Retour sur les crises qu'on croyait réglées... et qui sont loin de l'être. Alors qu'en 2018, le monde assistait médusé aux embrassades entre Kim Jong-un et Donald Trump lors de leur rencontre historique, la crise nord-coréenne est bien loin de toucher à sa fin.

 Première rencontre historique entre Donald Trump et Kim Jong-un, le 12 juin 2018 à Singapour.
Première rencontre historique entre Donald Trump et Kim Jong-un, le 12 juin 2018 à Singapour. © AFP / Anthony WALLACE / POOL

Fin 2017, le monde n'en menait pas large. La communauté internationale se recroquevillait alors que les insultes fusaient entre Washington et Pyongyang.

Kim Jong-un traitant Donald Trump de "vieux gâteux". Donald Trump répliquant qu'il n'allait pas se faire par "un petit gros". De "criminel hideux" (Donald Trump) à "homme fusée" (Kim Jong-un), l'escalade verbale, a culminé par ce tweet édifiant de Donald Trump "dites à Kim Jong-un que moi aussi j'ai un bouton nucléaire, mais le mien il est plus gros, plus puissant et en plus il marche!" 

Quelques semaines plus tard, pourtant alors que la Corée du Nord et les Etats-Unis se promettaient mutuellement de se détruire par tous les moyens possibles, coup de théâtre. 

Une rencontre historique entre Kim Jong-un et Donald Trump est organisée à Singapour, en juin 2018. 

Devant les yeux incrédules de la presse internationale, les deux dirigeants échangent poignées de main, sourires, des "Kim est mon ami", sur fond de promesses de dénucléarisation de la péninsule nord-coréenne. 

Pour permettre la poursuite des discussions en sortant de la surenchère des provocations, un cadre est élaboré : les Etats Unis arrêtent l'essentiel de leurs exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud. Et Nord-Coréens suspendent leurs essais nucléaires et balistiques longue portée.

Dénucléarisation ou levée des sanctions d'abord?

Pourtant, il n'aura pas fallu longtemps avant que la lune de miel ne touche à sa fin. La deuxième rencontre entre les deux leaders, début 2019, à Hanoï est autrement plus tendue.  

Impossible en effet de se mettre d'accord sur le calendrier.  Vues de Washington, les choses sont simples : la Corée du Nord dénucléarise la péninsule, et obtient, en retour la levée des sanctions internationales.  Problème: vu de Pyongyang, c'est tout l'inverse : on lève les sanctions d'abord, puis on dénucléarise.  Et voilà comment deux ans après la grosse crise entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, les tensions sont à nouveau à un degré inquiétant.

Depuis, les rencontres entre les équipes de négociations n'ont pas permis de progrès majeur. 

De chaque côté, on s'impatiente. Pour Pyongyang, l'urgence est la levée des sanctions qui asphyxient complètement le pays.  Pour Washington, c'est  la dénucléarisation, mais aussi et surtout, d'obtenir un accord.  Donald Trump en a besoin d'ici l’élection de novembre prochain. Il a en effet bâti une partie de sa popularité sur sa promesse de réussir là où la diplomatie traditionnelle a toujours échoué. Dans cette optique, obtenir un accord de paix avec la Corée du Nord serait le deal du siècle, pour les Etats-Unis. 

Une course à la montre qui n'a pas échappé à Kim Jong-un, lequel, très habilement, semble avoir repris la main en reprenant les provocations. Il a donné un ultimatum aux Etats Unis pour parvenir à un accord d'ici la fin de l'année

Afin de faire monter la pression, Pyongyang a procédé il y a deux semaines au lancement de ce qui pourrait être un moteur de fusée. Un tir longue portée... et promis un "cadeau de Noel" aux Etats-Unis si rien n’avançait.  

La Corée du Nord n'a pas encore précisé la "nouvelle voie" qu'elle entend emprunter si les Etats-Unis ne font aucune nouvelle concession d'ici la fin de l'année. Le discours du Nouvel An de Kim Jong-un devrait clarifier les choses.  La Russie et la Chine, les deux principaux alliés économiques de la Corée du Nord, ont déposé mi-décembre devant le Conseil de sécurité de l'ONU une proposition pour réduire les sanctions sous réserve que ce pays avance vers la dénucléarisation.  Selon des analystes, le dirigeant nord-coréen chercherait en fait à exploiter les rivalités entre Washington, Pékin et Moscou.

Le premier janvier, le leader Nord-Coréen doit prononcer un discours du Nouvel an particulièrement attendu. 

Tous les experts de la région tirent la sonnette d'alarme. Car que se passera-t'il cette fois, si les provocations reprennent ? Un renforcement des sanctions? Une escalade militaire? Un tir de trop?  Tous le disent : il faut revoir les ambitions à la baisse, laisser du temps aux négociateurs, lâcher du lest, progressivement. En d'autres mots : laisser faire la diplomatie, dont le temps n'est pas calé sur le même métronome que la communication fantasque et éruptive de Donald Trump ou de Kim Jong-un. 

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