Qui affrontera Donald Trump côté démocrate en 2020 ? Une femme ne cesse de monter dans les sondages : Elizabeth Warren. La sénatrice du Massachusetts est une figure de la gauche du Parti démocrate. Mais son programme inquiète même de nombreux adversaires de l’actuel président.

La candidate Elizabeth Warren lors d'un meeting en Caroline du sud le 26 octobre
La candidate Elizabeth Warren lors d'un meeting en Caroline du sud le 26 octobre © AFP / Sean Rayford / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Elizabeth Warren est encore assez méconnue en France. On en parle beaucoup moins que ses deux principaux rivaux démocrates : le vétéran Joe Biden, ancien vice-président de Barack Obama, et Bernie Sanders, héros de la gauche américaine, finaliste inattendu en 2016, battu par Hillary Clinton. Mais la courbe de ces deux hommes dans les sondages pour l'élection présidentielle de 2020 est en baisse. Celle d’Elizabeth Warren au contraire ne cesse de monter. Dans certaines enquêtes, elle est passée devant Biden et devance Donald Trump en cas de face-à-face.

Warren a 70 ans. Cheveux courts, lunettes, silhouette fine. Un look de prof de fac, diront certains. Bien vu : elle a enseigné le droit à Harvard.  Elle se fait un nom au moment de la crise financière de 2008. Elle appelle alors à une meilleure régulation des marchés. En 2010, le magazine Time la surnomme "la shérif de Wall Street".

Elle entre au Sénat en 2013. On dit beaucoup que ses convictions de gauche trouvent leurs racines dans son enfance, dans une famille modeste de l’Oklahoma. Elle a 12 ans quand son père tombe malade après une crise cardiaque. Sa mère doit travailler pour éviter à la famille de tomber dans la pauvreté. On dit moins que Warren a longtemps été Républicaine, jusqu’au milieu des années 90. Elle se présente toujours comme "capitaliste jusqu’à la moelle", tandis que son rival Bernie Sanders se dit "socialiste".

Réformes radicales

Mais aujourd’hui, son programme est résolument à gauche. Warren s’appuie sur un constat : les Etats-Unis sont le pays riche le plus inégalitaire au monde. Son programme tient en trois mots : réguler, réguler, et réguler.

Elle veut scinder les banques : activités de dépôt d’un côté, et d’investissement de l’autre. Elle s’attaque aux grands groupes, notamment aux géants de la tech. Elle souhaite démanteler Google, Amazon, et surtout Facebook, sa cible préférée, un mastodonte qui "sape notre démocratie", selon Warren.

La sénatrice démocrate veut aussi nationaliser l’assurance-maladie, une idée défendue par Sanders. Elle souhaite augmenter les petits salaires et taxer les plus riches : un impôt de 2% par exemple sur les patrimoines supérieurs à 50 millions de dollars. Elle promet des réformes pour protéger l’environnement, favoriser les énergies propres, comme l’interdiction de la fracturation hydraulique qui permet d’exploiter le gaz de schiste. 

L’ennemie de Wall Street

Tout cela est révolutionnaire aux Etats-Unis. Les supporters d’Elizabeth Warren louent son intégrité, sa capacité de travail, et son flegme. Lors du dernier débat entre démocrates, elle est restée stoïque face aux critiques de ses rivaux. Et ces critiques sont nombreuses. Warren agace au premier chef le "big business" et Wall Street. Et on reste poli ! Tout le monde ne l’est pas : le milliardaire américain Leon Cooperman, gestionnaire de fonds, estime par exemple, tout en nuances, qu’Elizabeth Warren "chie sur le putain de rêve américain" en s’attaquant aux riches.  Il prédit une chute des indices boursiers de 25% si elle est élue.

Pour de nombreux économistes, Warren va trop loin et son programme coûte trop cher.  Comment financer toutes ces mesures ? Des électeurs des classes moyennes craignent de devoir eux aussi payer plus d’impôts. Elizabeth Warren a des contradictions. A la fois libérale quand elle veut favoriser la concurrence, et protectionniste quand elle promet de protéger l’industrie américaine.

Elle a enfin des handicaps dans cette campagne. Elle a longtemps revendiqué des origines amérindiennes. Un test ADN n’a identifié qu’une très lointaine ascendance. Donald Trump la surnomme depuis Pocahontas. Il aurait des arguments face à elle si elle remportait la primaire. Mais entre l’insipide Joe Biden et le radical Bernie Sanders, Elizabeth Warren est sans doute aujourd’hui le meilleur espoir démocrate pour 2020.

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