En Autriche, le centre droit du jeune Sebastian Kurz s’impose à nouveau. Mais le jeu des alliances pourrait être rebattu dans ce pays à forte portée symbolique. L’alliance droite / extrême droite est fragilisée et une alliance inattendue droite / écologistes devient possible. C'est "le monde à l'envers".

A seulement 33 ans Sebastian Kurz remporte une nouvelle victoire électorale mais il va devoir faire un choix de coalition
A seulement 33 ans Sebastian Kurz remporte une nouvelle victoire électorale mais il va devoir faire un choix de coalition © AFP / Barbara Loschan / Geisler-Fotopres / Geisler-Fotopress / dpa Picture-Alliance

Pour comprendre, un flash-back s’impose. Il y deux ans, la droite autrichienne du OVP forme, à l’initiative de son chef de 31 ans Sebastian Kurz, une coalition de gouvernement avec l’extrême droite du FPO.

De nombreux commentateurs y voient un signe précurseur, un poste avancé de l’évolution de l’Europe. Le tabou est tombé.  A dire vrai, il était déjà tombé une première fois en 2000 en Autriche, mais cela avait suscité un tollé international. 

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Cette fois, il y a deux ans, pas de tollé, l’affaire semble sceller la progression alors irréversible des extrêmes droites et leur vocation, dans la foulée d’Orban en Hongrie, à s’allier à la droite.

Et on parle bien là d’une extrême droite autrichienne aux positions radicales : anti-Islam, anti migrants, et volontiers nostalgique d’Hitler de temps à autre. L’Europe, dans son centre même, cette MittelEuropa tellement importante dans l’Histoire du continent, semble basculer, à nouveau vers l’extrémisme.

Nous voilà deux ans plus tard. Et le paysage a changé.

Sondage sortie des urnes chaine ORF
Sondage sortie des urnes chaine ORF

Le laboratoire a du plomb dans l’aile. Les partis d’extrême droite n’ont pas eu les succès qu’ils espéraient aux élections Européennes. Aux Pays-Bas, ils reculent ; en France ils stagnent ; en Italie, Salvini n’est plus au pouvoir.

Et voilà qu’en Autriche, l’extrême droite, hier, recule de 10 points ! Revenue à 16 / 17%, notamment après un scandale qui a vu son ex leader prêt à être corrompu par un faux oligarque russe.

La poussée spectaculaire des Verts

D’où l’hypothèse d’un autre laboratoire, toujours en Autriche: la presse autrichienne, aujourd’hui, se passionne pour ce scénario : une coalition droite / écologistes. Cette option, on ne l’a pas vu venir, parce qu’on était aveuglé par la précédente, l’axe droite / extrême droite.

Mais elle est possible. Pour plusieurs raisons. D’abord pour une histoire d’arithmétique : le centre droit l’emporte largement avec 37% des voix, mais n’a pas la majorité à lui seul. Il lui faut un allié.

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Et les Verts autrichiens enregistrent la plus forte progression du paysage politique, 10 points, à 14%. Dans 7 arrondissements de la capitale Vienne, ils arrivent même en tête en dépassant parfois les 30%. Même phénomène, dans les grands centres urbains, qu’en France et en Allemagne.

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Résultat : le centre droit de Kurz, avec ses 71 députés, aurait la majorité, soit en s’alliant à nouveau avec l’Extrême droite, soit en s’alliant cette fois (virage à 180 degrés) avec les Ecologistes, qui vont compter une grosse vingtaine d’élus.

Deuxième raison : la question environnementale, en Autriche comme ailleurs, gagne du terrain. Elle a devancé la question migratoire lors de la campagne. Et l’Autriche est déjà un leader européen de l’agriculture bio et de la consommation d’énergies renouvelables.

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Troisième raison : Sebastian Kurz n’est pas tout à fait celui que l’on a décrit en se focalisant sur son alliance avec l’extrême droite. Il est, c’est vrai, très ferme sur la question migratoire, mais il est résolument pro-Européen, opposé à la sortie de l’euro, et il a voté les sanctions contre le Hongrois Orban. Il est donc en partie compatible avec les écologistes.

D’ailleurs les Verts autrichiens se disent prêts à discuter : ils se moquent un peu du curseur droite gauche, contrairement aux Verts français.

Un symbole en jeu

Évidemment, c'est de la politique fiction, on n’en est pas là. Il y a plein d’obstacles.

Le centre droit de Sebastian Kurz reste opposé à des mesures emblématiques réclamées par les Verts, comme la taxe carbone ou la taxe diesel. De façon plus globale, ces deux partenaires éventuels auraient du mal à s’entendre sur la politique économique. C’est un peu une alliance de la carpe et du lapin.

Et puis Sebastian Kurz est un calculateur opportuniste : il fera d’abord le pari qu’il juge le plus efficace. Ses vrais choix sincères restent un peu mystérieux. Les négociations, dit-on, pourraient donc durer des mois.

Mais le fait est là : après ce scrutin, l’hypothèse d’une coalition droite -écologistes n’est plus absurde.  C’est sans précédent en Europe. Le laboratoire autrichien est donc à l’œuvre, mais peut-être pas dans le sens dont tout le monde cause depuis deux ans.

Et le choix de Sebastian Kurz, continuer à s’allier avec l’extrême droite ou se tourner vers les Ecologistes, enverra un signal bien au-delà des frontières autrichiennes.

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