Un nouveau compte à rebours a démarré à Hong-Kong où une nouvelle manifestation est annoncée après-demain samedi 31 août. Après les énormes mobilisations de cet été, on serait tenté de penser que le pouvoir chinois est condamné à reculer. En fait, à l'inverse la Chine peut gagner. C’est le « Monde à l’envers ».

Face à face tendu entre manifestants et forces de l'ordre à Hong Kong dimanche 25 août
Face à face tendu entre manifestants et forces de l'ordre à Hong Kong dimanche 25 août © AFP / Qin Qing / XINHUA

On aimerait pouvoir dire que la liberté va l’emporter à Hong Kong. Que la ville va parvenir à conserver son statut particulier, afin d’échapper au diktat de Pékin. Que la Chine ne peut pas faire plier des foules aussi immenses, jusqu’à 2 millions de personnes dans les rues sur 7 millions et demi d’habitants.

Mais aujourd’hui, il y a de nombreux signes qui disent l’inverse.

D’abord, on sent bien que le pouvoir chinois est tenté de « siffler la fin de la partie ». Pour la première fois, la manifestation annoncée après-demain est purement et simplement interdite : même les rassemblements statiques, autorisés jusqu’à présent, ne sont plus tolérés. Argument officiel de la police : le risque de violence et de terrorisme.

Et puis il y a des bruits de botte. La nuit dernière, à 4h du matin, des dizaines de véhicules blindés chinois ont traversé la ville. Un peu plus tard dans la matinée, des hélicoptères militaires ont survolé le centre, et un navire a été positionné au large. Le pouvoir chinois a beau préciser qu’il s’agit d’une relève annuelle de routine, on a du mal à y croire. 

Ajoutons que l’un des leaders du mouvement de contestation, Jimmy Sham, a été agressé par des inconnus avec des battes de base-ball. Et que des rumeurs persistantes annoncent le blocage prochain de certains sites Internet.

On n’en est pas encore à la répression, mais tout ça ressemble fort à de l’intimidation.

L'ADN du pouvoir chinois

On m'objectera que jusqu’à présent, le pouvoir chinois a quand même bien été obligé de reculer devant les immenses mobilisations de rue ! Mais en fait il n’a pas reculé tant que ça.

C’est vrai le texte sur les possibilités d’extradition judicaire vers le Chine, ce texte qui a déclenché la colère, a été suspendu. Mais uniquement suspendu. Et la cheffe de l’exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, cible principale des manifestants, est toujours en place.

Pékin, jusqu’à présent, fait surtout le dos rond. Mais le pouvoir chinois ne va pas renoncer à faire plier Hong Kong. Pour deux raisons.

La première est politique : c’est dans l’ADN du parti communiste chinois de vouloir affirmer son contrôle et pour le président Xi Jinping, c’est une question d’autorité, presque de légitimité. Il ne cèdera pas.

La seconde est économique : Pékin veut créer, autour de Hong Kong, une immense zone commerciale et d’innovation, une Silicon Valley chinoise, centrée autour de Shenzhen. Cet objectif, qui inclue Hong Kong, ne sera pas abandonné de sitôt.

On va le dire autrement : Pékin a perdu une bataille, mais a bien l’intention de gagner cette guerre. Ce sera peut-être par la répression, ou plus subtilement, en dressant l’opinion publique chinoise contre les Hong Kongais. L’opération est déjà en cours. Il s’agit de pousser les manifestants de Hong Kong à se radicaliser, pour mieux légitimer la répression.

Le pouvoir chinois va riposter, d’une manière ou d’une autre, et a minima, il jouera le temps long : il attendra le moment opportun pour faire tomber Hong Kong.

La timidité occidentale

Alors bien sûr, il y a quand même la communauté internationale. Mais elle peut très bien laisser faire une nouvelle répression à la Tien An Men.

Regardez le communiqué du G7, il y a 3 jours. Je cite : « nous réaffirmons l’importance de la déclaration sino-britannique de 1984 et nous appelons à éviter les violences ».

D’abord on se dit : c’est bien, les Occidentaux font le boulot, ils rappellent qu’Hong Kong est censé bénéficier d’un statut autonome jusqu’en 2047, puisque c’est l’objet de cette déclaration de 1984.

Mais en fait, si on réfléchit, c’est bien le service minimum : le G7 ne pouvait quand même pas faire moins.

Et même ça, ce modeste rappel à l’ordre, a suffi à déclencher les foudres de Pékin : « nous sommes très mécontents, c’est une ingérence dans nos affaires intérieures ». Couché le chien !

Et le fait que, en dehors de ce communiqué ultra offensif ( ! ), les Occidentaux sont plutôt « couchés » depuis trois mois et le début des manifestations. C’est service minimum. Dans le meilleur des cas, on entend les diplomates dire « nous suivons la situation ». La belle affaire.

Il y a 30 ans, au moment de la répression de Tien An Men, on n’avait déjà pas dit grand-chose. Alors maintenant que la Chine est devenue une super puissance, vous imaginez…

Et comme en plus entre temps, l’idéologie du nationalisme et du « chacun chez soi » a gagné du terrain, on voit mal les Occidentaux s’en prendre ouvertement à la Chine. En fait, seul les enjeux financiers et économiques liés à Hong Kong peuvent faire reculer Pékin.

Pour le reste, les manifestants ne peuvent compter que sur eux-mêmes.

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