Le grand classique de Baudelaire expliqué par Juliette Arnaud

Dans la première section qui s’appelle Spleen et Idéal, beaucoup de Spleen. Beaucoup de trésors aussi , de vers qu’on connait, parfois sans savoir qu’on les connaît (c’est ça un classique).

Pouvons nous étouffer le vieux, le long Remords, Qui vit, s’agite et se tortille, Et se nourrit de nous comme le ver des morts

( Je vais te la faire vomir ta raclette, Aimeric)

Ou cette injonction généreuse : « Meurs vieux lâche, il est trop tard » (non, Alex, vous n’êtes pas vieux)

Mais encore, ces vers désarticulés qui traduisent de façon frappante la désarticulation d’un cerveau : 

Et de longs corbillards, sans tambours ni musique  
Défilent lentement dans mon âme; l’espoir  
Vaincu, pleure, et l’Angoisse, atroce, despotique  
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir…

Alors c’est beau mais à quatre jours du bol de sangria (oui je cause du déconfinement, je pratique la métonymie plus une synecdoque à mes heures perdues) je n’allais fermer ce recueil sur une note aussi sombre.

"Il est temps! Levons l’ancre!", disait Charles, sauf que là ça va se réduire dans mon cas à cavaler à l’aube à plus d’un kilomètre de chez moi, certes, sans attestation de sortie, certes derechef, youhouuuuu! et bien lancée, je vais revoir ma dame de fer préférée, la Tour Eiffel, qui n’aura pas bougé d’un pouce. Su-per.

Heureusement, il y a Baudelaire et son classique des classiques, "L’invitation au voyage". Et oui, parce dans Spleen et Idéal, il y a également : idéal. Idéal comme l’amour (sauf que l’amour c’est aussi la tromperie) et comme dans l’art (mais là il y a la douleur de ne pas y arriver). Charles … quel mauvais coucheur tu fais … 

Mais dans cette invitation au voyage, 

Là tout n’est qu’ordre et beauté  
Luxe, calme et volupté  

Ne vous étonnez pas du mot "Ordre", pour Baudelaire c’est important. Majeur même. Avant la beauté. L’ordre qui domestique la beauté, l’art qui ordonnance la nature. Le poète passant qui s’exclut de la foule pour la domestiquer. Le chiffre Trois gouverne ce rêve, ce désir d’idéal, trois fois des strophes, trois fois "l’ordre et la beauté le luxe le calme et la volupté", donnent le rythme bien connu, amoureux et civilisé de la valse. A trois temps.

C’est l’invitation la plus gracieuse qui soit 

Mon enfant, ma soeur,  
songe à la douceur  
d’aller là-bas vivre ensemble  
Aimer à loisir  
Aimer et mourir  
au pays qui te ressemble 

C’est le poème du bonheur amoureux, avec le plat signature de Charles, glisser des notes étranges dans la grâce, et le classicisme, comme ici la formule des "soleils mouillés", pluriel pour l’astre unique, "mouillés" quand on sait bien qu’il ne l’est pas

Et puis, bien sûr, on ne se refait pas : crac! la fausse note, la mouche dans le lait, Baudelaire, amoureux éternellement blessé, il précise "tes traitres yeux". Qu’importe! Il est impérial de douceur son voyage immobile. (oui Charles n’aimait que Paris), Impérial et qui en rappelle d’autres … 

Vivement les poisons dans d’autres villes à plus de cent kilomètres… / "Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau! »/ 

Merci Bisous Merci

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