C’est l’un des pays dont le nom est associé à la guerre, à une guerre qui n’en finit plus : l’Afghanistan. Mais pour la première fois sans doute, et c’est une information passée largement inaperçue, il y a un mince espoir de paix. La paix en Afghanistan, ça parait contre-intuitif. C’est le « Monde à l’envers ».

Arrestation de miliciens Talibans il y a quelques jours à Jalalabad en Afghanistan
Arrestation de miliciens Talibans il y a quelques jours à Jalalabad en Afghanistan © AFP / NOORULLAH SHIRZADA / AFP

Voici ce qui s’est passé la semaine dernière à Doha, à Qatar parce que le déroulement des faits est digne, à lui seul, d’un scénario de film.

Depuis des mois, la diplomatie américaine négocie en coulisses avec des émissaires des Talibans, qui contrôlent, rappelons-le plus de la moitié de ce pays de 38 millions d’habitants ravagé par la guerre depuis 40 ans.

Sauf que jusqu’à présent, ce n’était jamais assumé, et c’était toujours avec des seconds couteaux.

Il y a 8 jours, lundi 21 janvier, l’émissaire américain Zalmay Khalilzad se rend donc au Qatar pour une nouvelle séance de discussions. Sauf que peu à peu il réalise que cette fois-ci, les négociations sont plus sérieuses.

D’abord, elles sont assumées. Et puis surtout elles durent : 8h par jour ! Un jour, deux jours, trois jours.

Le 4ème jour, le jeudi, Khalilzad a prévu de rentrer en Afghanistan.

Et c’est alors que débarque à Doha un dignitaire des Talibans, le mollah Abdul Ghani Baradar, longtemps emprisonné par les Américains, autrefois proche du tristement célèbre mollah Omar. 

Désormais c’est lui qui va négocier. Et les discussions reprennent : deux jours de plus, jusqu’à samedi soir. C’est sans précédent. Et tout indique que les négociations devraient maintenant reprendre rapidement, courant février, toujours en présence du mollah.

Autrement dit, pour la première fois, les Talibans assument publiquement une négociation de haut niveau avec les Etats-Unis.

Ramener les "boys" à la maison

Il y a eu beaucoup de négociations avortées depuis 10 ans. Pourquoi ça marcherait davantage cette fois-ci ?

D'abord parce qu'il n'y en a jamais eu de cette ampleur, en 17 ans de guerre !

L’émissaire américain a d’ailleurs lâché le morceau hier, lorsqu’il a enfin pu revenir à Kaboul. Oui il y a un brouillon d’accord, un donnant-donnant.

D’un côté un retrait progressif des 14.000 soldats américains encore présents sur le sol afghan, sans doute d’ici 18 mois.

De l’autre, un cessez-le-feu et un engagement des Talibans de ne plus tolérer la présence d’organisation terroriste en Afghanistan. Rappelons que ce fut  le déclencheur de la guerre en 2001, après les attentats du 11 septembre : la protection accordée par les Talibans à Al Qaida.

Alors pourquoi maintenant ? Peut-être parce qu’il y a une forme de lassitude, d’épuisement.

Des dizaines de milliers de morts, du côté des Talibans comme du côté des forces de sécurité afghanes. Plus de 4000 soldats occidentaux morts, dont 2500 Américains. 

Sans oublier la facture, phénoménale pour les Etats-Unis : officiellement 930 milliards de dollars, sans doute le double en comptant les coûts indirects.

Un diplomate occidental affirme que les Talibans n’ont jamais donné autant de gages de leur volonté de négocier. 

Et en face, c’est simple, Donald Trump ne s’en cache pas : Bring the boys back home, il veut que les gars rentrent à la maison. 

L’ancien ambassadeur américain en Afghanistan Ryan Crocker a cette formule : « c’est comme le Viet Nam, les Etats-Unis ont perdu », on veut juste ficher le camp, et il s’agit seulement de « maquiller ce retrait avec du rouge à lèvres ».

Négocier entre Afghans

Mais ça, ça veut dire que les Talibans sont en position de force et c’est ça le bémol. C’est ça qui peut faire tout capoter. Que les Talibans poussent trop loin leur avantage.

Parce qu’il reste un point majeur à négocier : trouver un accord interne à l’Afghanistan, entre les Talibans et le gouvernement central du président Ashraf Ghani.

Jusqu’à présent, les Talibans ont toujours refusé de reconnaitre sa légitimité et de discuter avec lui. D’autant que son gouvernement est considéré comme l’un des plus corrompus au monde.

C’est pourtant la seule solution pour éviter une nouvelle guerre civile : un gouvernement de transition et de coalition qui organiserait de nouvelles élections (pour l’instant elles sont prévues en juillet prochain) et qui rédigerait une nouvelle Constitution.

Avec des points critiques à trancher, notamment le statut de la femme : les Talibans restent rétrogrades sur cette question, même s’ils tolèrent désormais la scolarisation des filles sur une partie du territoire qu’ils contrôlent.

C’est un sujet très difficile, mais pas impossible : il y a 4 ans, les Talibans avaient accepté une première négociation en toute discrétion à Oslo avec une délégation de femmes afghanes. 

Les grands voisins, Pakistan, Russie, ont peut-être un rôle à jouer dans ce contexte, pour pousser au dialogue..

Aujourd’hui, un Afghan sur deux a moins de 25 ans.

Pour eux, depuis samedi, il y a désormais un petit espoir de connaitre la paix. Il est mince mais c’est déjà ça.

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