Deux attentats en 48h dans le centre de Kaboul, 6 attentats en 10 jours dans l'ensemble de l'Afghanistan, question aujourd'hui dans "Le monde à l'envers": faut-il laisser les Afghans se débrouiller tout seuls ? En tout état de cause, la solution militaire a tout d'une impasse.

Soldats afghans devant l'Académie militaire après l'attentat du groupe Etat Islamique
Soldats afghans devant l'Académie militaire après l'attentat du groupe Etat Islamique © Maxppp / JAWAD JALALI/EPA/Newscom/MaxPPP

A quoi bon continuer à s’occuper de l’Afghanistan ?

Franchement, on a l’impression que la situation là-bas est redevenue incontrôlable…

Un petit rappel pour fixer les idées : l’Afghanistan, c’est un pays plus grand que la France, coincé entre Iran et Pakistan, pris dans des guerres non-stop depuis 40 ans… Plus récemment, depuis 2011, c’est-à-dire la mort de Ben Laden et le début de la guerre en Syrie, on a pris l’habitude de ne plus trop regarder du côté de Kaboul…

Là, bien obligés de regarder à nouveau : 5 attentats en 10 jours ! Le chaos.

Il y a quelques années, les détracteurs du président afghan Hamid Karzaï se moquaient de lui. 

Ils l’appelaient « le maire de Kaboul ». Façon de dire qu’il n’avait aucune autorité sur le reste du pays. Et bien son successeur, Ashraf Ghani, c’est encore pire : disons que c’est à peine l’agent de circulation de la rue Sulh, qui traverse le centre-ville.

La preuve : les deux attentats de ces dernières 48h ont frappé le cœur de la capitale.

Premier attentat avec une ambulance piégée en plein centre, revendiqué par les Talibans, 

Second attentat contre l’Académie militaire revendiqué par le groupe Etat Islamique. 

Evidemment, on est tenté de mettre tout ça dans le même sac : la terreur islamiste.

Sauf que les deux mouvements n’ont rien à voir et sont même concurrents :

-         D’un côté les Talibans : mouvement ancien, très ancré sur la frontière entre Afghanistan et Pakistan, et lié à la population pachtoune, qui est l’une des 4 grandes composantes ethniques du pays

-         De l’autre, le groupe Etat Islamique apparu en Afghanistan en 2015, il recrute désormais surtout des combattants étrangers, qui se replient de Syrie ou d’Irak…

Il n'y a pas de solution militaire

Il y a donc bien une menace, et s’il y a une menace, on va nous dire qu'on ne peut pas les laisser tout seuls. 

Sauf qu'à dire vrai, plein de gens sont déjà partis… Les ONG évacuent leurs personnels, les journalistes se comptent sur les doigts des deux mains… Les troupes européennes ont plié bagage, les Français il y a trois ans.

En fait, il reste essentiellement les soldats américains… Et franchement, ils feraient mieux de partir aussi !

Depuis l’intervention soviétique dans les années 80, jusqu’à l’intervention de l’OTAN consécutive au 11 septembre 2001, tout le monde devrait l’avoir compris : il n’y a aucune solution militaire en Afghanistan.

C’est une impasse qui, en plus, coûte une fortune. Est-ce que vous savez, à combien est estimé le total des dépenses américaines en Afghanistan depuis 2001 ?

1700 MILLIARDS de dollars ! Vous voulez que je vous le redise ? 1700 MILLIARDS de dollars !

C’est tellement énorme qu’on ne sait même plus ce que ça se représente…  Si allez une comparaison : 3 fois le budget annuel de l’Etat français.

Donald Trump n’a pas l’air de l’avoir compris : sa réponse c’est au contraire de renforcer le contingent américain sur place en le faisant passer à 15.000 hommes. Il n’a pas compris ou bien il fait semblant de ne pas comprendre.

Parce que la guerre en Afghanistan, elle rapporte. Aux spécialistes de la guerre, dont c’est le métier. Arrêtons-nous là-dessus : c’est devenu une guerre très particulière, la guerre en Afghanistan. Les Etats-Unis y ont d’abord recours à leur matériel : des drones pilotés par des joysticks de jeu vidéo depuis le Nouveau Mexique. Et ils ont ensuite recours aux contractuels, les milices de sécurité privée, notamment la plus célèbre, Blackwater, qui se remplit les poches.

Négocier avec les Talibans

Est-ce qu’il y a la moindre chance que ça s’arrête ?  Sans doute pas.  C’est une spirale de violence sans fin.  Et où on a arrêté de réfléchir.

Pourtant, les experts de l’Afghanistan sont d’accord, pour la plupart: il n’y a pas de solution militaire. L’issue ne peut être que diplomatique.

Et ça pourrait intéresser toutes les grandes puissances : Russie, Chine, Iran, Europe, Etats-Unis.

Elles ont toutes un intérêt économique bien compris pour les ressources minières afghanes.

Et elles souhaitent toutes éviter que le groupe Etat Islamique, presque éradiqué en Syrie, ressurgisse comme une hydre en Afghanistan.

La seule solution, c’est donc de discuter avec les Talibans.  Les Russes, les Iraniens ont commencé à le faire ces derniers mois, et c’est pour eux un spectaculaire renversement d’alliance. 

L’idée parait saugrenue mais ce n’est qu’une apparence.  C’est peut-être la seule qui pourrait préserver une chance de paix et qui donc vaudrait de continuer à s’occuper de l’Afghanistan.

L’autre option, c’est le statu quo : maintien de la présence militaire américaine, attentats à gogo, et civils tués par milliers.

Il est pas beau le statu quo ?

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