Lors du traditionnel discours de l'état de l'Union la nuit dernière, Donald Trump a adopté un ton apaisé et conciliant. N'est-il pas temps d'arrêter systématiquement de dire du mal du président américain, c'est la question du "monde à l'envers" aujourd'hui.

Donald Trump lors du discours de l'état de l'Union
Donald Trump lors du discours de l'état de l'Union © Maxppp / SHAWN THEW/EPA/Newscom/MaxPPP

En un an, c’est devenu un sport médiatique : se payer Trump, dire qu’il raconte et fait n’importe quoi. Allez tiens, « faisons-nous plaisir, payons-nous Trump, ça ne mange pas de pain ! » 

On prêche aux convertis, ceux qui pensent déjà pis que pendre du président américain.

Mais ça n’aide pas à comprendre la situation. 

Comprendre la situation, c’est d’abord enfoncer une porte ouverte et ce n’est pas un rappel inutile : Donald Trump a été démocratiquement élu 45ème président des Etats-Unis !

Donc il est là.  Il est là et une grande partie de son électorat est toujours derrière lui un an après.

39% de côte de popularité, ce n’est pas le Pérou, mais ce n’est pas dramatique non plus. 

Ça s’effrite un peu chez les jeunes, mais ça reste solide dans le socle de son électorat, blanc et populaire. Cet électorat continue de lui faire confiance et d’apprécier son côté transgressif face aux élites de Washington.

D’ailleurs, en face, comme en effet miroir, l’opposition démocrate demeure incapable de faire son autocritique. Incapable de s’adresser aux classes populaires en dehors des minorités ethniques. 

Donc point numéro un : si on veut comprendre Trump, admettons une bonne fois pour toutes qu’il est là et arrêtons d’avoir des a priori négatifs sur tout ce qu’il raconte

Dans la tradition des Républicains

Point numéro deux: il ne raconte pas que du grand n’importe quoi. Il lui arrive de dire des choses vraies et d’être cohérent.

Examinons justement ce discours de l’état de l’Union de la nuit dernière.

D’abord, le ton, la forme : plutôt convenu, apaisé, style main tendue à l’opposition démocrate !

Vous allez me dire : oui mais le discours de l’état de l’Union c’est toujours comme ça, c’est un « Bisounours » consensuel pour dire que l’Amérique c’est formidable ! C’est vrai, sauf que là c’est Trump, le lonesome cowboy, le prétendu incontrôlable !!! Et il passe sous les fourches caudines, vous imaginez ?

Bon ensuite le fond. Il parle économie. Il dit : 2 millions 400.000 emplois créés depuis mon arrivée. Et bien c’est vrai. Il dit : la Bourse se porte comme un charme. C’est vrai. Il dit : je réforme la fiscalité. C’est vrai.

Plus fort, sur l’immigration. Il dit à l’ensemble des congressistes : passons un accord, let’s make a deal !

"Je veux construire un mur pour nous séparer du Mexique, mais je propose en échange de régulariser 1 million 800.000 immigrants, dont les célèbres Dreamers, ces enfants entrés sur le sol américain avec leurs parents".

Alors là on fait pause et on s’arrête quelques secondes : régulariser 1 million 800.000 immigrés en situation irrégulière ! Calculette et règle de trois, on transpose ici : en France, l’équivalent ce serait 400.000 régularisations d’immigrés ! Qui en France assumerait une telle position ? 

Et sinon quoi d’autre ? Augmenter le budget de la Défense, baisser celui de la santé, privilégier la souveraineté nationale, accélérer la réforme fiscale.

Mais tout cela est terriblement banal pour un dirigeant… du parti républicain ! Si on replace ça dans l’Histoire politique américaine, Trump fait du Bush, du Nixon, du Reagan. En beaucoup moins raide que Reagan d’ailleurs sur la réforme fiscale. Bref il se comporte, je radote, comme un Républicain. Ni plus ni moins.

Dr Jekyll et Mr Hyde

Le souci est ailleurs; le souci c'est qu'il peut-être très incohérent ! Imprévisible, erratique. Ça y est j’ai craqué, je me mets à dire du mal moi aussi !

En fait, on ne sait pas quel est le vrai Trump ! Celui des discours officiels à la tribune, Dr Jekyll.

Ou celui des tweets incendiaires, Mr Hyde.

Qui est Trump ? Celui qui veut un dollar fort ou un dollar faible ? Celui qui veut cogner la Corée du Nord avec la bombe ou qui appelle, comme la nuit dernière, à la retenue sur le nucléaire ?

Celui qui veut mettre fin à l’accord commercial nord-américain l’Alena, ou celui qui veut le sauver ?

Etc. On ne sait pas !

Mais de toute façon, il en découle une conclusion importante : les Etats-Unis ne sont plus fiables comme leader mondial. Et c’est une occasion rêvée pour d’autres acteurs de grandir : par exemple l’Europe, l’Inde, la Chine.

A condition quand même d’en avoir le temps. Parce que Trump, dans un moment Mr Hyde, peut confondre le bouton Twitter et le bouton bombe H sur la Corée du Nord… 

Et alors là, comme dirait La Fontaine, adieu veaux vaches cochons couvée... 

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