Juliette Arnaud continue cette série sur Françoise Sagan : une voiture se plante, comme par hasard, les riches s'en sortent mieux que les pauvres. Mais c'était sans attendre un remake de "l'Amour est dans le Pré" en fusion avec "Martine à la ferme"....

Le Stuka ne loupe pas la Chenard et Walcker. Elle va marcher beaucoup moins bien, forcément. Ses passagers, ceux vivants, s’en extirpent tant bien que mal. Et puis, il y en a un qui ne vit pas, enfin plus, c’est le chauffeur, Jean. 

Bordel mais elle est où la décence? Pourquoi est ce lui, le travailleur, qui meurt au bord de cette nationale alors que l’été arrive et que les autres dans la voiture, les riches, ceux qui ne se sont que donné la peine de naître qui s’en sortent? 

C’est que la décence, le Hasard il en a rien à cirer. Et je cite Françoise Sagan, le hasard qui frappe Jean : « un hasard pas plus imbécile que tous ceux de la fatalité, mais auquel la cruauté de la guerre donnait une imbécillité et une indécence plus outrées encore ». N’allez pas croire à la suite de ces mots que Sagan s’y résout stoïquement à la mort, c’est autre chose.

Vous noterez le magnifique, enfantin et conclusif « Et puis c’est tout ». Ça a l’air bien léger, ce n’est qu’un air, une politesse. Sagan est une écrivaine excessivement polie. A partir du moment où la voiture est plantée, et Jean le chauffeur mort, les choses s’accélèrent. Dans ce chaos arrive un jeune paysan avec sa carriole et ses chevaux qui accepte d’aider les survivants. C’est à dire de les amener à sa ferme. Pour les mettre temporairement à l’abri. C’est que parmi les survivants il y a une survivante, Luce, dont la beauté n’a pas laissé insensible Maurice. Oui, le jeune homme s’appelle Maurice.  

Et ces quatre là, dont la connaissance de la vie dans une ferme commence et s’arrête sensiblement à la lecture de Martine à la Ferme ( qui est, pour les jeunes, l’équivalent en terme de réalisme documentaire de L’amour est dans le pré) vont devoir participer. 

Parce que comme le leur dit assez rapidement Arlette, la mère de Maurice : « Ici ce qu’on mange, on le gagne ». Et ça va leur faire tout drôle, à ces oisifs …. D’autant que le mois de juin, c’est le moment des moissons, et que la ferme tenue, par la main ferme d’Arlette, est sans hommes : le père et le fils aînées ne sont pas encore revenus de la drôle de guerre. Ça risque d’être croquignolet ces gens là sous une chaleur de bête aux prises avec notamment une moissonneuse/batteuse/ lieuse. 

Ça pourrait être du Despentes in _Bye Bye Blondi_e : « Les clichés ne sont pas des fantasmes et les riches sont comme on les imagine, imbuvables, laids et contents d’être là. »

Mais là on est chez Sagan, qui, elle-même, vient d’un milieu pas si éloigné, la grande bourgeoisie, et qui sans manquer de clairvoyance, aime aimer ses personnages. Ou plutôt rechigne à les laisser totalement antipathiques. Alors elle se moque mais ne les enterre pas, leur donne une chance d’être pas si pires… Et les passagers de la Chenard et Walcker de relever leurs manches, avec plus ou moins de courage et de talent. En attendant de trouver une autre voiture pour rejoindre le bateau sensé les emmener en Amérique. Sauf que … Vendredi … 

Merci Bisous Merci

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