Depuis 48h, le ton est monté entre Emmanuel Macron et l’italien Matteo Salvini en particulier sur la question des migrants. Hier, le président français a évoqué « une opposition forte entre nationalistes et progressistes en Europe ». Mais c'est un raccourci trompeur. C'est "le monde à l'envers".

Emmanuel Macron lors de sa visite au Danemark
Emmanuel Macron lors de sa visite au Danemark © Getty / Ole Jensen - Corbis/Corbis via Getty Images)

Comme tous les raccourcis, il est séduisant. Avec ce côté blanc/noir, opposition simple, c’est facile à comprendre pour les électeurs. Et ça plait à la presse qui aime bien les formules chocs.

Mais ne soyons pas naïfs : c’est d’abord un slogan de campagne. 

Et il bénéficie aux deux camps : Matteo Salvini désigne son ennemi (Emmanuel Macron) et vice versa. Et désigner un ennemi, c’est tout bénéf’ en politique : 

-         C’est mobilisateur pour ses propres troupes ;

-         Et ça écarte du « champ légitime de la compétition » tous les autres leaders qui ne voudraient pas raisonner en ces termes.

A 9 mois des élections européennes, c’est donc le premier acte de campagne : ni plus ni moins.

Maintenant, la question c’est de savoir si cette opposition « nationalistes – progressistes » est pertinente sur le fond.

A première vue, elle contient une part de vrai. Tout le monde mesure bien la différence entre :

-         D’un côté la poussée des mouvements nationalistes dans plusieurs pays européens. Avec leurs germes d’un démantèlement de l’Union Européenne et d’un retour au paysage des « Etats-Nations », qui existait, grosso modo, il y a un siècle…

-         Et de l’autre, la volonté d’une meilleure intégration européenne prônée par certains comme le président français.

Les points communs entre nationalistes et progressistes

Il y a une part de vrai, mais il y a aussi une grosse part de faux.

D’abord, il y a des points communs entre ces deux camps…

Les « nationalistes » et les « progressistes » ne sont pas nécessairement en désaccord sur un certain nombre de mesures économiques. Et surtout sur le dossier emblématique censé les opposer, les migrants, le désaccord n’est pas si net non plus. 

Souvenez-vous du « numéro de claquettes » entre Paris et Rome en juin dernier sur les réfugiés de l’Aquarius, chacun refusant de les accueillir.  On ne peut pas dire que la France soit plus accueillante que l’Italie.

Et puis quand Emmanuel Macron dit, cette semaine devant les ambassadeurs : « Partout dans le monde, l’identité profonde des peuples est revenue et c’est au fond une bonne chose ».

Franchement, la phrase aurait pu être prononcée par un… « nationaliste » !

L’autre problème avec ce raccourci, c’est qu’il ne reflète pas un paysage politique européen bien plus complexe. Quelques exemples, pour me faire comprendre.

Où classer l’allemande Angela Merkel, qui durcit sa politique migratoire et dont la formation, la CDU fait partie du même groupe européen, le PPE, que le parti du hongrois Orban ?

Où classer l’italien Luigi di Maio qui n’est pas nationaliste mais qui fait alliance au pouvoir avec Salvini dans cette coalition dite « populiste » ?

Où classer le danois Lars Lokke Rasmussen, le premier ministre danois que vient de rencontrer Emmanuel Macron, un libéral mais favorable comme l’Autriche à des camps de migrants aux portes extérieures de l’Europe ? Nationalistes ou progressistes ?

En fait, la vraie ligne de partage est peut-être ailleurs en Europe : sur le respect ou pas de l’Etat de droit et des libertés publiques.  Et là, pour le coup, on voit bien que dans certains anciens pays de l’Est, Pologne, Hongrie, l’évolution est très préoccupante. 

Le populisme mot "fourre-tout"

Ajoutons que le mot "populiste" mérite qu'on lui fasse un sort.

Populiste, on voit bien l’idée au départ : qualifier des politiciens démagogues qui entendent s’opposer aux élites tout en flattant certains bas instincts.

Mais il y a un hic. Plusieurs mêmes.

D’abord, c’est un mot valise fourre-tout où on mélange plein de courants politiques. En résumé tout ce qui n’est ni au centre droit, ni au centre gauche. En fait, il y a DES populismes.

Mais c’est surtout une formule totalement contreproductive : le mot rend service aux dirigeants qui s’en voient qualifiés, ils ne demandent que ça. 

Ils en profitent pour dire que « oui ils sont populistes, du côté du peuple ». C’est un adjectif qui les légitime.

Et c’est un adjectif qui conduit à ne plus appeler un chat un chat. A ne plus appeler la xénophobie, xénophobie. A ne plus appeler l’extrême droite, l’extrême droite.

Or la Ligue de Matteo Salvini est bien un mouvement d’extrême droite. C’est ça le vrai nom. Pas populisme.

Et de la même manière, les manifestations anti émigrés à Chemnitz en Allemagne (il y en a encore une ce soir et une autre samedi), sont bien des manifestations… d’extrême droite.

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