"Il n’est évidemment pas trivial, mais surtout il n’est jamais paresseux". 'Une deuxième femme', un mélange de thriller psychologique et de polar féministe, à lire et à relire sans modération !

S’il y a bien une chose que je déteste dans les films porno, c’est cette scène récurrente : un type arrive, il dit « Oulala y fait chaud, non? » et il enlève son slip. De là multiples intrigues, et autres courses-poursuites, mais à mes yeux c’est pas ça l’important.L’important c’est cette couillonnade de base : PERSONNE n’enlève son slip sous le prétexte grotesque qu’on a passé 27 degrés. Et ça, c’est la malédiction du Deus Ex Machina. Expression théâtrale, le Dieu qui descend des cintres pour régler le conflit, comme de par hasard, et c’est très agaçant parce qu’en vérité c’est une paresse scénaristique opportune pour auteurs en panne. Exemple : il faut que l’acteur enlève son slip pour des raisons évidentes de pornographie, alors il dit que la chaleur est insupportable. 

Ce roman est exactement l’inverse. Il n’est évidemment pas trivial, mais surtout il n’est jamais paresseux. Et pourtant il est audacieux, il est même acrobatique, comme un vrai bon polar, il ne t’ôte ton bandeau de devant les yeux que lorsqu’il le veut, à l’allure millimétrée par l’écrivaine, l’oignon qui n’en finit pas de perdre ses couches. Je tiens à l’oignon, ce beau légume, pensez une seconde à sa merveilleuse et pourtant sobre architecture. L’acrobatique certes, ce roman oignon, cependant sa lecture n’en est ni tranquille ni attendue, mais le respect est absolu pour l’intelligence du lecteur. Athéna ne débarquera pas pour régler le drame. 

Quel drame alors ? Une femme, Sandrine, qui veille amoureusement sur un homme éploré et son petit garçon mutique. Les pleurs et le silence parce que leur femme et mère a disparu. Deux ans plus tôt. Bon. La nature a horreur du vide, on le sait bien, donc le drame est réglé alors? Ben .. pas trop trop. Parce que la disparue revient. Sans mémoire mais elle revient. Et puis, l’autre drame : depuis le début de l’histoire, Louise Mey avec une troisième personne du singulier extrêmement proche, si proche que Sandrine nous semble familière, nous décrit une femme à la fois pleine de compassion et de bonté, « Sandrine est gentille et ne sait que se noyer pour que les autres nagent » mais aussi une Sandrine avec une voix intérieure qui ne cesse de lui dire : 

« Grosse vache, grosse conne, grosse moche ». Cette voix intérieure, la vision de Sandrine d’elle-même pourrait même nous faire croire que Sandrine n’est pas aimable. Au sens premier du terme, digne d’être aimée. Et puis, et puis, comme ça, c’est une toute petite chose, une parole échappée par un témoin, on comprend que Sandrine ne se voit sans doute pas comme elle est. Qu’elle est atteinte de ce truc au nom savant La Dysmorphophobie, la crainte obsédante d’être laid ou mal formé. 

Ca à l’air idiot et/ou inoffensif comme trouble ? Vu le nombre de femmes qui en sont atteintes, et qu’elles taisent, comme un sale petit secret honteux, peut-être… Sauf que Sandrine croit fermement à d’autres choses fausses comme par exemple qu’ « un homme qui pleure ne peut pas faire de mal à une femme ». Et ça, c’est une énorme connerie. 

Et si l’homme qui pleure ne chouinait que sur lui-même? Et si la première femme retrouvait la mémoire, toute sa mémoire et surtout celle des circonstances de sa disparition ? Et si on relisait le titre exact du roman? La « deuxième » femme. Pas la seconde, c’est à dire aussi la dernière. Non, la deuxième …d’une liste, donc. 

Et comme ça me brûle de vous dire le genre de liste dont il s’agit, comme cette lecture m’a brulée, je vais me taire, non sans dire à Louise Mey, du fond du coeur : Merci Bisous Merci … p275 : « un contact physique de soeur, de chiot, pour qui la proximité de peau est un allant de soi ». p278 « toucher des gens » …

"La deuxième femme" de Louise Mey (Ed du Masque)

Programmation musicale
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.