Une lueur d’espoir pour la Libye. 7 ans après la chute de Khadafi, plusieurs leaders de ce pays fragmenté sont parvenus à s’entendre, sous l’égide d’Emmanuel Macron, pour organiser des élections à la fin de l’année. Mais dans le "monde à l'envers", on ne se fie à cette belle image: la fin du chaos est encore loin !

Le général Haftar, l'homme fort de l'Est de la Libye, à son arrivée à l'Elysée
Le général Haftar, l'homme fort de l'Est de la Libye, à son arrivée à l'Elysée © AFP / picturedesk@nurphoto.com

Emmanuel Macron a sorti les grands mots tout à l’heure : « rencontre historique », « étape-clé », « bravo à tous »…. ! Le président français veut y croire ou fait semblant d’y croire, dans un mélange de communication et de volontarisme.

Bon d'accord, l’image est séduisante : 4 figures libyennes côte à côte, dont les 2 grands rivaux, Fayez Serraj (l’homme de Tripoli à l’Ouest du pays), et Khalifa Haftar (le militaire qui contrôle Benghazi et l’Est).

Le tout en présence des pays voisins et de l’émissaire de l’ONU, pour approuver un accord en vue d’élections générales, le 10 décembre prochain. Et sous la houlette de la France qui, soit dit en passant, doit bien ça à la Libye, vu comment nous avons contribué à y déclencher le chaos général en 2011…

Séduisant, donc ! Et on se prend à rêver : que la paix revienne dans ce vaste pays grand comme 3 fois la France, et que cela règle la crise des réfugiés en Europe (puisque le chaos libyen est indissociable de la fuite éperdue des migrants vers la Méditerranée)…

On rêve un instant… Et puis on atterrit… Ce n’est pas demain la veille !

Des leaders fragiles et contestés

Pourquoi autant de pessimisme ?

D’abord, il ne faut pas se fier aux apparences. Les participants sourient pour la devanture.

En coulisses, c’est plus compliqué.

Commençons par les deux principaux leaders libyens.

A l’Ouest, le pouvoir de Fayez Serraj, le premier ministre officiel, est très fragile. Il repose sur une alliance de circonstances entre 4 milices, qui peut imploser à tout instant.

A l’Est, le général Haftar, ancien soutien de Khadafi, est lui un dirigeant autoproclamé aux méthodes expéditives : il préfère les militaires aux civils et il est soupçonné de multiples atteintes aux droits de l’homme.

C’est plus compliqué aussi, toujours derrière les sourires de façade, parmi les soutiens internationaux à cette initiative française. Plusieurs diplomates, britanniques, et plus encore italiens, estiment que Paris va trop vite et que ce calendrier électoral précipité est voué à l’échec.

Et là, je ne parle que des écueils liés aux personnes présentes à Paris. Mais il y a plus ennuyeux : ce sont les absents ! Parce qu’en fait tout le monde n’était pas là pour approuver cet accord…

Un pays fragmenté et déstructuré 

La Libye ressemble aujourd’hui à une juxtaposition de micro-pouvoirs locaux. Si vous voulez, c’est comme si en France il y avait 6 ou 7 capitales : Paris, Marseille, Lyon, Lille, Strasbourg, Bordeaux, etc.

Et plusieurs de ces capitales régionales ne sont pas dans le dispositif.

En tête de liste, Misrata, c’est à l’Ouest, pas loin de Tripoli : Misrata et ses 14 milices, j’ai bien dit 14 !!! Elles ont refusé de venir à Paris, elles ne s’estiment pas prises au sérieux.

Un peu plus au Sud, il y a Zintan, là aussi un Etat dans l’Etat. Dirigeants locaux absents eux aussi.

Ajoutons toutes les zones situées dans l’immense région désertique du Fezzan au Sud, qu’elles soient touaregs ou amazighs. Absentes là encore.

Bref, c’est un accord qui oublie une grande partie de la mosaïque libyenne…Et comme si ça ne suffisait pas, il y a un écueil encore plus compliqué : comment organiser un tel scrutin en 6 mois ? C’est quasiment Mission Impossible. Pour deux raisons.

La première est institutionnelle : il n’y a pas de constitution respectée par tout le monde. 

Certains se réfèrent à un texte de 2012, d’autres à un projet remanié de 2017.

Résultat : comme il n’y a pas de constitution commune, on ne connait pas le rôle du futur président, des futurs députés, ou bien la répartition du pouvoir entre civils et militaires. Donc élire une Assemblée et un chef de l’Etat semble… aberrant.

La deuxième raison est encore plus prosaïque ; nous parlons d’un pays totalement déstructuré :

-         Ultra dangereux, où vous pouvez être abattu à tous les coins de rue ;

-         Sans système monétaire unifié ; 

-         Sans réseau de transports publics, etc.

Alors quelles urnes, quels isoloirs, quelle campagne électorale, quelle sécurisation du vote ?

A la limite dans les grandes villes, c’est peut-être possible, bien que chaque milice, dans chaque quartier, risque d’imposer sa loi. Mais en dehors des villes, ça semble infaisable d’ici à décembre.

Pour espérer organiser pareil scrutin en 6 mois, la Libye a besoin de davantage que de belles paroles : il lui faudrait un miracle !

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