Pourquoi diable choisir ce roman parmi les vingt des Rougon-Macquart? C’est un classique bien sûr mais il est moins célébré ou connu que "Germinal" ou "l’Assommoir" ou "La bête humaine".

Alors, je réitère, pourquoi diable celui-là ? Parce que le diable, justement… Ah oui, je n’exagère pas, un morceau de Nana au hasard :

Ce fut une jouissance mêlée de remords, une de ces jouissances de catholique que la peur de l’enfer aiguillonne dans le péché

.Jouissance/ remord/ catholique/enfer/péché, en avant Trincamp le jour 1 du déconfinement… (A consommer avec modération, bien sûr). Sauf que je ne crois pas trop trop au diable.

En revanche je crois fermement que Nana à sa manière volcanique et outrageuse - signature d’Emile - est la revanche des victimes de l’Assommoir, de La Bête Humaine, et de Germinal.

Qui peut mieux les venger que leur propre sang ?

Et oui, parce que Nana, "la marquise des Hauts Trottoirs, la rentière de la bêtise et de l’ordure des mâles" est la fille de Gervaise, la demi-soeur d’Etienne (Germinal), de Jacques (La bête humaine), et de Claude (L’oeuvre) et elle va fouler aux pieds - de ses pieds divins et dodus - tout ce que le Second Empire compte de forces dirigeantes, bourgeoises et aristocratiques, jusqu’à ce que ce même Second Empire s’effondre face à l’armée des prussiens.

Bon, on ne saura pas si Nana avait les reins et le reste pour séduire Otto Von Bismarck, elle est en train de mourir quand il arrive en ville.

La blanchisseuse, l’ouvrier syndicaliste, le génie incompris et le mécanicien et assassin seront vengés par la pute.

Ah non, flûte à bec, ne sursautez pas, je ne fais que m’en tenir à la sémantique frontale, crue, du premier chapitre, celui où Nana va débuter en fanfare au théâtre des Variétés, sur les Grands Boulevards, dans le rôle de Vénus, pour une opérette débile, "Depuis longtemps, au théâtre, le public ne s’était vautré dans de la bêtise plus irrespectueuse",

sauf que et je cite le patron du théâtre : 

elle chante comme une seringue, elle joue comme un paquet, elle ne sait où mettre les pieds et les mains.

Et je cite encore le patron du théâtre qui fait monter cette fille-là sur scène devant 1500 personnes chauffées à blanc par un grand tapage publicitaire, "Ne dites pas mon théâtre, dites mon bordel".

Et effectivement Nana est chanteuse ou comédienne comme je suis témoin de Jéhovah.

Mais elle a 18 ans, grande, voluptueuse, blonde, un adorable trou au menton, des grands yeux d’un bleu très clair, et d’un coup de hanche, qui dévoile ce que sa tunique d’inspiration grecque ne cachait déjà pas tellement, avec un rire au coin de la bouche qui montre au public qu’elle n’est pas dupe de son manque de talent, elle te les empoigne fermement à un endroit que ma mère m’a défendue de nommer ici. Nana est lancée, comme on disait à l’époque, comme en vrai, on dit toujours. Mais lancée pour Nana, croyez-moi, c’est pas suffisant. Vengeance, vous dis-je, vengeance! 

Merci Bisous Merci

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