Troisième et dernière chronique qui donne la frousse : "Que la guerre commence" comme dirait notre tueur-poète...

« Que la guerre commence ». Oui, alors non, on n’a pas quitté L.A 1984 pour le Moyen-Age quelque part en Europe, ou pour Les Liaisons Dangereuses (cf les mots de Merteuil à Valmont) mais, lorsque le Poète-tueur percute que Lloyd Hopkins est sur sa piste, c’est ainsi qu’il réagit. Plus précisément, il bute sauvagement une nouvelle victime dans une chambre sordide de motel et de la scène de crime appelle la police et demande à faire passer un message au policier détenteur du matricule 1114. La dame du standard dit « Oui, quel est le message? » et le Poète répond : « Que la guerre commence ». Comme si désormais tout se jouait entre eux eux. Comme si Lloyd Hopkins ne faisait pas partie du LAPD. Comme si le Poète avait saisi que d’une manière secrète lui et le policier étaient de la même race. 

Et pour être honnête, Lloyd Hopkins commence sévèrement à yoyoter. Sa femme a quitté le domicile conjugal en emmenant leurs trois filles, (il est cavaleur comme si c’était son métier, et là sa femme elle est fatiguée), et il se met à avoir des pensées de la sorte : « Il se sent impuissant, assiégé par des forces bien au de-là de ses compétences imaginant une cité des morts coexistant avec Los Angeles, une cité où des femmes au regard terrifié le suppliaient de trouver leur assassin ». Et si cette cité coexistant avec L.A, chimère horrifique, Ellroy n’a aucun mal à la livrer à la lectrice, au lecteur, c’est qu’il la connait la connait intimement. 

Flash-back dans la vraie vie, 1958, LA. James Ellroy est un petit garçon de 10 ans dont les parents divorcent. Un peu chez sa mère, un peu chez son père. Il n’aime pas vivre avec sa mère, elle est libre, elle fait la fête, elle boit trop, elle fréquente des hommes. Il préfère être avec son père.  Tu m’étonnes : son père, baratineur, excellent raconteur d’histoires, un grand gars très beau, hommes à femmes comme on dit, et qui en plus a un programme parental très strict : avoir un chien, lire Playboy et jurer comme un charretier. Oui, au niveau des critères de l’Education Nationale c’est pas terrible, même Omer Simpson est un meilleur père, mais reconnaissez c’est tentant. 

Bref, pile, au moment où le môme pense que ce serait mieux si sa mère n’était pas là, cette mère est assassinée. Brutalement. Bien des décennies plus tard, Ellroy dans un livre dédié à sa mère intitulé magnifiquement Ma Part d’Ombre écrira : « Ta mort a défini ma vie ». Sa mort, son meurtre. Jamais résolu. Comme le Dahlia Noir. Bien des décennies plus tard, c’est à dire après la délinquance, la drogue, la condition de SDF, la case prison, les petits boulots. A l’époque de Lune Sanglante, Ellroy vit encore de son métier de caddie de golf. Retour au livre justement … Avec Lloyd Hopkins 43 ans dépouillé et de sa famille et du LAPD - oui à force de faire le zinzin et le plus malin que les autres, ses supérieurs l’ont quasi viré - Seul face au Poète, planqué quelque part dans la grande ville. Dépouillé, seul, mais aidé et je le cite avec précision histoire qu’on ne m’accuse de rien, aidé par « par une poétesse de gauche et qui hait les flics ». La dame rousse qui tient la librairie féministe et qui est sans le vouloir à l’origine de l’obsession du Poète. Sauf qu’une poétesse de gauche par essence et par acquis est plus facilement portée à croire un autre poète plus qu’un flic, non? Oh que c’est pervers, oh que c’est tendancieux mais à la fin… bref, vous verrez bien … 

Merci bisous merci

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