Dans la série des romans qui raconte la vie des Rougon-Maquart, juliette s’arrête cette semaine sur Nana

Ex poète sans succès, ex journaliste, scrupuleux, précis, bosseur, psycho-rigide, Emile Zola enquêtait avant d’écrire, et prenait des notes préparatoires. Pour Nana, il notait entre autres : 

Le cul sur un autel et tous sacrifiant devant. Il faut que le livre soit le poème du cul et la moralité sera le cul faisant tout tourner

Bon, c’est limpide, d’accord, chouette pitch, lui aurais-je dit, (oui on nage en plein anachronisme, c’est un effet méconnu du déconfinement, il parait) mais un pitch, mon petit, c’est pas un livre. Comment tu comptes t’y prendre? Comment tu vas faire pour que Flaubert t’écrive juste après avoir lu que "Nana (le roman) tourne au mythe sans cesser d’être réelle" (elle, Nana, le personnage). C’est là le talent prodigieux de Zola. 

Au premier chapitre, attaque en falaise : la lectrice, le lecteur, attend comme les spectateurs du théâtre des Variétés, on se chauffe dans l’attente, Zola nous balance au moins 50 personnages différents, on trépigne puisque Zola ne nous emmène pas dans les coulisses ou les loges comme des petits privilégiés. Enfin elle apparaît. Elle chante et joue avec la finesse d’un cordon bleu de supermarché mais elle les/nous empoigne. Triomphe.

Chapitre deux, dégringolade de la falaise : matin, Nana dort. Seule. Keuaaa? 

Sauf qu’on apprend vite que son amant du moment vient de quitter le lit, et qu’au moins trois autres types l’entretiennent. Et que si Nana sait jongler avec les allées et venues de ces mâles (pas forcément au courant qu’ils n’ont pas le monopole), elle est moins douée avec l’argent. Comme Gervaise sa mère, elle n’a pas le sens de l’économie, son appartement du boulevard Haussmann est moitié poule de luxe moitié à l’abandon. 

Si elle a cessé d’être Anna pour être Nana, si elle est lancée, elle n’a pas encore le cul sorti des ronces. Elle vise le banquier Steiner, qu’une autre actrice, douée celle-là, a commencé à essorer. Elle l’aura. Mais ça ne lui suffira pas. L’argent du banquier est trop aléatoire et puis Nana se veut chic. Elle vise carrément le grand monde, le Comte Muffat, tiens!, un chambellan de l’impératrice, carrément!, doté d’une très grande fortune, et d’une aussi grande moralité. Un mec fidèle à sa femme et à l’église. Punaise ça va lui faire tout drôle… 

D’autant que ce digne homme croit au départ que Nana couche avec lui par amour.. oui, il n’est pas malin, malin. Alors il lui fait des petits cadeaux mais rien d’autre. Et Nana n’a pas plus de sang-froid que de sens de l’économie. Alors quand il lui interdit de mal parler de sa femme, la comtesse Muffat, elle lui claque le beignet durement : 

Si vos femmes n’étaient pas des dindes, elles se donneraient la peine pour vous garder que nous nous donnons pour vous avoir

Il comprend enfin!!! qu’il est cocu, le brave homme, il la traite de putain, c’est un comble!, et Nana impériale lui rétorque : « De quoi putain?! et ta femme alors … ». Oui … Nana est peut-être une mauvaise comédienne, mais elle écrit très bien ses répliques. 

Merci Bisous Merci …

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