Il est passé par ici, il repassera par là. On attendait aujourd'hui un retour à Barcelone du leader indépendantiste catalan Carles Puigdemont. Raté. Le Parlement catalan a repoussé la séance où il entendait le propulser à nouveau à sa tête. Le "monde à l'envers" s'interroge sur Carles Puigdemont.

Des militants indépendantises portant le masque de Carles Puigdemont dans les rues de Barcelone
Des militants indépendantises portant le masque de Carles Puigdemont dans les rues de Barcelone © Maxppp / Enric Fontcuberta/EPA/Newscom/MaxPPP

Au premier coup d’œil, le personnage possède un côté sympathique…

Avec sa mèche façon Beatles et ses lunettes d’intello, il a un petit air romantique, un je ne sais quoi échappé de « Chateaubriand face à la mer », voyez… En plus, il s’est fait tout seul, c’est tout à son honneur : c’est un fils de pâtissiers qui a fait carrière, dans le journalisme puis la politique. Et il parle 5 langues !

Ajoutons une pincée de Bonaparte : exil à l’ile d’Elbe, en l’occurrence Bruxelles…  Et un parfum d’Arsène Lupin : cache-cache avec les autorités espagnoles (« parviendront-elles à l’attraper ?! » )…

Presque tout pour séduire !

Sauf que, vous voyez où je veux en venir… L’habit ne fait pas le moine !

Arrêtons-nous d’abord sur le comportement de Carles Puigdemont. Sur Twitter, il signe de l’acronyme KRLS, pour Carles. On fait mieux dans le genre modeste ! 

Et surtout, depuis sa fuite de Barcelone, son comportement est quand même un peu erratique… 

Certains de ses partisans trouvent même qu’il pousse un peu le bouchon, en se prenant pour « le grand leader indépendantiste en exil dont le destin est un jour de revenir sur la Terre promise ».

En attendant, et ça c’est plus prosaïque, il a quand même un peu fichu le camp et laissé ses partisans au moment où ça devenait rock n’roll.  

Le tout pour éviter la prison.  Ce que n’a pas fait son principal allié, Oriol Junqueras, lui il est derrière les barreaux. 

Un programme flou

Si on étudie le fond maintenant, c’est-à-dire son bilan et son programme. C’est pas un saint non plus. Ou alors c’est un saint… monomaniaque.

Je m’explique. Son obsession, c’est l’indépendance.  Il veut bien négocier avec Madrid, mais uniquement si la négociation porte sur les conditions de l’indépendance ! Ça limite un peu le champ du débat !

Mais bon l’indépendance ça ne peut pas faire l’alpha et l’oméga de toute politique.

Exemples : que veut Carles Puigdemont en termes de droit du travail, d’éducation, de santé ?

Là, ça devient un peu plus flou, surtout au vu de la coalition composite qui le soutient : de l’extrême gauche aux nationalistes, en passant par un centre droit de tradition affairiste…

On ne peut pas dire qu’ils soient d’accord sur tout…

Alors pour se faire une idée, on peut prendre le bilan de la mandature précédente :

-         L’obligation de l’enseignement en catalan peut conduire à un repli identitaire dans une région traditionnellement ouverte au monde,

-         Les financements sur la santé et l’éducation restent faibles, malgré la bonne santé économique de la Catalogne,

-         Et même si la santé économique de la région est indéniable, grâce au tourisme, aux banques et à l’automobile, tout n’est pas rose pour autant : l’endettement est très élevé, 75 milliards d’euros.

Par-dessus le marché, la crise se répercute sur le tourisme, en particulier à Barcelone. 

Donc on peut la jouer façon de Gaulle et sauter comme un cabri en criant « indépendance, indépendance, indépendance », ça ne fait pas une politique à soi tout seul… 

Le roman national catalan

Il y a quand même quelque chose qu’on ne peut pas contester, c’est la réalité du sentiment indépendantiste en Catalogne, ça on ne peut pas l’enlever à Carles Puigdemont…

C’est vrai, ce sentiment est fort. Quiconque a mis les pieds à Barcelone le sait. 

Sauf, et là je sens que je vais encore me faire des amis… que ce sentiment est fondé, en partie, sur une sorte de reconstruction du « roman national » catalan.

Oui, il y a une identité, une langue, une culture. Mais de là à laisser penser, comme le fait Puigdemont, qu’il y aurait une Catalogne héros de la démocratie, face à une Espagne aux penchants dictatoriaux, alors là il pousse un peu !

1. la Catalogne n’est pas exclusivement un berceau républicain : les élites catalanes n’ont pas toujours été dans l’opposition au franquisme.

2. l’Espagne, malgré son passé autoritaire, sous Primo de Rivera puis sous Franco, n’en est pas moins devenue aujourd’hui une démocratie solide. 

Il y a donc une forme de caricature avec un peu de condescendance côté Barcelone.

Il y a d’ailleurs une plaisanterie de mauvais goût qu’on entend parfois là-bas : « l’Afrique commence au sud de l’Ebre », autrement dit au sud de ce fleuve qui sépare le Nord-Est de l’Espagne, notamment la Catalogne, du reste du pays.

Du coup, on n’en sort pas. Parce que cette reconstruction crée du jusqu’auboutisme.

On n’en sort d’autant moins, mais ça on en parlera une autre fois, que de l’autre côté, le pouvoir central espagnol, Mariano Rajoy, adopte la position identique, par calcul politique pour souder ses troupes.

Autant psychorigide, autant jusqu’au boutiste, usant de l’arrestation et de la matraque.

La matraque dont chacun sait à quel point c’est l’incarnation de la négociation et de la bienveillance…

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