Juliette Arnaud nous fait (re)découvrir ce roman majeur de la littérature, dans lequel l'écrivain narre l’histoire de la Russie à l’époque de Napoléon Iᵉʳ, et notamment la campagne de Russie en 181...

Qu’est ce qu’il y a dans cet énorme livre? 

La guerre, la guerre, la guerre et pas tant que ça la paix. Ne commençons pas l’année en se tirant les cartes entre gitans, alors deux choses :  Oui, on est dans une stratégie dite du mollo paulo au niveau de la vaccination  ET oui, la Guerre et la paix ça cause de la guerre. Mais, attention conjonction de coordination qui n’est pas là pour beurrer les tartines : la guerre sur 2000 pages, soit, MAIS Léon Tolstoï n’est pas un boutefeu, un va-t'en guerre, il ne l’aime pas, la guerre, c’est qu’il la connait intimement : il l’a faite. Pas celles qui nous occupent, celles qu’on a apprises en classe de Première, les Guerres Napoléoniennes, celles qui servaient, je vous le rappelle, à servir la Grandeur Nationale. Même si vous avez été super attentifs en classe de première, même si vous avez une mémoire impeccable, ou encore que vous connaissez par coeur Victor Hugo : 

Ce siècle avait deux ans/ Rome remplaçait Sparte/Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte/Et du premier consul, déjà, par maint endroit/ Le front de l’empereur perçait le masque étroit

Bon ben là, au début du roman, l’empereur a tout à fait percé, il ne fait plus semblant de faire le Consul, l’ex enfant des armées révolutionnaires (oui oui révolutionnaire qui vient du mot Révolution) : il est empereur (comme dans Autocratie) mais on n’est pas chez Hugo, on est chez Léon Tolstoï, alors tous ces noms, Austerlitz, la bataille de la Moskova, ben ça sonne pas pareil. Souvenez vous : enfants c’est indien qu’on voulait être alors que culturellement on aurait dû se senti plus proches des cowboys, qui eut ont des selles, par exemple. Pourtant c’est indien qu’on choisissait en règle générale. 

La guerre et la paix reproduit ce prodige : au fil des pages, on n’est plus français, on est russe, on est nimbé de l’âme russe et plus jamais vous n’appellerez la bataille de la Moskova autrement que la bataille de Borodino. Mais je vais trop vite. Borodino c’est 1812. Et au début du livre on est en Juin 1805. 6 mois avant la bataille d’Austerlitz. Et si vous aviez la trouille d’une vieille chose solennelle et pénible, le roman attaque par un dialogue. Un dialogue??? Un roman du XIX ième siècle qui commence par un dialogue? Pas par une description sans fin qui te sèche d’entrée de jeu? Non, par un dialogue. Dans un salon mondain à Pétersbourg, où une dame espère la guerre pour que cessent "les atrocités de l’antéchrist". Et c’est qui l’antéchrist ? C’est Napoléon, notre grand empereur. Et tout le beau monde autour de la dame a l’air d’accord, la guerre la guerre la guerre. 

Sauf deux jeunes hommes. Un bien né, il s’appelle le Prince André Bolkonsky, il est officier, "un beau visage aux traits secs" et surtout :

Il connaissait tous ceux qui se trouvaient dans le salon et il en avait par dessus la tête au point d’éprouver à les voir, et à les entendre un accablant ennui. 

Un moins bien né, puisque bâtard d’un comte richissime, grand, gros, pataud et myope. Et tous deux sont plutôt team Bonaparte, l’enfant de la Révolution. Epatés aussi par ses victoires, bien sûr, ils sont jeunes... Et n’écoutent que distraitement le vieux Prince, le père d’André qui lui dit : «Ses soldats sont excellents et pour commencer il a attaqué les allemands. Et qui donc n’a pas battu les allemands hors les fainéants ? Depuis que le monde est monde on bat les allemands, et eux ils ne battent jamais personne sauf quand ils se font la guerre entre eux». Vu de 2020 c’est un peu rigolo. Et c’est que le début... 

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