Deuxième épisode de cette série qui donne la frousse. Juliette Arnaud nous en dit beaucoup, mais jamais trop sur ce tueur-poète vraiment sombre...

Lloyd sur la première scène de crime comprend vite, intuitivement, que c’est pas la première scène de crime. Que l’assassin de cette femme là, Linda, n’en est pas à son coup d’essai. Que des femmes tuées par lui il doit y en avoir d’autres. 

A force de recherches, à rouvrir des dossiers fermés et froids, y compris ceux où d’autres ont conclu à des suicides, il acquiert la certitude qu’il s’agit d’une série. Pire : d’un homme qui prend de la force, de la puissance, de la dinguerie. Qu’il va falloir s’interposer le plus vite possible. 

Sauf que ça n’est, au regard de ses chefs, qu’une intuition. Et on en arrive à la question : pourquoi Llyod sur cette scène de crime initiale voit ce que d’autres ne voient pas? C’est à dire une pièce d’une série. Oui, oui, c’est le Cerveau son surnom, oui, oui, mais ça ne suffit pas. Parce que, et voilà que j’en reviens à ce que je dévoilais lundi : il y a un point commun majeur entre le Poète qui tue des femmes et le flic qui s’interpose. Un traumatisme majeur pour l’un et l’autre, un crime subit par eux dans leur jeunesse. Un traumatisme suffisamment majeur pour qu’ils fassent basculer leurs deux vies.  Dans deux voies différentes voire opposées : le crime - et essayer d’empêcher le crime. 

En gros, Llyod est suffisamment blessé, à vif et intelligent pour trouver la porte d’entrée psychique du tueur. Ce qui faisait dire à JP Manchette en 87 dans le journal Libération : 

« Le roman de James Ellroy, Lune sanglante est passé pour l'instant complètement inaperçu. Il faut donc signaler aux amateurs, pour leur plaisir, qu'il s'agit d'un des plus remarquables romans noirs de la décennie, par sa préoccupation intellectuelle élevée, son  écriture savante, et, pour le dire balistiquement, son épouvantable puissance d’arrêt ». 

« Epouvantable puissance d’arrêt » … (capacité d'une munition à mettre un ennemi hors de combat) Oui, tout à fait, Manchette écrit juste. Ainsi les pages où l’on comprend pourquoi Llyod Hopkins ne supporte pas la musique sont littéralement insoutenables. Et si je ne vous les dévoile pas ici, ce n’est pas pas pour maintenir artificiellement du suspense, mais parce que j’en suis incapable. Tant j’ai eu mal et peur en les lisant. 

Manchette écrit juste, et il écrit ça en 1987. Pendant les années Reagan. Bien avant que le mot Féministe devienne un peu plus à la mode, et ici une femme qui tient une librairie féministe est au centre du roman, elle en est même la clef. Bien avant que le mot « féminicide » s’impose. 

En 1987, bien avant que James Ellroy devienne célèbre en France en publiant notamment L.A Confidentiel et surtout Le Dahlia Noir, mais qui apparait déjà ici, brièvement, au détour d’un paragraphe quand Llyod Hopkins assimile le meurtre de Linda au Syndrome du Dahlia Noir. C’est à dire une femme jeune, atrocement mutilée et dont l’assassinat ne fut jamais résolue. 

L’innocence fracassée au centre des obsessions du tueur, du flic et d’Ellroy lui-même. Linda, Kathy la libraire, les autres, « elles » au pluriel, deux « l » comme dans Ellroy, comme le prénom « Lloyd », toutes ces femmes isolées dans cette immense ville qui est celle du cinéma, industrie qui fait commerce de leurs corps, de leur beauté et de leur innocence. Mais pourquoi Ellroy lui particulièrement écrit ce roman fondateur de son oeuvre à venir autour de ces femmes? Mais parce que lui même enfant a vécu un traumatisme majeur lié à la disparition d’une des ces « elles ». Et qu’il n’est devenu ni tueur, ni flic, mais écrivain.  Quelle est cette « elle »? 

Et là je vais vous laisser en plan …

Merci bisous merci

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