Juliette Arnaud nous raconte la fin du roman qu'elle a lu cette semaine...

Anne Eliott, qui au début tenait peu ou prou de Cendrillon, se trouve au milieu du roman dans une toute autre configuration. Deux hommes, l’ancien amoureux éconduit et le cousin héritier, lui font la cour. 

Deux c’est souvent un de trop, même Catherine dans Jules et Jim ,autre figure héroïque féminine littéraire, mais un siècle plus tard, et quoique semble indiquer le titre, ne fait jamais Jules en même temps que Jim et Jim en même temps que Jules. 

Bien. Ceci posé comment on fait la soustraction? 

Comment Anne va-t-elle choisir? Quel mouvement de coeur va faire l’opération mathématique nécessaire? 

Ecoutons Jane Austen le décrypter quand elle observe le cousin héritier du château et favori de sa famille : « Jamais le bonheur ou le malheur d’autrui ne provoquait chez lui de transport, d’explosion d’indignation, ou de joie. Au regard d’Anne cela constituait un indéniable défaut …elle sentait qu’elle pouvait bien davantage se fier à la sincérité de ceux qui parfois se rendent coupables d’un regard ou d’un mot imprudent qu’à une présence d’esprit inaltérable ». 

Voilààààà! Voilà pourquoi je choisis, moi, Anne de Persuasion, avant Elisabeth (in Orgueil et Préjugés) avant Elinor ( in Raison et Sentiments) ou Emma (in Emma). 

Anne et ses soeurs de papier Elisabeth, Elinor, Emma et les autres toutes dans la nécessité de se marier, car comme le notait ironiquement Jane Austen dans un autre roman « Les femmes célibataires ont une épouvantable propension à être pauvres, ce qui est un argument très sérieux en faveur du mariage ». 

Anne et ses soeurs inventées par une femme qui, elle, ne s’est jamais mariée. Appropriation culturelle ? Oui, je suppose qu’on peut dire ça, même si c’est un épouvantable anachronisme. Jamais mariée, pauvre donc.  

Fille de pasteur, comme les soeurs Bronté, dans une famille de 8 enfants, pas bien riche donc, mais le pasteur a une belle bibliothèque et Jane lit. 

Et mieux : tout le monde écrit dans cette famille, des sermons pour le père, des essais pour les frères, des vers, des pièces de théâtre tous ensemble, mais c’est Jane qui devient l’écrivaine. A la mort précoce du père, Jane est encore plus pauvre et c’est grâce à ses frangins, qu’elle survit. Qu’elle peut, sur un coin de table, sans chambre à elle, continuer à écrire. Et à écrire des histoires de filles qui, elles, se marient à un moment ou à un autre. Pour ce faire, elle observe, se moque, ne s’illusionne guère sur la nature humaine, et mine de rien dresse des portraits fulgurants de vérité éternelle. 

En relisant Persuasion, une description m’a fait sursauter. On croyait que la psychiatrie moderne avait inventé la notion de Pervers Narcissique. T-t-t-tttttt. Faux menteur 13 à table. 

In Persuasion, 1818 : « C’est un homme qui n’a ni coeur, ni conscience, quelqu’un de rusé, de circonspect, de froid, qui ne pense qu’à lui, qui, lorsque son intérêt ou son confort est en en jeu, est capable de toutes les cruautés, de toutes les traitrises. Il est insensible à la douleur d’autrui. Il ne peut être touché par aucune considération de justice ou de compassion ». 

Jane Austen, docteur en psychiatrie? Reçue! 

Maintenant que justice est faite, reste à savoir lequel des deux soupirants d’Anne se cache sous cette description funeste. Moi bien sûr, je le sais. Et je pourrais vous le dire. Mais je ne vais pas le faire, aussi vrai - et les ivrognes le savent bien - que manger c’est tricher, divulguer c’est péché. 

Merci Bisous Merci

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