Après un nouveau revers pour son parti la CDU hier dans la région de Hesse, Angela Merkel semble se rapprocher de la sortie. Mais attention l’arbre Merkel pourrait cacher toute une forêt : Merkel ne chutera pas seule et pourrait entrainer du monde dans sa chute. C’est le "monde à l'envers".

Angela Merkel annonçant sa décision de renoncer à diriger la CDU après le revers électoral en Hesse
Angela Merkel annonçant sa décision de renoncer à diriger la CDU après le revers électoral en Hesse © AFP / Markus Heine / AFP

C'est une caricature parue dans le journal allemand Tagespiegel: Angela Merkel, l’air hagard, en tenue de plage, avec un tuba et une bouée canard, sous un parapluie déglingué.

Elle est prise, dit la légende, entre un séisme local dans le Land de Hesse et un tsunami à Berlin au niveau national.

Voilà comment désormais la presse allemande voit la chancelière : affaiblie, discréditée, presque ridiculisée.

Après la Bavière et Munich il y a deux semaines, c’est donc la Hesse et Francfort qui ont sanctionné hier le parti de la chancelière. Moins 11 points pour la CDU, à 27% des voix. Un recul historique dans cette région souvent considérée comme un bon miroir électoral de l’ensemble de l’Allemagne. 

Le parti de la chancelière sera donc contraint de former une coalition pour diriger la région.

Et ce matin, Angela Merkel a donc tiré les premières conséquences de cette double claque en deux semaines : elle va quitter la présidence de son parti, la CDU, lors du congrès prévu dans un peu plus d’un mois.

Pour l’instant, elle dit vouloir aller malgré tout au bout de son mandat de chancelière, jusqu’en 2021. 

Mais… il y a beaucoup de mais ! D’abord, c’est en contradiction avec ce qu’elle a toujours professé, à savoir qu’il faut diriger le parti majoritaire pour diriger aussi la chancellerie. Et surtout le temps s’annonce très très long : 3 ans à tenir, ça sera compliqué.

Angela Merkel dirigeait la CDU depuis 18 ans, elle est chancelière depuis 13 ans. Ses jours semblent désormais comptés. Et son retrait annoncé pourrait, c’est vrai, avoir de nombreux effets collatéraux.

Une crise de légitimité pour la CDU

Certes elle chutera seule, en tant que leader. Et il va y avoir une compétition pour lui succéder au sein de son parti. Avec notamment en lice sa dauphine désignée Annegret Kramp Karrenbauer, et l’actuel ministre de la santé Jens Spahn.

Mais le grand parti de centre droit allemand souffre d’un mal plus profond qu’une simple crise de leadership.

Il est confronté à ce que connaissent la plupart des partis de gouvernement en Europe : il est perçu comme usé et incohérent. Son grand rival de centre gauche le SPD est déjà passé par là et se retrouve maintenant au fond du trou, relégué à la 3ème voire la 4ème place dans les intentions de vote nationales.

Alors examinons à l’inverse qui progresse lors de ces scrutins régionaux.

D’abord les Ecologistes, ils sont à près de 20% en Hesse et sont même en tête dans le centre de Francfort, comme ils l’étaient il y a 2 semaines dans le centre de Munich.

Ensuite l’Extrême droite, l’AFD, à 13%. Elle possède désormais des élus dans toutes les régions allemandes et elle devrait progresser l’an prochain lors des scrutins prévus dans les régions d’ex Allemagne de l’Est, la Saxe ou la Thuringe.

Ces deux formations, Ecologistes – Extrême droite bénéficient, c’est vrai, du rejet des partis de gouvernement, mais ça va plus loin : elles apparaissent comme cohérentes politiquement. Avec des programmes opposés mais cohérents, homogènes. 

Et c’est précisément ce qui fait défaut aujourd’hui aux grands partis historiques comme la CDU. En résumé : la situation d’Angela Merkel est un révélateur de cette crise de légitimité qui ne s’éteindra pas avec le départ de la chancelière.

Paris sans partenaire en Europe

Il y aura aussi des effets collatéraux pour la France et pour l'Europe. La France est sur le point de perdre son allié principal.

Soit Angela Merkel survit, mais elle sera affaiblie, et probablement dans l’incapacité de porter des réformes au niveau européen. Soit la « GroKo » comme on l’appelle en Allemagne (la grande coalition formée avec les sociaux-démocrates), explose, et alors on se dirigera probablement vers des élections anticipées.

Dans les deux cas, le centre droit européen se retrouve sans leader légitime, sans boussole, à 6 mois des élections européennes.

Et la France sans partenaire pour porter l’agenda de réforme défini lors du sommet franco-allemand de Meseberg en juin dernier : harmonisation de l’impôt sur les sociétés entre les deux pays, esquisse de budget de la zone euro, réorganisation des flux migratoires en Europe, etc.

Ne nous y trompons pas : la chute de la maison Merkel, qui se rapproche, va avoir des effets en chaine sur tout le continent.

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