Juliette Arnaud poursuit la lecture du roman de Jane Austen, l’écrivaine britannique du XIXe siècle qui a inventé la comédie romantique… Elle reprend au moment où l’héroïne, Anne Eliott, voit revenir son amoureux, le capitaine de frégate qu’elle croyait perdu...

Parce que le capitaine de frégate, Frédéric Wentworth était impétueux, on l’a jugé imprudent. Comme, de plus, il était jeune miliaire et pas propriétaire terrien, on a convaincu Anne la douce, la respectueuse, de lui refuser sa main. 

Elle a plié, mais à l’intérieur, en secret, elle n’a pas su, pas voulu renoncer à lui. 

Résultat, 8 ans plus tard, elle n’est pas mariée, et se trouve réduite à servir son crétin de père, et ses non moins stupides soeurs. 

Résultat, Anne qui, si elle est la plus sensée et fine des soeurs, n’était pas au départ la plus jolie, semble avoir complètement perdu sa fraîcheur - logique elle a perdu sa joie - et là, comble de malheur, revoilà le capitaine de frégate, qui lui a fait fortune, et est toujours aussi brillant, charmant et impétueux. 

Résultat, il fait battre les coeurs des jeunes filles à marier. 

Résultat, lorsqu’Anne et Frédéric se croisent, Anne le coeur en vrac constate in petto : « Dire qu’ils avaient été tout pour l’autre. Et maintenant, rien ! ». (ceux qui n’ont jamais croisé un ex un jour où ils ressemblent à un tas de coquillettes trop cuites ne peuvent pas comprendre). 

Si de surcroît, je vous précise que tout ça se déroule dans la campagne anglaise, dans la langueur mélancolique de l’automne - traduction : c’est l’humidité comme si François Hollande saluait le soldat inconnu mais tous les jours - il te prend comme une petite envie sournoise de te faire les veines. 

Et puis, mine de rien, Jane Austen nous rappelle que les révolutions ne se font pas toujours à coup de prise de Bastille et de têtes de roi qui arrêtent d’être accrochées à leur cous. 

Elle écrit : « On l’avait contrainte (Anne) à la prudence dans sa jeunesse, et en prenant de l’âge, elle apprenait à aimer le romanesque, suite naturelle d’un commencement contre-nature ». 

Comment elle disait déjà la musicienne? Une autre Anne…  

La dame qui vient de nous quitter, celui qui savait dire les femmes, toutes les femmes, même celles qui doutent : « J’étais celle qui attend/Mais je peux marcher devant/J’étais la bûche et le feu/L’incendie aussi je peux ». 

« L’incendie aussi, je peux », il me semble que ça vaut « Yes we can », non? je pose ça là gentiment, chacun voit, on n’est pas obligé d’avoir tous le même poney de bataille. Sinon, l’incendie … 

Entendons-nous, l’incendie interne, toujours pas le spectaculaire, pas le grand incendie de Chicago ou celui de Notre-Dame : ça se révolte, ça se réveille mais caché; à la Phèdre, vous vous souvenez, c’est fameux, c’est la passion amoureuse à la française « Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler, je sentis tout mon corps et transir et brûler ». 

Eh bien non, nous les français, n’avons pas le monopole de ce genre de feu. 

Pour Anne, à l’anglaise, sous la plume de Jane Austen, c’est pareil. Lorsqu’elle croise le capitaine de frégate, 8 ans plus tard, sans avoir pu s’y préparer, Jane Austen écrit : « Pendant quelques minutes sa vue se brouilla, tout devint confus ». 

Bref, Anne est en mouvement, le rose revient sur ses joues, la lumière dans ses yeux, pourquoi? Deux choses concomitantes : si les petites jeunes filles sont à fond sur le capitaine de frégate, il semble que lui persiste à garder un oeil, même vexé, même vénère, sur Anne, et dans le même temps, un cousin d’Anne, futur héritier du château de son crétin de père - oui les filles ça n’hérite pas des châteaux à l’époque - entreprend une cour sérieuse auprès d’Anne et de sa famille. Le cousin est pas mal de sa personne, il est affable et mesuré, la famille d’Anne semble très favorable à celui-ci. 

Alors douce Anne? « L’incendie je peux », on y est ou pas? 

Merci bisous merci

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