Juliette Arnaud entame la deuxième semaine de lecture de Tolstoï et reprend la lecture au moment où Napoléon et son armée franchissent la frontière russe en 1812...

Le 12 Juin 1812, les armées occidentales (c’est à dire «nous» les français) franchissent la frontière russe et la guerre commence. Forcément plus particulière pour Tolstoï puisqu’elle se déroule sur le territoire russe, de la frontière jusqu’à l’Antique et Sainte Capitale de la Russie, Moscou. Plus particulière pour nous aussi, lectrices et lecteurs  : ça fait mille pages qu’on est là, qu’on veut savoir pourquoi et comment Moscou a brûlé, alors laissez moi vous dire que quand Napoléon franchit la frontière en toute détente, nous (nous les gars aux mille pages) (français ou pas) on est à peu près aussi vénère que si notre voisin avait jugé utile de venir faire caca dans notre lit.

«Des millions d’hommes commirent les uns à l’égard des autres plus de forfaits - mensonges, trahisons, vols, émissions de fausse monnaie, pillages, incendies et meurtres -que n’en contiennent depuis des siècles les archives de tous les tribunaux du monde, cependant qu’au cours de cette période les hommes coupables de ces crimes ne les considéraient pas comme des crimes». Et oui, cette petite finesse qui dit «A la guerre comme à la guerre» et qui te permet de faire de ton pire tout à fait officiellement parce que si c’est toi gagne à la fin, y aura personne pour te dire que t’as triché. Et ne venez pas me dire «Ouais mais maintenant y a des règles tout ça, on peut pas tout faire» parce qu’il y avait déjà des lois de la guerre, dès l’Antiquité même, et ça n’a empêché absolument personne et aucune nation d’inventer des subtilités toujours plus performantes à base d’absence de scrupules, merci beaucoup. 

Où en étais-je? Ah oui, la frontière, la Russie, Napoléon en 1812. «Toute sa personne envahie par l’embonpoint, avec ses épaules larges et grasses, son ventre et sa poitrine pointant malgré lui en-avant, avait cet aspect important que présentent les hommes d’une quarantaine d’années vivant dans le bien-être». 

Quelqu’un se reconnait? Non? je continue... Je récapitule : Tolstoï n’est pas la cheftaine du fan club de Napoléon. Ce n’est pas tant qu’il n’est pas énamouré de notre empereur, ou qu’il est bêtement chauvin, c’est que pour écrire ce livre, quelques décennies après cette guerre, Tolstoï a beaucoup étudié, enquêté, réfléchi et il démonte toute idée de stratégie géniale de la part des français ou des russes. Il démonte aussi les causes de la guerre évoquées par les historiens de son temps, de tous les temps, et qu’on pourrait résumer par cette phrase qui m’a percuté la rétine :  «Tout s’est produit fortuitement». Toute cette boucherie : fortuite. Hasardeuse. Relire tout ça en cherchant de la logique, de la rationalité est stupide et mensonger.  

Ceci étant posé, la lectrice suit tout ça de très très près parce outre des millions d’autres, le Prince André y est aussi. Depuis Austerlitz, il a cessé d’admirer Napoléon, il ne croit plus que la guerre c’est autre chose que le mérite accordé à celui qui a tué le plus de gens. Mais il est là, malgré un seum idéologique considérable, parce qu’il est russe, et qu’il a un autre spleen plus intime : il n’est plus le fiancé de Natacha. Keuaaaaa? Mais non! Mais enfin mais pourquoi?! ils étaient si bien accordés? Alors qu’il aimait si fort l’âme de Natacha, «cette force qui animait son âme, cette sincérité, cette ouverture de l’âme, cette âme même qui semblait liée à son corps», il part à la guerre sans se protéger  : il refuse une place pépère dans l’état major, il insiste pour être à la tête de son régiment. Mais non!  Mais enfin qu’est ce qui s’est passé?

Merci Bisous Merci

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