Juliette Arnaud débute une semaine spéciale Françoise Sagan : aujourd’hui, une drôle de comédie en plein exode, juste après une drôle de guerre, et le gratin parisien se réfugiant chez des paysans...

Être un écrivain majeur, c’est chouette. Être célèbre est dès lors une conséquence à peu près inévitable. Voir ensuite apposer à son nom des clichés, totalement inéluctable. Et ça donne : Balzac et ses hectolitres de café, Proust et son asthme, Colette et ses 30 millions d’amis, Maupassant zinzin et Zola obsédé sexuel. Quant à Sagan, qui a le malheur d’être une enfant du XXème siècle (donc photos, reportages, interviews) c’est le pompon sur la Garonne : voitures qui vont vite, cigarettes et whisky, boites de nuit, Castel et Saint Tropez, oh le charmant petit monstre, cocaïne, merci bonsoir.

Et la littérature dans tout ça ? Ben on ne sait plus trop. C’est même à se demander comment la dame a pu trouver le temps d’écrire une vingtaine de romans, des tas de nouvelles, de pièces de théâtre, de biographies. Mieux, une vingtaine de romans ET une trilogie guerrière. C’est à dire trois romans dont l’intrigue s’inscrit pendant la seconde guerre mondiale. Les deux autres quand la France est allemande, celui-là Les Faux Fuyants juste avant. En juin 1940, pendant l’Exode. Juste après la Drôle de guerre. Celle qui avait commencé le 3 septembre 1939. On avait pris la confiance, à l’image de notre ministre des finances Paul Reynaud qui disait « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts ». 

En guise de quoi, en juin 1940, les armées allemandes sont aux portes de Paris, deux millions de parisiens prennent la fuite, soit les deux tiers de la population parisienne - à-côté le premier weekend du premier confinement c’est clairement de la gnognote - et les plus forts comme nous le savons tous à présent ne furent finalement pas les plus forts.

Mais dans le roman, nous n’en sommes pas là, le 17 juin discours de Pétain, le 18 Juin appel de De Gaule à Londres n’existent pas encore.  

Ce qui existe c’est l’Exode.  

Et dans ce flux chaotique sur une nationale en pleine Beauce, avec des avions allemands qui mitraillent à tout va, une luxueuse voiture, une Chenard et Walcker, quoique rutilante et puissante est coincée comme les autres. En sus du chauffeur, quatre personnes, issue du gratin parisien, deux femmes, deux hommes, deux jeunes gens, deux moins jeunes, tous décidés à gagner Lisbonne où un bateau doit les emmener aux Etats-Unis. Conversation mondaine et snob à l’intérieur de la belle caisse. A l’extérieur de la belle caisse, le son c’est ça : des sirènes montées sur les Stuka, appelées Trompettes de Jéricho, afin de terroriser les gens, juste avant d’être pris sous la mitraille. Et Sagan s’amuse un bon moment à balader le lecteur entre l’inanité de ses personnages et l’horreur de la toile de fond. Parce que oui étrangement Les Faux Fuyants est une comédie. Enfin, c’est AUSSI une comédie, c’est à dire un roman extrêmement drôle, moqueur, à la manière de Sagan, c’est-à-dire que la moquerie n’exclut pas la bienveillance, la bonté. Et pourtant au départ ces quatre-là, on les trouve assez minables.  

Un diplomate dont on se demande pourquoi il n’est pas plutôt occupé à sauver l’honneur de la France, une grande bourgeoise autoritaire et égocentrique, un gigolo fils de bonne famille et imbuvable, et sa source de revenus, une jeune femme molle et mariée à un autre. Oui … voilà …

ils sont si peu aimables qu’on se prend à penser que si un Stuka voulait bien se donner la peine de ne pas les manquer, peut-être qu’on ne serait pas si triste…

Et Be careful what you wish : ça arrive.  

Merci Bisous Merci 

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