Le grand classique de Charles Baudelaire expliqué par juliette arnaud

Ah ce titre! … Peut-être le moins menteur de tous les titres de la littérature, à part, bien sûr, Oui-Oui et la gomme magique, 1954, Enid Blyton, où effectivement Oui-Oui a une gomme et cette gomme est …magique.

Le moins menteur, et rien d’exagéré, pour tenter un parallèle avec notre vocabulaire contemporain, en liant deux termes antinomiques. Par exemple :

Les bébés chats du vice 

Ou encore 

Les Mamines du pus

C’est bien de ça dont il s’agit : lier le beau avec le mal.

Piétiner allègrement la tradition platonicienne qui veut que le beau le bien le vrai sont sensés aller ensemble. Le mal, le péché peuvent être le beau.

Et, peut-être vivons nous le meilleur moment pour capter les huiles essentielles de ces fleurs maladives. Peut-être ce confinement usant, stérilisant, assourdissant suppure l’éclairage idéal pour ce "Le Dieu de l’impuissance", ce barde du crépuscule. 

Au hasard des poèmes, je picore des vers (si, si, j’ai le droit, et non, non je ne fais pas de jeu de mots) :

  • "Le printemps adorable a perdu son odeur", strike. 
  • "Moi, mon âme est fêlée", bingo! comme nous, Charles, comme nous. 
  • "Sois sage, ô ma douleur, et tiens toi plus tranquille", notre prière tous les jours …

Et puis, Baudelaire n’est pas grand fan des interdits, dont notre confinement est farci : Les Fleurs du Mal à leur première publication sont immédiatement censurées, et condamnées, en partie à cause d’un méchant article dans le Figaro : outrage à la morale (même magistrat que pour Madame Bovary).

Baudelaire ne s’en réjouit pas pour autant, il ne trottine pas de partout dans Paris en bramant, comme dans Mes meilleurs copains : "Naneeeette ! Le Figaro nous insulte! ".

6 poèmes sont retirés, 6 poèmes nommés par Charlie les épaves, dont un a littéralement harponné mon attention avec son titre : A celle qui était trop gaie … 

Comment? quoi ?qu’est ce que c’est? et puis elle rit trop fort aussi, non??!

Il commence avec des quatrains portant inoffensifs 

Ta tête, ton geste, ton air  
sont beaux comme un beau paysage  
le rire joue en ton visage  
Comme un vent frais dans un ciel clair 

Et puis, rapidement, sans prévenir, ça se tend : 

Folle dont je suis affolé  
Je te hais autant que je t’aime

Et on arrive aux 3 derniers quatrains : 

Ainsi je voudrais, une nuit  
quand l’heure des voluptés sonne  
Vers les trésors de ta personne  
Comme un lâche ramper sans bruit 

Tu le sens venir le film qui bascule dans l’horreur?

Pour châtier ta chair joyeuse  
Pour meurtrir ton sein pardonné  
et faire à ton flanc étonné  
Une blessure large et creuse 

Et, vertigineuse douceur!  
A travers ces lèvres nouvelles  
Plus éclatantes et plus belles  
t’infuser mon venin, ma soeur

Alors … que dire ? Bonne chance aux professeurs qui devront la même année expliquer à des gosses de 17 ans ET le mot Féminicide ET l’art de la transgression … 

Merci bisous Merci

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