russie possède désormais 10 navires et 2 sous-marins dans la zone, une force de frappe sans précédent depuis le début du conflit.

Donc il faudrait un petit miracle pour qu’une opération humanitaire permette de sauver les civils. Et ce ne sont sans doute pas les Occidentaux qui peuvent y parvenir.

Le seul pays susceptible de convaincre Assad et Poutine de ne pas taper trop fort, c’est la Turquie, qui ne veut pas de cet embrasement à sa porte. 

Après la guerre, la reconstruction

En termes cyniques et triviaux, on peut dire que que le « match est plié ». Les inquiétudes officielles ne sont qu’un cache sexe.

En fait, toutes les diplomaties occidentales sont en train de tourner la page de ces 7 ans de guerre qui ont déjà fait 300.000 morts et 10 millions de déplacés.

Assad a gagné, et Poutine avec lui : la Russie est désormais devenue l’acteur incontournable de la région. 

Les diplomaties occidentales font de la figuration, elles ne parlent plus, je cite, que de « stabilisation » pour évoquer la situation en Syrie.

Et certains lorgnent la reconstruction. Dont le coût gigantesque est estimé à 250 milliards de dollars !

La Chine est déjà passée à l’acte : elle livre du ciment à Assad et envisage des programmes sur l’eau, l’énergie, la téléphonie. Les Européens, eux, sont dans une impasse : comment ne pas se déjuger quand on a souhaité ouvertement la mise à l’écart d’Assad.

Mais il est plausible que, discrètement, certains pays de l’Union Européenne, sensibles aux arguments de Moscou, finissent aussi par se positionner, en vue de ces marchés de reconstruction.

Il n’y a donc plus aucune illusion à avoir : la bataille d’Idleb ce sera le dernier clou sur le cercueil syrien. Après, la guerre aura définitivement livré son vainqueur. 

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