Après le meurtre de Mireille Knoll et les marches blanches qui ont suivi, hier, l’émotion reste vive en France. Ce soir, pas de « monde à l’envers », mais plutôt un "zoom arrière" : le retour de l’antisémitisme dépasse les frontières de la France et touche désormais une grande partie de l’Europe.

La marche blanche à Paris en hommage à Mireille Knoll
La marche blanche à Paris en hommage à Mireille Knoll © AFP / ALAIN JOCARD / AFP

Oui, cette Europe où la population juive a été exterminée il y a 75 ans : 6 millions de morts, il faut rappeler ce chiffre encore et encore. 6 millions de morts. 

C’est comme si toute une partie de la population de cette même Europe avait oublié. C’est sidérant.

Le fait le plus marquant, c’est l’essor, dans plusieurs pays du continent, d’un antisémitisme que l’on pourrait qualifier d’antisémitisme du quotidien. Terrifiante banalisation. 

C’est en France, malheureusement c’est vrai, que se produisent les événements les plus dramatiques avec des meurtres : Ilan Halimi, l’école d’Ozar Hatorah, l’hyper Casher de Vincennes, Sarah Halimi, aujourd’hui Mireille Knoll.

Mais la dérive touche aussi nos voisins, avec une augmentation nette des actes antisémites en Belgique, en Allemagne, en Suède.

Vous voulez des exemples ?

La liste est longue et n’a rien d’un inventaire à la Prévert : ces derniers mois, tentative d’incendie contre une synagogue à Göteborg, insultes contre des enfants à Bruxelles, graffitis sur les portes de bâtiments juifs à Berlin.

Et le phénomène se développe même dans un pays longtemps épargné par cette haine obscurantiste : le Royaume-Uni.

Où les incidents à caractère antisémite ont augmenté de 36% en un an. 

Le révisionnisme institutionnalisé 

Au-delà des agressions terribles du quotidien, on peut aussi parler d’une forme « d’institutionnalisation » de l’antisémitisme en Europe. Et il y a, là aussi, une évolution inquiétante.

Le discours, si ce n’est antisémite, du moins révisionniste, est porté y compris par des pouvoirs en place ou des partis de gouvernement.

L’exemple le plus frappant, c’est  la Pologne. Avec cette loi promulguée il y a 2 mois sur la Shoah : elle interdit l’utilisation de la formule « camps de la mort polonais ».

C’est vrai, Auschwitz, Sobibor ou Treblinka étaient des camps de l’Allemagne nazie installés sur le sol polonais et non des « camps polonais ».

Mais cette loi contient un déni implicite de toute responsabilité de civils polonais dans l’extermination de 3 millions de Juifs dans ces camps. Responsabilité pourtant établie.

Le même type de processus négationniste se retrouve en Ukraine, où le livre d’un historien britannique a été récemment interdit par le pouvoir ;

Motif : il évoquait le rôle de miliciens ukrainiens dans la « Shoah par balles ».

Avec le FPÖ d’extrême droite en Autriche ou le parti nationaliste flamand en Belgique, on trouve aussi désormais dans des coalitions de gouvernement, des partis empreints de l’idéologie révisionniste.

Et toujours en Autriche, des chants néo-nazis ont été découverts dans le répertoire d’un groupuscule proche du FPÖ. On pouvait y lire « Mettez les gaz, on peut arriver au 7ème million », référence évidente aux 6 millions de Juifs exterminés.

Enfin en Hongrie, le premier ministre Viktor Orban, actuellement en campagne pour les législatives, se livre depuis de longs mois à une campagne à forts relents antisémites contre le milliardaire George Soros.

Donc oui, l’Europe voit bien renaitre en son sein la « bête immonde ».

Et elle prospère sur un double terreau :

-         Le premier, traditionnel, c’est celui de l’extrême droite :  en cause, par exemple, dans la moitié des actes antisémites perpétrés en Allemagne.

-         Le second est plus récent: c’est un antisémitisme nourri par le radicalisme islamique, présent notamment en France, et aussi en Grande-Bretagne.

Enseigner la Shoah encore et toujours

Ça veut donc dire que presque tout le continent est concerné. Et ça veut dire aussi que pour agir, il faut le faire aussi au niveau du continent.

D’abord ne pas se contenter de belles paroles, du style « soyons vigilants ».

Ensuite évidemment déployer les moyens de police et de justice suffisants.

Mais surtout, travailler sur deux axes qui seront efficaces à une condition : être pilotés au niveau européen.

Le premier, c’est la lutte contre toutes les dérives sur Internet : la toile est la caisse de résonance d’un processus de recyclage des vieux fantasmes sur « le juif », qui serait, soit plein aux as, soit aux manettes d’un grand complot international.

Le deuxième axe, c’est l’enseignement de la Shoah.

La disparition progressive des survivants semble s’accompagner d’une levée du tabou, comme s’il redevenait légitime de contester l’Holocauste.

Il est essentiel de l’enseigner dans ses détails, et particulièrement de dispenser cette connaissance aux réfugiés du Proche et du Moyen Orient qui arrivent sur notre sol.

Pourquoi ? Parce qu’ils ont souvent baigné dans un environnement idéologique et éducatif où la Shoah était sinon, niée, du moins souvent reléguée au 2nd plan.

Là encore, la recherche d’une forme d’enseignement commun sur le sujet, au niveau européen, serait sans doute très utile. 

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